‹ Unité de l'espèce humaineChapitre 1 sur 66 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Les particularités physiques, intellectuelles, morales, qui distinguent les groupes humains disséminés à la surface du globe, accusent-elles entre ces groupes des différences radicales? ou bien, malgré les apparences contraires, l’homme est-il partout le même au fond? En d’autres termes, existe-t-il une seule espèce ou bien plusieurs espèces d'hommes?

Cette question est toute moderne. Faute de connaissances suffisantes en zoologie et en botanique, les philosophes, les géographes de l'antiquité, les savants du moyen-âge et de la renaissance n'avaient même pu songer à la poser, et pourtant on peut dire que les uns et les autres y avaient répondu d'avance à peu près dans le même sens. Du peu que les premiers ont écrit sur cette matière, on doit conclure qu’à leurs yeux la nature de l’homme est partout la même, et. que des conditions extérieures, le froid et la chaleur

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particulièrement, font seules varier ses caractères physiques. Toutefois ils paraissent leur accorder des lieux d’origine divers. Quant aux seconds, leur opinion sur ce sujet découlait de croyances religieuses communes à toutes les nations qui s’occupaient alors de science. Juifs, chrétiens ou mahométans, voyaient également dans Adam le père de tous les hommes. En fait, l’unité de l’espèce humaine était donc pour eux un dogme admis au même titre que tous ceux qu'ils avaient puisés dans un livre sacré pour tous, dans la Bible.

Un jour vint cependant où l'autorité séculaire de ce livre fut attaquée et niée avec une violence souvent aussi aveugle que la foi qu'il avait si longtemps inspirée. Si une partie des classes intelligentes continua de chercher dans la Bible la solution absolue de toutes les questions, même de celles qui sont le plus en dehors des doctrines religieuses bien comprises, une autre partie de ces mêmes classes se mit à rejeter sans examen tout ce qu'elle y voyait ou croyait y voir. Ce défaut de critique éclairée, commun aux deux camps, devait entraîner des résultats semblables. La négation et l’affirmation, également dépourvues de base, conduisirent souvent les deux partis à l'absurde dès qu’il s'agissait de questions scientifiques. Si, pour demeurer d'accord avec le texte de Josué, les docteurs bibliques soutinrent l’immobilité de la terre et le mouvement du soleil, les philosophes anti-bibliques, pour pouvoir nier le déluge, ne voulurent voir dans les amas de fossiles qui constituent des montagnes entières que la trace du passage de quelques pèlerins qui avaient perdu leurs co-

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quilles. — Sur le terrain de l’exégèse scientifique, les libres penseurs n’ont pas grand’chose à reprocher aux dévots.

Ces faits et bien d’autres que je pourrais rappeler sont fertiles en enseignements. — Ils montrent le danger que l’on court à vouloir souder trop intimement le dogme à la science. — Le premier relève avant tout de la foi, et par conséquent du sentiment ; il est de sa nature absolu et affiche la prétention d’être immuable. La science au contraire est fille de l'expérience et du raisonnement; elle a ses doutes et ses réserves ; elle est surtout essentiellement progressive, c’est-à-dire changeante et sujette à des transformations. Toute union entre elle et le dogme ne peut donc que préparer des déchirements inévitables et douloureux. Les textes sacrés ne se prêtent pas toujours aux interprétations, parfois spirituelles, parfois aussi puériles, qu’on accueille aujourd’hui avee tant de faveur. Ces interprétations elles-mêmes, acceptables un jour, sont souvent démenties le lendemain par quelque nouveau progrès, et l’opposition qu’on a voulu dissimuler n’en ressort que plus clairement. — Laissons donc à chacun son domaine, au savant la science, au théologien la théologie.

Certes, en m’exprimant ainsi, je suis loin de vouloir dire qu'il existe un antagonisme entre la science et la religion. J’ai trop souvent exprimé la conviction contraire, pour qu’on me prête une semblable pensée. — Oui, la foi n’a pas d’appui plus sûr qu’une connaissance aussi complète que possible de cet univers, de ses phénomènes, de ses lois. Au besoin, d’illustres exemples justifieraient mes paroles ; mais ces

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