LE BAISER
Ce fut vers le déclin de la belle saison ;
Les raisins étaient lourds aux murs de la maison.
Sous le vent toujours doux quelques feuilles à peine Tombaient en tournoyant sur l'eau de la fontaine.
Rien ne faisait sentir que le soleil mourait, Sauf un peu de silence au cœur de la forêt.
L'on n'entendait plus fuir, deux à deux, par les sentes, Les amants rendant grâce aux étoiles absentes.
Leurs baisers fleuraient mieux sur le seuil des logis Quand le soir moins tardif voile les fronts rougis.
Toute tâche était faite, et la terre ouvrière, Avant de s'endormir, exhalait sa prière.
Comme une ruche d'or bourdonne au temps du miel, Seule, une cloche au loin troublait la paix du ciel.
Par un beau soir pareil tu vis cette contrée Que le soleil couchant avait tout empourprée.
Ralentissant nos pas et retenant nos voix, Nous prîmes le chemin qui mène vers les bois.