‹ Une voix de l'exilChapitre 34 sur 86 · PROVINCE DE LIÈGE. (G · texte numérisé non relu

PROVINCE DE LIÈGE. (G

Regardez ce rocher dressé là comme un mur;

Il emprunte son nom à la chèvre au pied sûr Qui , seule , dirait-on , peut en gravir le faite. Fructidor finissait — ■ jour de gloire et de fête ! — Les Autrichiens, postés au haut de ce rempart Formidable, faisaient pleuvoir de toute part Sur nos républicains les boulets et les balles. Terrains mal partagés et forces inégales,

Tout disait la victoire impossible aux Français. Pourtant à nos soldats il fallait un succès;

11 fallait châtier une ligue fameuse Et repousser Clerfayt loin des eaux de la Meuse. Nos enfants étaient tous des enfants de Paris,

Par l’émeute d’août, par Santerre aguerris, Volontaires conscrits, bonnet rouge à l’oreille,

Qui mouraient en chantant le refrain de Marseille.

LA MONTAGNE DES CHEVRES

« Enfants, * cria leur chef, « vous allez dénicher « Ces aigles qui, là-haut, sont allés se percher - Pour dominer la route et le cours de l’Anibléve :

« Le poste est bien choisi; donc il faut qu’on l’enlève Ce laconique appel, de rang en rang porté Par le chef dont le front rayonne de fierté ,

Est accueilli partout avec des cris de joie.

Nul chemin n’est tracé, nul sentier, nulle voie Par ou s’élanceront tous ces braves enfants.

Y songent-ils?... déjà leurs regards triomphants Mesurent la hauteur de la rude montagne...

Comme s’ils mesuraient quelque mat de cocagne.

Le prix est au sommet... il faut donc s’y hisser, Mortellement atteint, plus d’un pourra glisser;

Eh! qu’importe?... En avant!.. On ne veut plus attend) Le fameux Çà ira! partout se fait entendre.

L’Autrichien, au bas-fond voyant ses ennemis Se remuer ainsi qu’un peuple de fourmis,

Laisse tomber sur eux un coup-d’œil sans colère: L’aigle à la double tête est tranquille en son aire,

Il espère du moins qu’aux angles du rocher Sa serre écrasera qui viendrait l’y chercher. Cependant, des Français on voit l’ardente foule S’avancer, s’avancer comme le flot qui roule;

Le roc est bien glissant!... Ils vont l’escalader;

L’un , l’autre , voyez-les se soutenir, s’aider ;

Comme d’adroits chasseurs sur les plus rudes pentes Ils s’accrochent au sol , se retiennent aux plantes,

LA MONTAGNE DES CHÈVRES

Aux buissons épineux que le sang de leurs mains Rougit... Jeunes héros! intrépides gamins!

Il pleut sur eux du plomb, mais rien ne les arrête;

On dirait, aux éclairs qui sillonnent leur tête, Kncelades nouveaux, que les dieux irrités Lancent les feux du ciel sur leurs témérités...

Mais les dieux sont vaincus et leurs foudres s’éteignent. Au sommet du rocher les Parisiens atteignent;

Le sabre, qu’ils tenaient aux dents pour mieux grimper. Passe en leurs mains... Alors il faut les voir frapper: L’arme des gens de cœur n’est-ce pas l’arme blanche ? Le fer prend sur le plomb une belle revanche,

Et du haut de ce mont, percés, ensanglantés,

Les anciens occupants roulent précipités.

Les vainqueurs, aussitôt, phalange adolescente, Cherchant d’un doigt poudreux une moustache absente, Après avoir au loin balayé le terrain ,

Fermes sur leurs pieds nus et le poing sur le rein,

Au bord du fier rocher s’établissent, superbes!

Mais ne l’oublions pas... De ces héros imberbes Qu’un seul mot fit courir à ce brillant assaut,

Le chef était, comme eux, presque un enfant... Marceau!

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