CHAPITRE XXII. — MIGRATIONS
il y a là de quoi répondre surabondamment aux assertions des polygénistes relativement k Timpossibilité du peuplement par le dehors. L'Amérique ne fournit donc aucun argument à Tappui des théories que nous combattons.
En outre celles-ci ne sauraient rendre compte des singuliers phénomènes sociaux que présenta ce con« tinent lorsqu'il s'ouvrit définitivement aux regards de l'Europe. — Au contraire , la doctrine monogéniste et le peuplement par migrations expliquent de la manière la plus simple la rareté des populations , leur état social généralement si peu avancé , et l'existence par place de civilisations à peu près étrangères les unes aux autres, ayant chacune son caractère propre , accusant toutes l'importation de germes venus du dehors , et dont aucune n'offrait une antiquité comparable , même de loin , à celles de vieilles so-^ ciétés de l'Asie ou de l'Europe.
Ici encore en tout et partout le polygénisme est ou en contradiction avec les faits , ou impuissant à en rendre compte, tandis que le monogénisme concorde entièrement avec eux et les explique sans effort.
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Parvenu au terme de notre course, jetons un regard en arrière et rappelons le chemin parcouru.
En procédant à la manière des classificateurs de toutes les écoles, à la manière de Linné et de Lamarck, nous avons distinguéj'homme de tous les autres êtres, en particulier des êtres organisés, parce qu'aux phénomènes qui lui sont communs avec eux, il en ajoute d'autres d'un ordre entièrement nouveau. — Les faits de moralité et de religiosité , la cause d'où ils émanent , ont caractérisé pour nous le règne humain et l'ont séparé des animaux, comme les faits de vitalité et la cause qui les engendre caractérisent les végétaux pour tous les naturalistes, et les isolent des minéraux.
Étudiant cet être supérieur, nous nous sommes demandé s'il constituait une ou plusieurs espèces. — Ici il nous a fallu faire un détour. Ne pouvant résoudre par l'homme un problème dont l'homme luimême était pour ainsi dire l'inconnue, nous avons dû nous adresser aux végétaux, aux animaux, chez les-
quels tous les naturalistes admettent l'existence des espèces ; nous avons dû leur demander ce qu*il fallait entendre par ce mot^ à quoi on reconnaissait cette chose. — La botanique, la zoologie, interrogées successivement, ont donné une seule et même réponse. Nous avons constaté que, dans cette question, on pouvait conclure des végétaux aux animaux , et de ce fait nous avons tiré la conséquence qu'on pouvait conclure des uns et des autres à l'homme : car toiis sont également des êtres organisés et vivants, et par conséquent également soumis aux lois qui régissent l'organisation et la vie , c'est-à-dire à la physiologie générale. — Examiné à ce point du vue, l'honmie nous a montré partout les phénomènes qui caractérisent une seule et même espèce.
L'investigation directe nous a donc conduit à admettre l'unité de l'espèce humaine.
De là même il résultait nécessairement que les théories fondées sur la multiplicité des espèces humaines ne pouvaient être vraies.
Toutefois les partisans de ces théories avaient opposé à cette conclusion des objections de diverses natures. Nous avons pris ces objections une à une, nous les avons soumises au contrôle des faits, des lois reconnues comme existant chez tous les êtres vivants autres que l'homme : partout nous avons vu qu'elles étaient en contradiction avec ces faits et ces lois .
Ce résultat a été une nouvelle preuve, indirecte, mais non moins réelle , de la vérité de notre doctrine.
Dans tout le cours de cette étude, nous croyons n'avoir pas dévié un seul instant de la route indiquée
au début. — Homme de science , c'est à la science seule que nous avons demandé des arguments en faveur de ce que nous regardons comme la vérité. La botanique, la zoologie, la physiologie, la statistique médicale, la géographie zoologique nous ont fourni les principaux : pour répondre à une dernière objection, nous avons dû avoir recours à la géographie proprement dite , à la physique générale du globe , à Thistaire. — Mais pas une fois' nous n'avons appelé à notre aide les considérations tirées de la morale , de la philosophie, de la religion.
Est-ce à dire que nous ne comprenions pas combien la discussion actuelle touche de près à toutes celles qu'agitent ces nobles sœurs des sciences naturelles et physiques ? Certes non. — Bien des fois, en présence des conséquences de tout ordre qui s'offraient à notre esprit , nous avons eu peine à ne pas les faire ressortir; bien souvent nous avons dû rayer des mots, des phrases involontairement tracées. La raison qui nous a fait agir ainsi, c'est qu'il était difficile, impossible selon toute apparence, d'aborder ces côtés de la question sans réveiller des préjugés, des passions qui l'ont trop souvent obscurcie ; c'est que, traitant un siyet qui avant tout est du domaine des sciences naturelles , nous avons voulu rester exclusivement naturaliste, afin d'avoir le droit de parler à tout le monde et d'amener les partisans des doctrines les plus opposées sur un terrain que personne, quels que soient ses instincts ou ses croyances, n'a aujourd'hui le droit de refuser, et sur lequel il nous semble impossible de ne pas tomber d'accord.
Aurons-nous réussi? Aurons-nous porté la convie-
tion qui nous anime dans Tesprit de quelques-uns de nos anciens contradicteurs? — Nous le désirons plus que nous n'osons l'espérer; il nous est du moins permis de croire que ceux-là mêmes dont les opinions sont le plus contraires aux nôtres seront forcés de convenir que le numogènisme est une croyance raisonnable ayant des fondements autres que ceux qu'on trouve en dehors des sciences proprement dites. — Il nous est surtout permis de penser que les hommes sans parti-pris, sans préjugiSy comprendront mieux encore cette vérité et qu'ils n'hésiteront pas à se ranger avec nous sous la bannière qu'ont hautement arborée les Linné , les Buffon, les Cuvier, les Mûller, les Humboldt.