‹ Unité de l'espèce humaineChapitre 12 sur 53 · Cet abrégé a été traduit en français par M. Roulio · texte numérisé non relu

Cet abrégé a été traduit en français par M. Roulio

comme en Europe , troublé dans son repos , traqué par le chasseur, a complètement modifié le genre de vie qui en fait un des exemples les plus curieux à étudier quand on veut se rendre compte de ce que sont, chez les animaux, Tintelligence et Tinstinct. Au lieu de se réunir en familles nombreuses , de construire des digues et de bâtir des cabanes, il s'est mis à vivre seul et à se creuser un terrier. De social et de bâtisseur qu'il était, il est devenu solitaire et fouisseur. — Dans les deux cas que je viens de citer, il y a eu pour ainsi dire renversement de facultés liatives, et bien certainement on ne saurait citer rien de semblable chez l'homme.

A l'appui de cette conclusion , à l'appui de tout ce qui précède, j'aimerais à examiner ici avec détail quelques-uns des groupes les moins favorisés parmi les populations humaines. Il en est surtout trois dont l'histoire serait singulièrement instructive. — De tout temps les polygénistes ont tendu à exagérer outre mesure la distance qui existe entre ces groupes. Ne pouvant surélever les blancs au-dessus d'un niveau que nous connaissons tous, ils ont été forcés de dépasser de beaucoup la limite inférieure réelle, de placer de plus en plus bas les populations le plus mal partagées sous le rapport de la beauté physique ou des aptitudes intellectuelles. Ils ont été ainsi entraînés à les rattacher d'aussi près que possible aux animaux eux-mêmes. De là tous les efforts tentés pour trouver des ressemblances , des identités entre certains singes anthropomorphes * et les nègres

1. On a désigné sous ce nom le groupe de singes dont les formes rappellent le plus celles de l'homme.

d^abord. Les hommes noirs furent déclarés incivilisables ; on parla de leur museau, et malgré tout ce qu'avait pu dire un naturaliste bien peu suspect en pareille matière, Desmoulins*, on soutint que le cerveau du nègre et celui de l'orang-outang présentent des rapports établissant entre Thomme noir et la béte des relations de voisinage immédiat.

Toutefois, quand l'Afrique se fut ouverte devant nos intrépides voyageurs, quand on connut les Dahomans, les Pantis, les Aschantis, quand on eut appris d'une manière sûre qu'il existait des villes , des arts, une civilisation nègres, il fallut bien chercher ailleurs cette espèce d'homme qui devait, d'après certaines théories, servir d'intermédiaire entre le blanc et les animaux. On se rejeta alors sur les Hottentots: On répéta à leur sujet, en l'aggravant d'une manière assez notable , tout ce qu'on avait dit des nègres ; mais on se trouvait en présence des renseignements fournis par Levaillant et confirmés d'année en année par d'autres voyageurs, par les missionnaires. Pour être pasteur et nomade , pour se frotter le corps de graisse ou de beurre rance , un peuple ne pouvait pas être longtemps comparé à un singe quelconque. — Enfin on s'adressa aux Australiens , et cette fois on traça le tableau de la dégradation la plus complète. — Être déclarée absolument dépourvue de religion, de lois, d'arts, d'industrie, être proclamée

1. Desmoulins était polygéniste : il admtttait seize espèces d'hommes distinctes; mais il était en outre anatomiste sérieux et ne pouvait par conséquent se laisser prendre à certaines assertions que l'école américaine surtout paraît chercher à remettre en faveur.

totalement incapable de s'élever d'une façon quelconque dans la civilisation , ce sont à coup sûr les plus doux reproches adressés à cette maliieureuse population. Pour le physique , ce n'est plus à Torang qu'on compare l'Australien, c'est au mandrill ». Quant au moral , voici comment un auteur anglais résume tout ce qu'il en a dit : « En un mot, ils ont toutes les choses mauvaises que ne devrait jamais présenter l'humanité, et plusieurs dont rougiraient les singes, leurs congénères ». »

On voit que la progression a été rapide. Lorsqu'on comparait le nègre d'Afrique à un singe, c'était du moins à un singe supérieur : on fait de l'Australien un singe inférieur et vicié '. Qu'y a-t-il de vrai dans ces sombres peintures? Rien , si ce n'est que l'Australien est un des représentants les plus abaissés de l'humanité. — A-t-il pour cela perdu l'empreinte du type humain? Les caractères du règne, de l'espèce, ont-ils disparu? Non. Four lui, comme pour le nègre et le Hottentot, des informations plus vraies ont fait justice d'assertions inexactes, basées tout au plus sur des observations incomplètes , sur des généralisations hasardées, parfois aussi sur de bien plus tristes motifs. — Pour justifier nos dires, indi-

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