‹ Une voix d'en basChapitre 81 sur 96 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

AMARILLA, LAMORLIÈRE, ISMAEL.

ISMAEL

Qui n'obtient pas justice a pour lui la vengeance...

LAMORLIÈRE, lombant sur un fauteuiL Ismaël ! . .

AMARILLA, brisée, aux pieds de Lamorlière,

Oh! le juif!

ISMAEL, à LnmorUhv.

Oui , tremble maintenant

Courbe ton front maudit sous mon poids accablant.

Reste-là , comme l'ombre unie à la statue; Tombe, faible et brisé, sous mon souflle qui tue , Car ma baine aujourd'bui te saisit par le corps , Et pèse sur ton cœur lourde comme un remords. Comte , un jour, jour infâme et d'horrible souillure Un jour que la débauche animait ta luxure , Que ton cœur ulcéré, brûlant d'impurs désirs, Te jetait à" travers d'étourdissants plaisirs. Des plaisirâde bandit ! tu commis l'œuvre infâme De répandre la honte au cœur pur d'une femme , D'empoisonner sa vie , et de lui mettre au front Avec ton souffle infect , la rougeur de l'affront. Tu fus sourd à ses cris , à ses chastes alarmes. Comte , tu l'as flétrie au milieu de ses larmes. Sans écouter là voix qui demandait merci , Qui te demandait grâce , ô jeune homme endurci ! Sans pitié pour les pleurs d'une aussi faible femme , Sans en être touché , tu jetas dans son âme, Le désespoir, la honte avec la mort !..

AMARTLLA , se cacJiant le visage.

Horreur î

ISMAEL

Comme un bourreau , tu pris et la vie et l'honneur ! Enfin, j'en ai fini de ce terrible compte. Moi, je viens de laver la honte par la honte ; Moi , je me suis vengé ; J'ai venge mon honneur; J'ai promis, j'ai tenu. Qu'en pense monseigneur?

AiViAiULLA , à Lûmorlière.

Vous ne répondez rien ! Faites taire cet homme ,

Dites-lui donc qu'il ment!

ISMAEL, continuant.

Eh quoi ! mon gentil libmme , Il te fallait encoc l'Ame de mon enfant , Et , tigre furieux , dans ton antre sanglant , Tu voulais attirer cet ange de tendresse , T'enivrer de son sang , profaner sa jeunesse , Respirer ses sanglots , t'inonder de ses pleurs, Et vivre de sa vie en raillant ses douleurs ! Ce n'était point assez d'avoir tué la mère, D'avoir flétri l'époux ; c'était l'honneur d'un père Qu'il fallait à ta rage. Insensé ! Pensais-tu Que le malheur jamais abattrait ma vertu? Pensais-tu que j'irais, comme un esprit vulgaire , Oublier, dans mon mal , que le ciel m'a fait père? Que je dois à ma (ille et mes soins et mes jours? Comte, mes yeux sur elle étaient fixés toujours. Et lorsque ton valet vint, avec ton message. Mon cœur, dans ma poitrine , en a bondi de rage : D'elle, alors je quittai mon regard un instant Pour découvrir le piège où tombait mon enfant. J'ai vu ton infamie, et ma haine mortelle , En moi s'est éveillée avec un nouveau zèle. Comprenant son devoir, ma fille a répété Le discours , mot à mot , que son père a dicté , Si bien que désormais ma vengeance est complète. Maintenant, monseigneur, que j'ai payé ma dette, La vôtre , au nom du roi.

(7/ lui présente un titre de créance.)

LAMORLIERE.

Tu seras satisfait Car je vtîux dénoncer ton infâme forfait. L'échafaud , le gibet,., oui , des bourreaux !

ISMAEL

Bien, comte.

Allez , en m'accusant , proclamer votre honte.

LAMORLIERE.

Désespoir! jour maudit! pourquoi t'ai-je cherché?

AîtfARILLA.

Mon bras de votre bras, Monsieur, s'est détaché ; Tout amour dans mon cœur comme une ombre s'efface. Aux clartés que ce juif répand sur votre face ; Je vois le criminel et ne vois plus l'époux. Ah ! je fus sans pitié par tendresse pour vous ! Aveuglée ! aujourdh'ui , mon regard se dessille, J'écrase sous mes pieds la tête du repjtile ; Passez vos jours sans joie et sans paternité , Périsse votre gloire , et que l'obscurité Sur votre nom maudit s'amasse et se prolonge , Que la rouille des temps avidement le ronge î Amarilla rougit de vous appartenir.

Vous hait dans le présent, vous hait dans l'avenir!

{Elle sort.)

ISMAEL

Adieu donc , monseigneur !

LAMORLIERE.

Tout espoir m'abandonne.

Tout m'échappe ! . .

Son de trompe à l'extérieur. On entend la voix du crieur public qui dit ces mots) :

« Nous, par la grâce de Dieu roi do France : Ordonnons au (( prévôt, à nos ofliciers et justiciers, de saisir tout juif ou u juive qui n'aurait point évacué le royaume de France. » {Le crieur s'éloigne en prononçant d'autres mots que Von ne comprend pas.) Ah !

ISiMAEL.

Qu'entends-je î

LAMORLIÈRE

A moi donc ta personne !

Juil'î misérable juif! à genoux ! à genoux ! L'heure expire, entends-tu?

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