‹ Unité de l'espèce humaineChapitre 10 sur 53 · CHAPITRE X. — ÉTENDUE, ETC · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. — ÉTENDUE, ETC

culier toutes les parties de la fleur, sépales du calice, pétales de la corolle, étamines et pistil. L'esprit du botaniste est donc familiarisé d'avance avec Tidée de changement , de métamorphose , et il transporte dans ses recherches sur l'espèce les habitudes qu'il a prises dans l'étude de l'individu.

Il n'en est pas de même du zoologiste. — Quoi qu'aient avancé sur ce point Schwann et les anatomistes qui ont adopté sa théorie cellulaire , il y a dans le règne animal, à l'origine des divers tissus, autre chose que des cellules ^ Les éléments organiques sont ici plus multipliés. Les organes bien distincts ne se laissent nullement ramener les uns aux autres. L'esprit du zoologiste, habitué à plus de fixité, sera donc porté à attribuer plus d'importance aux modifications extérieures ou intérieures, surtout à celles qui touchent à la question de l'immutabilité des espèces. Mais qu'on y regarde de près, et l'on se convaincra aisément que dans les deux règnes l'espèce peut présenter des modifications héréditaires relativement tout aussi considérables. — Toutefois, comme il s'agit ici d'une comparaison rigoureuse et suivie terme à terme à laquelle les formes et les fonctions végétales ne se prêteraient pas ou se prête-

1. J'ai donné des détails sur la théorie de Schwann, et indiqué les raisons qui s'opposent à ce qu'on l'admette, dans mes études sur les Métamorphoses (Revue des Deux Mondes du 1«' avril 1855). Tous les travaux faits depuis cette époque ont confirmé les résultats généraux que j'exposais alors. Aujourd'hui la théorie cellulaire commence à être abandonnée en Allemagne même , où elle a régné pendant quelque temps sans partage. Au reste « un mouvement analogue s'est accompli dans les idées des botanistes , et les théories exclusivement cellulaires sont sérieusement ébranlées dans le règne même auquel elles paraissent si bien s'appliquer.

raient mal, nous laisserons les plantes de côté pour ne tenir compte que des animaux et surtout des mammifères.

De tous les caractères présentés par les groupes humains, ceux qui varient le plus et dans les limites les plus étendues sont sans contredit les caractères qui tiennent à la coloration. Par exemple, la peau change du blanc rosé au noir, et certes, pour qui ne s'est pas rendu compte de la nature de pareilles difTérences , il y a là de quoi frapper l'esprit. Il est difficile de ne pas croire au premier abord que la peau présente chez le nègre et le blanc des différences radicales, et cette croyance, qu'on se formule plus ou moins nettement à soi-même , est certainement pour beaucoup dans la tendance générale à admettre la multiplicité des espèces.

Eh bien 1 rien n'est moins fondé que cette conclusion tirée des apparences extérieures. Des recherches déjà anciennes auraient permis de présumer ce fait, qu'ont mis complètement hors de doute les études modernes aidées de procédés de plus en plus délicats et rigoureux. Que l'on emploie une macération méthodique, comme l'a si heureusement fait M. Flourens, ou qu'avec MM. Krause, Simon, Kœlliker, on appelle à son secours le microscope et les agents chimiques, toujours on arrive aux mêmes conclusions , et ces conclusions peuvent se formuler ainsi : — La peau du blanc et celle du nègre sont composées des mêmes parties, des mêmes couches disposées dans le même ordre ; — chez l'un et chez l'autre, ces couches présentent les mêmes éléments, associés ou groupés d'une manière identique; — sur

un seul individu appartenant à la race blanche , on peut trouver à diverses régions du corps la peau de l'homme noir et la peau de l'homme jaune (c'est-àdire la peau des trois extrêmes que présentent les groupes humains), avec tous leurs caractères les plus intimes, les plus profonds.

Essayons de donner une idée des faits d'où ressortent ces conséquences à la fois si importantes et si peu d'accord en apparence avec le témoignage de nos sens.

Pour mieux nous faire comprendre, nous regarderons la peau, considérée dans son ensemble, comme composée essentiellement de trois couches : le derme, Vépiderme et le corps muqueu>x de McUpighi^. — Le premier forme le^ cuir ou la peau proprement ' dite; il est situé au-dessous des deux autres et largement abreuvé de sang par une foule de vaisseaux ramifiés à l'infini. C'est à eux qu'il doit la teinte rouge qu'il présente à Tœil nu lorsqu'on le met à découvert; mais si on l'examine à un grossissement suffisant , on aperçoit entre les mailles des réseaux vasculaires les tissus propres qui le composent, et ces tissus sont aussi blancs chez le nègre de Guinée que chez l'Européen. Cette couche profonde est exactement la même chez le nègre et chez le blanc. — Tout à fait à l'extérieur se trouve l'épiderme, couche d'apparence cornée , composée de lamelles translu-

1. Tous les anatomistes admettent l'existence de ces trois couches; mais ils varient dans Tappréciation des rapports qui les unissent, et chacun d'eux les subdivise ensuite en un certain nombre d'autres couches secondaires. Il est inutile d'entrer dans ce^ détails.

cides plus ou moins intimement adhérentes entre elles , et dont la demi-transparence permet d'apercevoir la teinte générale des tissus placés au-dessous. Cette couche est encore entièrement semblable dans toutes les races.

C'est entre le derme et Fépiderme que se trouve placé le corps muqueux> siège de la coloration. — Celui-ci se compose de cellules pressées les unes contre les autres , et superposées de manière à former un certain nombre de stratifications. Jusqu'ici encore tout est pareil chez le nègre et chez le blanc ; mais dans ce dernier le contenu des cellules même le plus profondément situées est, dans la plupart des régions du corps , presque incolore , et ne présente qu'une légère teinte jaunâtre : cette couleur se fonce chez les races jaunes et chez les blancs eux-mêmes, quand ils ont le teint brun; chez le nègre enfin, elle devient d'un noir plus ou moins brunâtre.

On voit à quoi se réduit ce phénomène de la coloration diverse des races humaines. — De l'une à l'autre, il n'y a pas apparition d'organes ou d'éléments organiques nouveaux; il n'y a qu'une couleur qui, à partir d'un terme moyen, se fonce ou s'affaiblit, et passe d'une nuance à l'autre, de manière à devenir plus ou moins prononcée dans chacun de ces éléments.

Tel qu'il est néanmoins , ce fait pourrait être considéré comme ayant une valeur réelle dans la question qui nous occupe, s'il était constant, c'est-à-dire si chaque teinte spéciale concordait toujours avec d'autres caractères plus importants propres à certains groupes humains; mais il n'en est pas ainsi, et

c'est surtout à propos de Thomme qu'on peut répéter ce que Linné disait à propos des fleurs : nimium ne crede coloriK — Tous les hommes noirs ne sont pas des nègres : il en est parmi eux qui se rattachent, par une parenté incontestable et très-proche , aux populations les plus blanches. — Bien plus , comme nous Tavons dit plus haut, TEuropéen, TEuropéenne, portent sur eux, à diverses régions du corps, des échantillons , pourrait-on dire , de la peau caractéristique des principaux groupes humains. M. Plourens a parfaitement démontré que Taréole mammaire ne doit sa couleur spéciale qu'à la présence d'une peau identique de tout point avec celle du nègre ; M. Kœlliker a retrouvé chez un Européen, et dans une région du corps difficile à nommer, une coloration des couches cutanées entièrement semblable à celle que lui avait montrée la tête d'un Malais ; M. Simon de Berlin a prouvé que les taches de rousseur et les grains de beauté ne sont autre chose que des points où, sans altération aucune, les cellules du corps muqueux sont colorées comme chez le nègre, etc. — Que l'on ajoute à ce que nous venons d'indiquer certains faits bien connus, tels que la multiplication des taches de rousseur sous l'influence de la chaleur et du soleil , le développement du masque chez les femmes enceintes , etc. ; que de cet ensemble de données on rapproche certaines observations relatives aux changements de coloration cités dans notre ^tude précédente, et certainement on devra conclure avec nous que les teintes diverses qu'oflrent les groupes*

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