‹ Une voix d'en basChapitre 74 sur 96 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

AMARILLA, LAMORLIÈRE.

AMARILLA.

Je vous rencontre enfin . . .

LAMORLÏÈKE.

Et quand je vous cherchais.

AMARILLA.

Savez-vous, monseigneur, que j'ai quelque tristesse...

LAMORLIÈRE

Vous ! Dites-moi cela, voyons qu'a ma comtesse?

AMARILLA.

Suis-je donc, monseigneur, la fille d'un bourgeois Dont un grand par caprice a daigné faire choix, Et qui, se repentant de sa mésalliance. Aux regrets éternels la livre par avance...

LAMORLIÈRE

Comment?

AMARILLA.

M'abcindonncr au milieu de ce bal...

Me laisser seule ainsi, monseigneur, c'est très mal.. .

LAMORLIÈRE

Allons, seycz-vous là, faisons la paix, ma reine, Contre un vassal soumis n'ayez aucune haine î

AMARILLA.

Moi ! puis-je vous haïr? Je n'ai que du chagrin , De l'ennui dans le cœur...

LAMORLIÈRE

Donnez-moi votre main...

(// la Un baise.

Y songez-vous, enfant, belle comme vous l'êtes. De toutes enviée; ah ! l'enfant que vous faites ; S'ennuyer, et pourquoi ?

AMARILLA.

Puis-je empocher mon cœur De soupirer pour vous, d'avoir quelque douleur Lorsque vous me fuyez? Puis-je, moi, faible femme, Étouffer froidement les transports de mon ame? C'est elle qui vous cherche et vous suit pas à pas. Qui s'enimie à pleurer où mon seigneur n'est pas ; Que le temps, loin de vous, avec lenteur s'écoule, Qu'ils me sont importuns les ris de cette foule ; Cet éclat m'éblouit; combien j'aimerais mieux Un lieu sombre et désert où nous serions tous deux , Que ces plaisirs bruyants où chacun nous coudoie.

iOO

Me dérobant ainsi mon bonheur et ma joie ;

A moi, que fait ce bal, cet appareil divin,

Et ces fleurs d'oranger qui brillent à mon sein;

Que me fait ma beauté, que me fait tout le monde.

Quand cette voix du cœur n'a rien qui lui réponde!

LAMORLIÈRE

Ne suis-je point à vous?

AMARILLA.

Rien qu'à moi, n'est-ce pas?

A moi seule, mon comte, oh ! ne me trompez pas. Moi, j'ai croyance en vous, et ce serait infâme De se jouer ainsi de l'amour d'une femme.

LAMORLIÈRE

Pouvez-vous le penser?

AMARILLA.

Oh non ! mais malgré moi Un fatal souvenir vient me remplir d'effroi , Rend mon cœur soupçonneux...

LAMORLIÈRE

Mais cesoupçon m'outrage!

AMARILLA.

Le vieillard m'a maudite !

LAMORLIÈRE

Éloignez cette image.

AMARILLA.

Maudite !

LAMORLIÈRE

Encorcejuif?

AMARILI.A.

AhîThorrible vieillard, Il me poursuit toujours ; je le vois, l'œil hagard , Me demander sa fille.

LAMORLIÈRE

Mon comte , Moi je l'ai repoussé ; qu'aujourd'hui j'en ai honte!

LAMORLIÈRE

Mais n'accusait-41 pas jusquesà votre amant? Il me calomniait...

AMARILLA.

Il pleurait son enfant.

LAMORLIÈRE

Je l'avais , disait-il ; et vous avez pu croire Qu'aux haillons de Sara je souillerais la gloire Attachée à mon nom ?

AMARILLA.

Moi!

LAMORLIÈRE

Du moins soupçonner. . .

AMARILLA.

J'eus tort, mon bon seigneur...

LAMORLIÈRE

Cejuifa-t-il donné Seulement une preuve ?

A3IAUILLA.

Il mentait...

LA.MORLIÈUE.

Quelqu'indice?

Enfin, son compagnon, lui, cet autre complice De l'accusation , cet étrange témoin Vous en donna- t-il une?

AMARIIXA.

En avais-je besoin ?

N'avais-je pas mon cœur qui disait le contraire. Vos vertus , vos bontés , le nom de Lamorlière Si pur avec ses mœurs ; mon amour, tout cela Me parlait plus haut qu'eux.

LAMORLIÈRE

Eh bien, Amarilla, Que craignez-vous encore ; allons , cessez vos plaintes. Et ne m'attristez plus de vos naïves craintes. Ce juif voulait sur nous répandre la fureur Que lui donnait l'exil...

AMARILLA.

Je vous crois, monseigneur, L'infAme; il m'enlevait à mon bon gentilhomme!

LAMORLIÈRE

A mon amour.

AMARILLA.

Cruel!

LAMORLIÈRE

Un juif n'est point un homme.

C'est un paria maudit qui n'a plus rien d'humain ,

Que le mal rend joyeux.

AMARILLA.

S'il revenait demain Pour me maudire eucor !

LAMORLIÈRE

Mais celte voix étrange Pourrait-elle aux enfers précipiter un ange? S'il revenait , mon bras lui ferait de mon seuil Descendre les degrés de la vie au cercueil.

AMARILLA.

Mon maître , mon seigneur, que vous me rendez fièrc Est-ce à vous , est-ce à Dieu que je dois ma prière? Tous deux vous me gardez...

LAMORLIÈRE

Nos bras sont enlacés ; Le Fort soutient le ffiible et le défend assez.

AMARILLA.

Comme monseigneur Dieu !

LAMORLIÈRE

Reprenez donc courage , Et de ce juif damné n'ayez aucun ombrage,

AMARILLA.

llélas! je le voudrais : je tremble dans mon cœur. Et malgré mon amour, je frémis, monseigneur...

LAMORLIÈRE

Ma reine , fiez-vous à la bonté divine...

Ob ! ne me quittez plus!

LAMORLIÈRE

Ne soyons plus cbagrinc.

AMARILLA.

Vous m'aimerez toujours?

LAMORLIÈRE

A vous jusqu'à la mort.

AMARILLA.

Mêlons-nous à la fête ...

LAMORLIÈRE

Oui. {à pari) Carnut ne vient pas.

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