LA ROSE DE BRUYÈRE
ROMANCE
(Imitée de Goëthe.J
O petite fleurette, Emblème des amours, Pourquoi chère coquette.
Te dérober toujours ?•••
Sous l’humide bruyère Tu caches ta beauté.
Dis-moi serais-tu fière De ta simplicité?
Ah! quand l’aube t’éveille, Toute fraîche et vermeille, II n’est rien selon moi De si joli que toi...
Ta corolle brillante.
Étoile du matin.
Méritait ma charmante Un plus heureux destin.
Ecarte un peu ma belle Cette épine cruelle Qui garde tes attraits Contre les indiscrets.
« Celui dont la puissance Fît ma fragilité Créa pour ma défense Cet écueil redouté.
Laisse, je t’en supplie,
.Mon calice qui plie Tu pourrais, imprudent, Soulîrir en m’effeuillant !... »
Elle dit, la pauvrette.
Hélas ! ce fut en vain. .
Car on la vit seulette Mourir le lendemain!...
Et l’âme désolée De la belle éplorée Voltige toute en pleurs Près des roses ses soeurs!
O petite fleurette.
Emblème des amours, Pourquoi, chère coquette, Te dérober toujours?
Octobre 1864
N’a-t-elle pas, dis-moi, Sur ta corolle éclose Posé sa lèvre rose.
Pour calmer ton effroi?
Mais te voici penchée,
O toi qu’elle a touchée, Pourquoi sitôt languir?...
Garde ton existence.
Et puis de ta souffrance Ah ! laisse-moi mourir !...
Au cœur qui doute encore.
Doux gage que j’implore, Tu peux rendre l’espoir.
Pour mon âme en détresse.
Parais douce promesse.
Viens, étoile du soin...
Petite fleur fanée,
Si tu m’étais donnée,
O gage de bonheur!
Tu viendrais sur mon cœur i Je te dirais ma peine.
Ta douleur serait mienne. Pour combler tous mes vœux.
Ah! c’est toi que je veux!
Octobre 18&i.