‹ Une voix dans la fouleChapitre 29 sur 66 · ADAGIO · texte numérisé non relu

ADAGIO

A Mry^e C. M.

Viens dans le parc nocturne où dorment les fontaines, Mon amour! Ne crains pas ce qu'on voit dans la nuit, Et ne frissonne plus parce qu'un vent fortuit A troublé la forêt sous ses voûtes lointaines.

Laisse-moi te mener. Dans les miennes tes mains Sont un fardeau plus doux que des fleurs ou des ailes. Ecoute, les taillis sont pleins de souffles frêles. On dirait que des dieux marchent par les chemins.

LES PAROLES Dl L AMOUR I ^7

Amour, c'en csl fini des pleurs et des désastres ! La vie au point du jour va chanter dans les nids. Attendons le soleil, et, l'un à l'autre unis, Recueillons dans nos cœurs la promesse des astres.

Dans les bassins la lune est morte. Parle bas Pour entendre, en passant par le sentier des saules, Le bruissement obscur des feuilles que lu frôles. Puis retenons, pour un baiser furtif, nos pas.

Pourquoi donc ai-je envie à la fois de sourire Comme si je baisais le cœur chaud d'une fleur, Et d'éclater en pleurs <\ cause d'un bonheur Si divin que je sais à peine te le dire?

Tes mains! tes mains ! les mains ! Qu'elles soientà jamais Miennes. Et quand enfin les clartés incertaines De l'aurore auront lui sur l'eau de ces fontaines Et ces bois où s'attarde encore un vent mauvais,

Sœur, tu les dresseras triomphantes et fortes, Lovant le lourd fardeau des miennes, vers le jour, Et nous saurons enfin le nom de notre amour, Le mot secret qui fait s'ouvrir toutes les portes!

DE L'AMOUR ET DE LA iMORT

Laisse-moi, puisque la mort se mêle au plaisir,

Pleurer de trop d'amour, toi qui ris de désir !

Mes larmes te seront douces comme la pluie

Sur la chaleur des fleurs en la belle saison.

Et laisse, avant que l'Amour à jamais s'enfuie

Du silence et de l'ombre de notre maison.

Une nuit où la Mort, malgré notre anathème.

S'en viendra choisir de nous deux celui qu'elle aime.

Ah I laisse nos cœurs, tels des nids, s'emplir de chants

Qui mourront dans l'aurore où respirent les ang-es,

Et d'ailes qui, pour avoir fui trop loin des fang-es,

Saigneront de là-haut sur les chemins des champs.

LES PAROI.BS DE I. .VMOLTa liQ

Trop tôt à notre ^ré, pour no pas les maudire, Nous entenilrous tomber les corolles sur l'eau, Les soirs où l'on se lait de peur de trop se dire. Les miroirs ne réfléchiront plus ce tableau D'aube, de verdure et d'eau rose dans leurs cadres, Et les jours ponchoront Jjientôt vers le sommeil, Cachant sous les brouillards le trésor du soleil, Tels, manteau serré sur leur or, des vieillards ladres. Mais puisque, des fleurs du sol aux astres du ciel, La Terre, frais fleurant le lilas et la menthe, Est belle aujourd'hui comme à Pâques un autel, Nous ne songerons plus que l'Amour est mortel Ni que seule la Mort est la fidèle amante.

Donc, feignant de croire que tout est éternel, Aimons-nous, malgré le pi-las des heures avides, Par nos bouches en fleur se cherchant chaque soir, Par nos yeux heureux, le matin, de se revoir, Par nos mains qui s'étreig^nent de peur d'être vides, Et pour mieux te tromper, Sournoise qui nous guides Vers tes jardins ombreux de pins et de cyprès, Aimons-nous par les mots magiques des poèmes, Et les dieux nous ouvrant leurs royaumes secrets. Et nos âmes en quête de nouveaux baptêmes.

l30 UNB VOIX DANS LA FOULE

Et lorsqu'au temps futur de deuil et de clarté,

L'un de nous, pour frayer vers Dieu la route à l'autre,

S'en ira, pleurant dans ses mains comme un apôtre,

Combien doux sera-t-il, à l'amant déserté

Qui, debout sur le seuil, regardera les heures

Du jour et de la nuit passer sur les demeures.

De sourire à la croix sanglante que le Sort

Sera venu tracer, assassin, sur sa porte,

Parce qu'il aura su t'évoquer à voix forte.

Amour qui ris encor dans les bras de la Mort !

LES PAROLES DE l'amOUH i3i

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