SCÈNE PREMIÈRE
LAMORLIÈRE, AMARILLA.
LAMORLIÈRE
Nous touchons donc enfin à ce jour solennel ,
Qui doit sceller nos cœurs devant Dieu, sur Faute!.
C'est un bien beau moment pour une jeune fille, C'est un astre à son ciel qui joue et qui scintille ; Avoir un rang, un nom , être dame, vraiment , J'en mourrai d'aise ; et puis, nos seigneurs se pressant Radieux sur nos pas, verront dans ma pnmelle Étinceler la joie et diront...
LAMORLIÈRE
Elle est belle...
AMARILLA.
Oh non ! elle est heureuse, et les Heurs brilleront Comme un laurier sans tache au-dessus de mon front ; Puis la robe de lin , le voile blanc , l'hermine
A la mantille bleue, oh! je serai divine, Quand j'aurai la croix d'or, le soulier de satin , Et l'aigrette à mon front avec son brillant fin , Combien vont envier ma parure de fête , Isabeau , la première, en vérité !
lamormkuï:.
Coquette !
AMARILLA.
Oh ! ne me grondez pas, l'hymen est sans retour; Là , mon premier bonheur avec mon plus beau jour, Et puisqu'à vos désirs mon âme est toute entière, Vous me pardonnerez, seigneur, de vouloir plaire : C'est notre gloire à nous , c'est notre royauté ; Vous régnez par la force, et nous par la beauté. Mon pouvoir n'a qu'un jour; reine aujourd'hui, vassale Demain; mon front bientôt , par votre main royale", Verra de sa couronne arracher les fleurons ; Seigneur, les rois jamais ne disent : partageons; Eux seuls ont le pouvoir; enlin , j'abdiquerai ; Mais ce jour-là , pourtant , je veux faire à mon gré. Je veux tenir ma cour, croyez-en ma parole, J'aurai des courtisans, et vous en serez.
LA^IORLIERE.
Folle !
AMARILLA.
Mais vous, vous m'aimerez jusqu'à ce que la mort Vienne briser nos nœuds et nous conduire au port Qui mène à l'autre vie ; Amarilla vous aime, Et prétend, monseigneur, que vous l'aimiez de même.
LAMORLIÈUE.
Enfant ! qui plus que vous a droit à mon amour ? Heureux, je n'irai point obscurcir un beau jour. Je sais que vous m'aimez , que votre âme est la mienne.
AMARILLA.
Vous le savez encor, je suis Italienne.
Que lorsqu'on nous trabit la vengeance a raison ;
Que nos larmes d'amour se changent en poison ,
Nos joyaux en poignard. Oh ! nous aimons dans l'âme !
Mais nous haïssons bien lorsqu'on devient infâme
En trompant notre amour. Nos mains savent s'armer !
LAMORLIÈRE
Que l'esprit d'une femme est prompt à s'alarmer, Et de fantômes vains que souvent il se frappe !
AMARILLA.
Lorsqu'on touche au bonheur, on craint qu'il ne s'échappe. Moi , je vous aime !
Allons, aujourd'hui votre amant.
Dans six jours votre époux, à Dieu je fais serment De ne point vous trahir.
AMARILLA.
C'est lui qui nous protège , Parjurer à son Dieu , c'est être sacrilège.
LAMORLIÈRE
Je ne le serai point , mon amour pour garant , Et de plus cet anneau. . .
( Il lui passe un anneau au doigt. )
AMARILLA.
Pour moi ce beau brillant !
:J57 LAMOHLIÈHE.
Pour VOUS, A ma ri lia.
AMARILLA.
Pour moi ! la riche pierre !
Elle jette des feux , voyez donc , Lamorlière. Oh ! mais, voyez , voyez î
LAIUORLIÈRË.
C'est bien, laissons cela ; Parlons de notre amour; — enlin, Amarilla, Dans ce jour solennel , des Heurs sur votre tète, Vous souriez à tout et brillez à la fête Où pour vous l'hy menée allume son llambeau.
AMAIULLA.
Flambeau qui s'éteindra le soir dans le tombeau ! Mais ce moment est loin. Dans la route sévère Où nous allons entrer, combien je serai hère De l'amour de mes fils, de les baiser au front , De les voir grands et beaux quand nos cheveux seront Sur nos tètes blanchis; quel espoir, quel doux rêve, Commencé par l'amour, et que l'hymen achève î
LAMOllLIKRE.
Une telle espérance est d'un cœur vertueux : Dieu la couronnera.
AMARILLA.
Puis, alors à nous deux Mon hôtel d'Origny que m'a légué mon père; Mais à nous deux aussi le nom de Lamorlièn*.
LAMORLIÈRE
Keiilrons, Amarilla, veut-on me.reccvoir?
AMARILLA.
Craint-on rien d'un époux !
LAMORLiÈUE, se dirigeant vers lliôtel.
Dieu! que le temps est noir !
AMAUILLA.
L'air est lourd !
LAMORLIÈRE
On dirait que la voûte azurée Touche à l'enfer.
AMiARlLLA.
Rentrons.
\.\Mo\\L\EKE , présenlanl la main à Amarilla,. Votre main adorée.
{Us montent ensemble les degrés âe rhôlelJ)