CHAPITRE XXI. — THÉORIE D'AGASSIZ
Par là encore rhomme rentre dans ces lois gêné* raies qui dominent tous les êtres vivants. Tous les grands centres, avons-nous vu, sont caractérisés par quelque type spécial. Les provinces zoologiques , les centres secondaires eux-mêmes ont leurs genres, leurs espèces qui leur sont propres. L'homme, ce type à part , cette espèce privilégiée entre toutes , alors même qu'on ne voit en lui que l'être physique, pouvait-il nattre i la fois en tout lieu? Non, ou bien il eût constitué une de ces exceptions uniques dont nous ne connaissons pas encore d'exemple. — Yoilà pourquoi, après avoir dit : « Tous les hommes ne forment qu'une seule espèce, » nous pouvons ajouter : « Cette espèce est originaire d'une seule contrée du globe , et probablement cette contrée est proportionnellement assez peu étendue. »
Où est placé ce coiiî de terre d'où est sorti l'être qui devait asservir toutes les autres créatures et contraindre à le servir jusqu'aux forces brutales qui régissent la matière inanimée? Ce n'est pas ici le lieu d'examiner en détail cette question. Bornoùs-nous à répondre que tout indique l'Asie centrale comme ayant été le premier berceau de l'homme, comme le point d'où, rayonnant en tout sens, les tribus humaines sont parties pour aller peupler les solitudes les plus lointaines.
Migrations des populations humaines. — Peuplement de la Polynésie et de l'Amérique.
La conclusion , qui termine le chapitre précédent, est rigoureusement déduite de faits et de lois exclusivement scientifiques; elle n'en a pas moins été vivement attaquée par les polygénistes. Cette conclusion entraîne comme conséquence Textension successive de l'espèce humaine, et par suite de nombreuses et longues migrations. Or on a nié la possibilité de ces migrations ; on a parlé des marais et des montagnes, des forêts et des déserts comme ayant dû opposer des obstacles insurmontables à la marche, à Texpansion des premiers hommes.
Franchement cette objection nous a toujours surpris. — Qu'il marche en troupe ou qu'il soit isolé, tant qu'il est sur la terre ferme, ce n'est pas la nature que l'homme a surtout à combattre. En réalité, il n'est arrêté que par son semblable. Sans lesTouhareks, les caravanes sillonneraient fort bien le dé-
402 GHAPmus xxn.
sert entre TAlgérie et le Sénégal; le martyrologe des voyageurs compte autant de victimes tombées directement sous les coups de r homme que d'individus tués par un climat où les retenaient souvent des obstacles soulevés encore par Vhomme. Avant la présence de celui-ci en certaines latitudes, qui donc eût arrêté les hordes , les familles s'avançant par stations plus ou moins prolongées, s'établissant à leur gré sur des terres que personne ne leur disputait, laissant les générations successives se faire à des conditions d'existence nouvelles, mais qui ne différaient jamais beaucoup des précédentes, et recommençant à leur heure une conquête qui n'entraînait de guerre qu'avec le sol et les bêtes féroces*?
Quant à nous, loin de trouver difficile la dispersion de l'espèce humaine, nous regardons comme impossible qu'elle n'eût pas lieu dans les conditions dont il s'agit, et la manière dont ont grandi dans les temps modernes toutes les colonies nous est un sûr garant que les choses ont dû se passer ainsi.
On insiste, on nous oppose les mers, l'Océan; on nie surtout la possibilité du peuplement par migrations de la Polynésie et de l'Amérique. — Cette objection a pu avoir autrefois une certaine apparence de fondement ; en présence des renseignements recueillis de nos jours, en présence des faits dont on re-
1. C'est dans cette marche lente et progressive qu'on trouve rexplicatioQ de la présence de l'homme partout, de son adaptation à tous les climats. UctccHmatationj telle que nous l'entendons et la pratiquons de nos jours, est presque universellement le contraire de ce qu'elle a dû être à l'orisine, de ce qu'elle doit être pour ne pas devenir trop meurtrière et parfois peut-être impossible.
trouve la trace , ou qui se passent encore, il est étrange qu'on puisse lui attribuer aujourd'hui la moindre valeur. Cependant, comme elle a été reproduite avec insistance à diverses reprises et parfois par des hommes d'un mérite incontestable, comme elle est de nature à frapper les personnes étrangères à cet ordre de recherches, nous y répondrons avec quelque détail.
Nous insisterons peu sur la Polynésie. Il suffit de parcourir les récits des voyageurs, des plus anciens aux plus récents, pour être convaincu que cette vaste étendue de mers, partout semée d'tles et d'archipels, est habitée par la même race. — Toutes ces populations ont des caractères physiques à très-peu près les mêmes, toutes ne parlent que des dialectes d'une seule langue. On sait avec quelle hardiesse elles se lancent sur l'Océan dans des embarcations dont plusieurs sont parfaitement propres à exécuter des voyages lointains. On sait que , grâce à ces moyens de transport, des guerres sanglantes ont souvent lieu, non pas seulement d'île à île, mais d'archipel à archipel, et que ces mers, comme les continents, ont vu des invasions suivies d'émigrations en masse. Personne n'ignore que les habitants de ces îles, en apparence isolées les unes des autres, avaient des notions précises sur la géographie de la Polynésie entière, et qu'un Tahitien, Tupaïa, ancien ministre d'Obéréa, put remettre à Cook une carte d'ensemble remarquable par son exactitude.
A côté de ces faits généraux viennent se placer les faits particuliers recueillis par presque tous les grands navigateurs, et qui montrent comment les
oniges imprévus y les tempêtes venant rompre T uniformité des vents sur lesquels comptaient des hommes de mer, ont amené d'une terre à l'autre, et parfois k d'immenses distances , un certain nombre d'individus. Mai, ce Tahitien qui suivit Gook jusqu'en Europe, retrouva à la Nouvelle-Zélande trois de ses compatriotes qu'un accident de cette nature y avait amenés douze années auparavant. Beechey a constaté un fait entièrement analogue. La possibilité du peuplement de la Polynésie par migrations est donc pleinement démontrée. Ce fait est d'ailleurs admis comme incontestable, en Amérique même, par les hommes qui se tiennent en dehors des exagérations polygénistes. M. Haie, le compagnon du capitaine Wilkes , a pu préciser l'époque approximative de plusieurs de ces migrations, et il en a dressé une carte dont l'ensemble au moins présente des garanties réelles de vérité.
L'histoire ethnologique de l'Amérique est bien plus compliquée que celle de l'Océanie. Cette vaste terre n'est plus habitée par une seule race d'hommes; elle en renferme au contraire un très-grand nombre. Or, la plupart présentent à un haut degré les caractères des races mixtes résultant des croisements des principaux types qu'on observe dans l'ancien continent. En outre, les caractères qu'on a regardés comme le plus essentiellement propres aux indigènes d'Amérique ne sont jamais communs à tous; enfin ces mêmes caractères se retrouvent chez certaines populations de l'ancien monde.— Le teint rouge ou cuivré, par exemple, est une exception parmi les tribus de l'Amérique méridionale. Humboldt^n avait déjà fait
la remarque; mais Alcide d'Orbigny surtout a fort bien montré que sur ce vaste territoire le teint des indigènes est généralement ou jaune ou brun olivâtre, et que le mélange de ces deux couleurs rend compte des différences signalées par les voyageurs. — En revanche , le teint plus ou moins cuivré se retrouve sur la côte orientale d'Asie, dans la presqu'île de Corée; dans TAsie méridionale, chez diverses populations malaises; en Afrique, chez les Abyssins, les Peules, et plusieurs tribus mélangées qui s'étendent à travers le Soudan, de TAbyssinie jusqu'au Sénégal et à la Guinée supérieure.
L'étude des caractères physiques conduit donc à admettre que l'Amérique a été peuplée par des émigrants partis de l'ancien monde et appartenant de près ou de loin aux trois races principales que présente celui-ci, la blanche, la jaune et la noire. — Ces émigrations sont-elles aussi impossibles que le disent les polygénistes?
Pour se convaincre du contraire, il suffit de jeter les yeux sur la carte. Dès le siècle dernier, Buffon avait parfaitement compris combien le passage devait être facile d'Asie en Amérique par le détroit de Behring. La connaissance de plus en plus complète de ces mers et des races qui en peuplent les jivages, ont conQrmé jusqu'à l'évidence cette opinion, qui put alors paraître hardie. Pickering, l'un des membres de la commission scientifique qui fit partie du voyage d'exploration entrepris aux frais des États- Unis par le capitaine Wilkes , se demande où commencent et où finissent l'Asie et l'Amérique; et en effet le navigateur qui, longeant les îles Aléotitiennes,
406 CHAPITRE XXD.
se rend du Kamtchatka à la presqu'île d'Âliaska, doit être bien embarrassé pour déterminer la limite des deux continents. Le peuplement de l'Amérique par le nord-ouest ftit donc très-aisé. Au nord-est, par l'Islande et le Groenland, les immigrations d'Europe en Amérique n'étaient guère plus difficiles.
Mais ce n'est pas sur ces deux points seulement que le peuplement du Nouveau-Monde a dû s'effectuer. — On connaît aujourd'hui , bien mieux qu'il y a quelques années, la marche et la complication des mouvements de l'atmosphère et des mers. Là où nos prédécesseurs n'avaient vu que le grand courant équatorial, allant uniformément de l'est à l'ouest, nous savons qu'il existe des contre-courants dirigés en sens contraire ; nos marins ont découvert de nouveaux fleuves coulant au sein des mers , et en particulier ils ont retrouvé dans l'Océan-Pacifique un second gulf stream qui, passant au sud du Japon, se dirige vers l'Amérique, comme le premier va de Terre-Neuve aux côtes de l'ancien monde. — Le cou^ rantde Tessan * a conduit sur les côtes de la Californie des jonques abandonnées •, comme le gulf stream avait jeté sur la plage des Açores ces fruits, ces poutres travaillées, ces canots chavirés qui, dit-on, portèrent dans le cœur de Colomb la conviction qu'il existait un autre monde. Ce courant, s'il a été connu
1 . On a donné à Juste titre à ce courant le nom de M. de Tessan^ notrt confrère À rinstitut, qui en a constaté Teiistence dans le voyage pendant lequel il accompagnait , en qualité d'bydrograpbe, le capitaine du Petit-Thouars .commandant de la Vénus, Au reste 139 Japonaii oonnaisiaient déjà ce courant, nommé par eux Kouro* SïYo {flmve noir),
2. namilton Smith, Morton et Pickering en citent des exemples.
d'une nation de navigateurs, a pu et dû conduire les flottes d'Asie en Amérique, comme il a pu et dû entraîner en Californie les embarcations imparfaites des peuples moins habiles à lutter contre la mer. — Enfin, le grand courant équatorial atlantique a fort bien pu amener dans l'Amérique méridionale et dans le golfe du Mexique un certain nombre d'hommes enlevés aux côtes d'Afrique; mais ces derniers faits ont dû être en tout cas assez rares, car la plupart des populations littorales africaines paraissent s'être peu livrées à la navigation.
De l'ensemble des considérations que nous ne pouvons qu'indiquer ici * , il résulte que l'Amérique a pu se peupler par des hommes venant du dehors; que ces hommes ont dû être surtout des Asiatiques appartenant aux races qui occupaient les côtes de la Chine , du Japon et des terres qui s'étendent jusqu'au détroit de Behring; que des races blanches européennes ont pu pénétrer de même en Amérique, mais avec plus de difficulté ; et par conséquent en nombre moins considérable ; enfin que les populations africaines ont pu entrer pour une part, mais une part nécessairement très -faible, et sans doute toujours involontairement, dans cette immigration.
Les faits s'accordent-ils avec ces possibilités qui
1. Sur toutes les questions relatives aux lois qui règlent l'ensemble des vents et des courants marilimes, le lecteur consultera avec autant de plaisir que d'utilité l'ouvrage de M. Félix Julien, lieutenant de vaisseau , dans lequel l'auteur résume tout ce que nous ont appris les études si importantes du commandant Maury, des Ëlats-Unis , et les recherches les plus récentes sur la physique 'générale du globe {Courants et révolutions de l'atmosphère et 49 la mer).
ressortent de la vue du moindre atlas de géographie, mais surtout de Télude des belles caries dues à M. de Kerhallet*? C'est ce que nous allons rapidement examiner.
Et d'abord, pour ce qui concerne le détroit de Behring et la chaine des tles Aléoutiennes , nous avons à citer une preuve frappante de la facilité qu'ils offrent aux communications. — Les Tchouktchis, cette population si différente de toutes les races placées si haut vers les pôles, étaient naguère campé3 à la fois en Asie et en Amérique ; ils occupent encore une partie des deux côtes': il faut bien qu'ils aient passé de l'une à l'autre. Parfois ils se visitent réciproquement pour traiter quelques affaires. — A lui seul, cet exemple suffirait pour montrer comment l'ancien continent a pu verser dans le nouveau une partie de sa population.
Or, les races qui habitent les îles et les rivages asiatiques dont il s'agit sont loin d'être homogènes. — On y rencontre, à côté des populations mongoles, qui dominent en nombre, d'autres populations dans lesquelles l'élément blanc est pur ou presque pur '. Ces mêmes régions possèdent la race la plus velue,
1. On consultera surtout avec fruit les deux cartes reproduites dans les Considérations générales sur VOcéan Pacifique,
2. Les Tchouklcliis asiatiques se sont avancés vers le nord et occupent auj ou rd 'huiles plages occiden laies du détroit de Behring, dont ils ont chassé ou dét^ uit les anciens habitants.
3. Les hautes castes japonnises, qui représentent les conquérants de ce pays, ont à un haut degré tous les caractères de certaines races blanches. Les Tchouktchis eux-mêmes rappellent d'une manière étrange à la fois les races blanches et les peauxrouges des États-Unis.
MIGRATIONS. (i09
la plus barbue peut-être, du globe entier, celle des Aïnos. Cette race est aussi remarquable par ses qualités intellectuelles et morales que par ses caractères physiques*; son culte national, celui de la mer et des astres, rappelle les croyances religieuses de quelques-uns des peuples les plus civilisés de TAmérique; ils n'ont adopté du bouddhisme que la secte la plus pure et la plus élevée. De ces faits et de bien d'autres encore, il résulte que, sans presque sortir de ces parages, on trouverait peut-être de quoi expliquer tout ce que les traditions américaines racontent sur les origines des principales nations de ce pays, tout ce que nous ont appris les patientes recherches des hommes trop rares qui ont étudié sérieusement la mystérieuse histoire de ces populations.
Nous avons dit que TAsie pouvait avoir communiqué avec TAmérique par d'autres voies, et nous tenons à montrer qu'il en a été réellement ainsi. — La Californie est le seul point dans cette partie de TAmérique où les indigènes aient le teint réellement foncé. Cette circonstance, qui naguère pouvait paraître extraordinaire, s'explique tout naturellement par l'existence du courant de Tessan. Celui-ci a pu amener jusque sur ces bords éloignés des canots por-
1. La Pérouse, après avoir parlé de leur iatelligence , delà gravité de leurs manières , de la noblesse de leurs gestes , ajoute : a S'ils étaient pasteurs et avaient de nombreux troupeaux, je ne me Tormerais pas une autre idée des usages et des mœurs des patriarches. 9 Malheureusement cette race si curieuse, dont il est fait mention dans les annales chinoises sous le nom de barbares relut, est de nos jours en pleine, décroissance. C'est une de celles sur lesquelles il faut se hâter de recueillir des renseignements pendant qu'il en est temps encore.
410 CHAPITRE XXn.
tant des nègres océaniens, comme nous avons vu qu'il y entraînait les navires abandonnés. — En tout ras ^'^^^ lu> SA"^ dou^® Quî facilitait entre TAmérique et l'Asie les communications dont de Guignes et M. de Paravey ont retrouvé les traces dans les ouvrages chinois. Les résultats auxquels sont arrivés sur ce point les savants français ont été vivement combattus; mais il n'est guère permis d'en contester l'exactitude en présence du témoignage si net de 60mara. — Ce fidèle compagnon de Cortez , en racontant l'expédition de Vasquez de Coronado, qui remonta jusqu'au delà du 37" degré de latitude, c'està-dire jusqu'à Monterey environ , rapporte que les Espagnols trouvèrent près de la côte des navires à proues dorées et à vergues argentées * , chargés de marchandises. Les gens qui les montaient firent entendre par signes qu'ils étaient en mer depuis trente jours. I-^s Espagnols en conclurent que ces vaisseaux venaient de la Chine ou du Japon; et nous ferons comme eux.
Il est encore mieux établi que l'élément blanc européen a pénétré directement en Amérique. — Sans même parler des prétentions soulevées au nom des Gallois et des Basques, les titres des Scandinaves à la découverte de l'Amérique sont aujourd'hui reconnus comme pleinement authentiques. Les savantes et curieuses recherches de Rafn ont appris que , dès avant l'an 1000 de notre ère, le Groenland avait été colonisé par les descendants des chefs Scandinaves qui
1. Ce détail sur les proues dorées pourrait bien tenir aux l.abltudes du temps et ôtre de pure invention; n^ais il ne détruit pas la valeur du fait lui-même , si simplement raconté par Gomara.
avaient fui en Islande la tyrannie d'Harald aux Cheveux d'Or*. Les frères de ces Normands qu'attirait si impérieusement le midi de TEurope ne pouvaient rester confinés dans cette contrée qui, pour avoir mérité à cette époque le nom de terre verte, n'en devait pas moins subir des hivers à peu près aussi rigoureux qu'aujourd'hui. Ils descendirent donc au midi, et jusque vers le quatorzième siècle il y eut des communications fréquentes entre le Bas-Canada et les premières colonies; mais en 1408 les glaces interceptèrent toute communication entre l'Islande et le Groenland.
Qu'est devenue la population de ce dernier pays, population qu'on saitavoir été fort nombreuse*? Peuton supposer qu'elle ait en entier péri sous les coups des Esquimaux, de ces Shrellingers qui à diverses reprises ravagèrent les colonies islandaises? — N'est-il pas évident que la plupart de ces hardis marins, se croyant abandonnés par la mère-patrie , ont dû remonter sur leurs barques, suivre les frères qui les avaient précédés vers le sud , et les dépasser sans doute? Ainsi s'explique la présence de ces hommes
1. Dans 80U Histoire des régions circumpolaires ^ M. Frédério Lacroix cite une bulle du pape Grégoire IV adressée à Ansgarius , datée de 835, et où il est UH mention des mitsiont d'Islande et du Groenland. Le m^ma auteur rappelle que La Peyrère a signalé une autre bulle antérieure à Vsm 900 , où l'Islande et le Groenland sont également nommés.
2. Le Groenland formait deux districts séparés par une étendue considérable de terres inhabitables, Celui de Test [Oslerhygd) comptait dans son territoire deux villes, Garda et Alba, une catbédraU, ouza églises, trois ou quatpe monastàres, trois maisons royales, etc. Ces colonies, on le voit, étaient devenues très-ftorimntes.
k\2 CHAPITRE XXII.
aussi blancs, plus hlafics mênxe que les Espagnols^ que rencontrèrent ça et là sur leur route les ^premiers conquisin dores environ deux siècles plus tard. — Mais une partie aussi ne voulut pas quitter la terre verte^ et leurs petits- fils y vivent encore. Bien qu'ils aient oublié la langue et la religion de leurs ancêtres, ce sont eux certainement que le capitaine Graah a retrouvés en 1829, près des ruines de l'Osterbygd, dans ces hommes à taille élevée et svelte, au teint blanc, aux cheveux blonds, dont la présence aa Groenland est le démenti le plus formel à toutes les théories de Técole américaine*.
La présence d'éléments africains en Amérique n'est guère plus difficile à reconnaître que lorsqu'il s'agit des éléments asiatiques ou européens. Les ca-* ractères physiques constatés par les premiers découvreurs suppléent, ce semble, suffisamment au silence de l'histoire. — Lorsque Christophe Colomb débarqua à San-Salvador, dans les Lucayes, la race qu'il eut d'abord sous les yeux n'avait rien de bien remarquable pour lui. 11 la compare aux Espagnols brunis par le soleil et aux habitants des Canaries, de ces îles qu'il avait perdues de vue depuis si peu de temps. Une population également semblable aux Canariens, les CharazaniSj vit encore aujourd'hui dans le Pérou. Elle se distingue de toutes les autres tribus et races voisines, avec lesquelles elle évite de s'allier. Elle s'est aussi garantie du mélange de sang blanc*. Une
1. Nous adoptons ici complètement Topinion émise par M. Lacroix.
2. Je tiens ces détails de M. Angrand . ancien consul général de France au Pérou.
tradition retrouvée par Pithou parmi les Indiens de la Guyane assigne aussi TOrient pour patrie aux ancêtres de certaines tribus de cette région. Tout porte donc à penser que la race blanche africaine a pénétré en Amérique.
Quant à la race noire, nous avons les témoignages de Pierre Martyr* et de Gomara, qui tous deux attestent que Vasco Nunès de Balboa, en traversant l'isthme de Darien. pour gagner les montagnes d'où il devait apercevoir le premier l'Océan Pacifique, trouva sur son chemin de véritables nègres'. Ainsi s'explique la présence dans l'tle Saint- Vincent de ces Caraïbes noirs qu'on a voulu faire descendre de nègres émancipés par le naufrage du vaisseau qui les portait, mais que les premiers colons avaient déjà trouvés dans cette île aux prises avec les Caraïbes rouges; ainsi s'expliquent encore le teint presque noir de ces Yamassees de la Floride qui aimèrent mieux périr les armes à la main que se soumettre aux lois des Creeks, et le teint non moins foncé des Chan^asy à peu près entièrement exterminés aujourd'hui.
La géographie , la physique générale du globe, démontrent donc Isi possibilité des émigrations en Amérique; l'histoire constate la réalité d'un certain nombre de faits de ce genre ; d'autres sont attestés par les caractères physiques de populations exceptionnelles.