‹ Une voix d'en basChapitre 87 sur 96 · LAMORLIÈRE, ISMAEL · texte numérisé non relu

LAMORLIÈRE, ISMAEL

LXMOHUÈREf au geôlier.

Laisse-nous, (à hmaèl) Ismaël, dans une heure la mort, Tu m'entends?...

ISMAEL

Je suis prêt...

LAMORLIÈRE

La victoire au plus fort Est enfin demeurée; à moi ton agonie Fiévreuse et convulsive, à mon tour l'ironie, A moi ta vie, à moi ; tu sais le châtiment Que l'on t'a réservé? tu seras pendu...

IS3IAEL.

Quand?

Hâtons-nous d'en finir.

LAMORLIÈRE

Le gibet qui s'élève Pour te montrer à tous au milieu de la grève, Les bourgeois réunis, les archers, le bourreau, Les ris, l'anxiété d'un plaisir si nouveau, Le charme anticipé dont la foule s'enivre,

Tout me dit que bientôt tu cesseras de vivre. Par ma bouche, Ismaëi, le néant a parlé.

ISMAEL

Le juif en t'écoutant, jeune homme, a-t-il tremblé? Dis, voit-on la frayeur se glisser sous ses rides, Contemple-t-il la mort avec des yeux timides? Regarde; réponds-moi; pour éviter ses coups, Humblement le voit-on ramper à tes genoux? Me voit-on implorer une pitié stérile?

Sur la terre, à tes pieds, suis-je comme un reptile?

LÂMORLIÈKE.

N'est-il aucun moyen d'abattre ton orgueil ?

iSMAEL.

Essayez, monseigneur...

LAM0UL1ÈUE.

Je connais un écueil Qui saura le briser, redoute encor ma rage, Car j'en possède assez pour dompter ton courage. A mon ressentiment c'est peu qu'un échafaud : Des douleurs et des cris, voilà ce qu'il lui faut, Un désespoir amer suivi des pleurs de l'ame, Oui, c'est la mort du cœur qu'avant tout il réclame, C'est un mal déchirant, vif, horrible, éternel, Qui te suive partout, tu m'entends, Ismaël ! A l'heure de la mort, môme à tes funérailles, Et qui sur le gibet te torde les entrailles.

ISMAEL

Misérable insensé, qui rêves des tourments

Quand Dieu vient m'enlever au fardeau de mes ans ; Vain espoir, ne crois pas que par des soins futiles, Je rachète des jours devenus inutiles ; Joie et bonheur m'ont fui ; la mort, voilà mon bien. Que peux-tu m'enlever à moi qui n'ai plus rien?

LAMOULIÈRE.

Il te reste un enfant...

TSMAEL.

Ma fille...

LAMORLTÈRE.

Oui, ta fille...

ISMAEL

Misérable, tais-toi, cette étoile qui brille A mon ciel obscurci, peux-tu me la ravir ?

LAMORLÏÈRE.

Ismaël, avant peu tu la verras pâlir...

ISMAEL

Pour t'arracher le cœur, eh quoi ! je suis sans armes!

LAMORLÏÈRE.

Tu verras ton enfant se flétrir dans les larmes...

ISMAEL

Et rien, rien, oh ! Seigneur, un éternel enfer.

Prends mon âme et mon corps, mais un morceau de fer. . .

LAMORLÏÈRE , tirant son épée d'un air menaçant, Juif, en voici; Sara, devenant ma maîtresse, Pour moi deviendra donc une arme vengeresse...

Mon enfant, mon enfant !

LAMORLÏÈRE.

Après son déshonneur,

Mes valets, tour à tour, disputeront son cœur. Puis le roi des ribauds...

ISMAËL

Quelle lâche infamie!...

LAMORLIÈRE

Puis je la jetterai dans la truanderie;

Je sais qui la recèle, et je vais aujourd'hui

La dérober aux mains de son plus ferme appui...

Ne crois pas m'échapper.

{Allant à la porte du cachot.) Cette porte est solide. . .

Qu'as-tu donc? tu pâlis...

ISMAEL

Un enfant si candide.

Mais ne crains- tu pas Dieu!...

LAMORLIÈRE

La justice, aujourd'hui En me vengeant de toi t'enverra devant lui. Tes juges vont venir, à bientôt ton cortège, A bientôt le gibet ! (// sort ; Ismaèl reste anéanti,)

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