‹ Une voix d'en basChapitre 94 sur 96 · LETTRES · texte numérisé non relu

LETTRES

A M. SAVINIEN LAl'OINTK.

Mon clier poêle,

Parmi les hommes qu'on pourrait appeler les hommes de la nouvelle race, on vous a déjà distingué, vous, jeune poète, mûri non au beau soleil de l'aisance, mais aux pâles rayons (|ui tombent d'étage en étage au fond d'une boutique de cordonnier. Votre musc est la pauvre jeune fille qui vend des violettes au coin des carrefours; votre Parnasse est la montagne Sauite-Gencviève, votre fleuve antique l'eau de la rue. Vous ne vous êtes pas moins élevé, de rêve en rêve, à toutes les harmonies placées par Dieuentrela terre aride et le nuage rose ; et vous avez chanté avec une grâce inhnie, brisant votre cage de fer, l'enfant pauvre, joli et sérieux, accoudé au bord de la croisée aérienne de la viamardc, la Heur veime à la saillie du toit, — fleur sans terre, enfant sans pain, — l'oiseau qui paie , en notes délicieuses sur les brumes de Paris, le grain qu'il a dérobé aux champs de l'Egypte ; de toutes ces félicités, vous avez composé la vôtre , et vous l*avez célébrée en vers consolants , quand la nuit répand plus d'étoiles qu'on n'en peut compter.

Ainsi, mon cher Savinien Lapointe, votre inspiration poétique prend sa source dans votre immense affection pour vos frères en souffrances. Conime vous connaissez leurs mallKHH's, vous traduisez en vers profondément vrais leurs

douleurs et leurs espérances si souvent trompées, et vous les dites dans un langage qui n'a jamais rien de bas ni d'affecté ; votre parole est probe, droite et sympathique. Le travail du penseur, les calculs de l'observateur mélancolique , n'altèrent jamais en vous la voix harmonieusement causeuse du poète. Courage! Du poète naîtra l'écrivain, de l'honnête homme, l'homme illustre. Vous êtes déjà à moitié chemin de la gloire.

Mille vœux et bon voyage !

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