‹ Urbain ChevreauChapitre 165 sur 371 · Dans la première l'auteur dit : Je crains · texte numérisé non relu

Dans la première l'auteur dit : Je crains

De n'avoir rien de la Fortune

Oue le Tableau que j'en ai fait, faisant allusion à l'ouvrage qu'il avait publié en 1644. Dans la deuxième, il conseille de fuir le métier des vers, car ;

Oui prend le clicniin du Parnasse,

Trend le chemin de rhôpilal.

7. Adam Billaut, menuisier-poète, né à Nevers en 16(X) environ, mort le 10 mai 1662, fit des vers d'une verve naive, qui lui ont valu le surnom de \'iri/ile du llrihol. Ses C/icnlIes parurent à Paris l'u 1611. Plusieurs auteurs composèrent à celle occasion des épigrammes, pour les mettre au commencemcut de l'ouvrage. Ouelcpies-unes sont citées dans le Chevraeana (.1, pp. lu4-lo7) avec celle de Chevreau,

La même politesse y forme chaque mot

Etj de l'air i|ue tu sais écrire, Il scralile qu'Apolion n'abandonne la lyre

Que pour se servir du rabot.

et celle Sur les deux sonnets d'Uranie et de Job, qui firent naître tant de petits poèmes, dont un sonnet de Corneille. Chevreau s'adresse à i'ranie.

■Vous avez peu d'éclat ou peu de vanité

De craindre (|ue Job vous confonde, Et de disputer même avec timidité

Au plus misérable du monde

L'avantage de la beauté '.

Les autres épigrammes ne méritent guère l'attention. Elles n'ont rien qui les distingue, soit en bien soit en mal, des œuvres similaires.

V. Epitaphe. — L'Epitaphe unique du recueil : Sur la belle fille noyée, manque totalement de sentiment, sinon d'esprit. Elle compte dix vers, les trois premiers de dix syllabes, le quatrième et le cinquième de douze, les autres de huit. Voici le trait final ;

Mais voyez l'étrange puissance Et le bizarre effet de l'eau :

Une Vénus y prit naissance, Une autre y trouve son tombeau.

(V. 7-iO.)

VI. Ch.\.nsons. — Les deux Chansons ne sortent guère de la banalité : on y distingue cependant une pointe démotion. Elles sont adressées à Phihs par un amant, qui déclare, comme tous les vrais amants', mourir sans se plaindre des coups de sa maîtresse. La première chanson

1. On sait que les xoiiiiets de Job et d' i'ranie, composés par Benserade et par Voiture, di\-isèrcnt le monde lettré en deux camps, les Jobelins et les l'ranietxs. Malherbe avait salué, longtemps avant son apparition, le sonnet dTranie comme Pieuvre d'un \Tai pof'fe(V. de Broglie Malherbe, p. 13S). M. Faguet (Annales Politiques et Utlëraires, 20 avril 1900, p. 81), reporte à 16.'j3 la date de la querelle des sonnets, que l'on fixe à 163S. Elle aurait éclaté après la mort de Voiture (16i8), comme le marque la glose de Sarrasin sur le sonnet de Job, et aussi après la Fronde, puisq^ue Corneille a écrit que cette querelle va rallumer la guerre civile ; mais avant la mort de Balzac (I6S4), puisqu'il a fait une dissertation sur les deux sonnets. D'où la date fixée par l'illustre académicien.

2. Cf. les poésies de Tristan l'Hermite. par exemple, intitulées ; le Désespoir, les ^f|■/lris. l'Humeur imjrate. les Tourments, la Selle ingrate, dans son poème des Amours (Bernardin, Tristan l'Hermite, pa.ssim.). C'était un thème tort exploité et tout à fait galant alors.

compte douze vers divisés en deux couplets, les premier, cinquième et sixième octosyllabes ; les deuxième, troisième et quatrième alexandrins. La deuxième chanson n'a que huit vers formant également deux couplets, mais tous de douze syllabes.

VII. Sonnets. — Le sonnet fut à la mode au xvii" siècle, comme le madrigal et l'épigramme. Nous venons de nommer les sonnets de Benserade et de Voiture sur Job et l'ranie, qui bouleversèrent la société française à leur apparition (1653). Ceux qui furent composés à l'occasion de la Phèdre de Racine (1677) produisirent le même effet. Les sonnets du Misanthrope et des Femmes savantes sont un écho de cette manie générale qui poussait tous les lettrés à en composer. Chevreau ne résista pas au courant. Si ses sonnets ne sont pas « sans défaut » et ne valent pas « un long poème », ils ne sont pas dépourvus de toute qualité. Cinq sont empruntés à l'italien Fulvio Testi, un à Lope de Vega, trois à Camoëns, un à Sempronio Urbino, un à Théodore de Bèze'. On les retrouve pour la plupart dans les Œuvres mêlées et le Chevraeana. Le dernier est assez beau \

, Je dormais d'un profond et paisible sommeil,

Quand Philis, en dormani, m'apparut toute nue, Comparable, en son leint délicat et vermeil, A celle qui du jour annonce la venue.

Jamais plaisir au mien ne peut être pareil Et jamais passion ne fui mieux reconnue. Puisque je l'embrassais et que, sans mon réveil. J'étais prêt {sic) de forcer toute sa retenue.

Ici je vous appelle à mon soulagement.

Astres, qui présidez au bonheur d'un amant. Et je t'invoque aussi, A Père du mensonge.

Faites, si vous pouvez me donner du secours.

Que je voie en elfet ce que je vis en songe

Ou faites, pour le moins, que je dorme toujours.

1. >'nu5 connaissons Fulvio Testi, Camoëns et Théodore de Bèze. Lope de Voga est un grand dramaturge espagnol (I.'i62-lt)35), auteur de nombreuses poésies de toutes sortes. Sempronio Urbino est un poêle italien peu connu.

2. Il se retrouve dans les (JKiiires mrlves (p. .'1031, avec le cliiingeraent suivant aux deux premiers vers :

Je flaUais mes oimuis ilans les lir.is <lu sommeil. OuauJ l'aJoiiljle Ins m'apparul toute nue.

Mais les sonnets originaux sont le plus souvent plats et affectés, gâtés par la banalité et la recherche. Les cinq derniers à bouts rimes ' n'ontguèred'aulrcméritefiueladifficulté vaincue. QueChevreau s'adresse à M'"'' la Comtesse df la Suze, a M""' de Itochambeau, h .]/"«' D'Escars ', à J/"'^ Louison Grovart ou à une Iris, une Philis, une Sykie quelconque; qu'il écrive sur une Religieuse possédée, tin Mariage, ou bien d'après des rimes fournies par Christine de Suède, par un marquis, par un duc, par .Mnon de Lenclos, c'est presque toujours le même langage convenu avec. c'a. et là, quelques mots parfis du cœur, un peu plus justes ou un peu plus heureux, exprimant une vraie passion et de réels ennuis.

Vin. VmEL.\i. — A la poésie lyrique appartiennent encore un Virelai et un Rondeau, au sujet fort peu moral. Le premier, de quatrevingt-sept vers de sept syllabes sur deux rimes, indique, d'une façon alerte, les moyens de triompher de la vertu la plus farouche. Le premier

vers :

La dame la plus fidèle,

est répété huit fois. Le deuxième :

Peut clianger en un moment,

l'est quatre fois. Les quatre derniers :

La dame la plus fidèle Peut clianger en un moment.

On attire à sa coidelle La dame la plus fidèle,

sont la reproduction des quatre premiers.

IX. Ro.NDEAU. — Le Rondeau, également vif, est intitulé : Pour une dame qui aimait un jeune garçon. En voici les deux premiers vers :

Pour un enfant, vous avez tort D'être plus triste que la morl.

Pour un enfant constitue le refrain. Il y a trois groupes de cinq, quatre et six vers. Le refrain est après les deuxième et troisième groupes, et forme les neuvième et quinzième vers de quatre syllabes. Les autres sont des octosyllabes.

1. IntroJuits par lUilot, vers ICiS, ces sortes de poèmes jouirent d'une très grande vogiie. Les sonnets, composés par les adversaires et les partisans de la Plièilre de Kaeine, étaient des Uouts-Rimés.

2. Ce sonnet, dans le Clievracana (11, p .ï8), estdédié à Mademoiselle D..., qui aiail ecril il uti prince une (élire en ma faveur. Charlotte de Hantel'ort ou M'" D'Escars (1610- 1072) était fille d'honneur d'.Vnnc d'Autriche et se maria en l6'Si à François de Choiseul, marquis de Prasliii. Elle était d'un naturel tort gai et taisait des vers, Nous avons dit un mot de W" Grovart à propos des stances sur la hetle en deuil.

X. Poèmes sans caractère défini. — Plaçons ici, ne sachant trop à quel genre les [rattacher, deux pièces : le Désespoir amoureux et ï Heureux impuissant, en deux cents et cent quarante-deux alexandrins à rimes plates.

La première, adressée à .W" de Normamille La Suze, est l'histoire du malheureux berger Philène, qui

Mourut pour la beauté dont son âme sV'prit.

(V. '..) Quant à sa bergère, Clarice, elle

Etait savante, jeune et brune comme vous.

Repoussé, l'amant se jette dans la Seine, non sans avoir, en deux strophes de six vers de huit et de douze syllabes alternés, fait ses adieux à sa maîtresse. En voyant son corps inanimé, celle ci tombe morte. Que M"« La Suze apprenne d'elle à être sensible. L'ensemble est lourd, avec quelques détails convenables, sans être réellement beaux. On y pourrait voir une Elégie à rimes plates avec douze vers lyriques'.

La deuxième pièce ne vaut guère davantage. C'est la déconvenue d'un amant, incapable de posséder sa maîtresse, qui s'est enfin livrée à lui. Elle se termine par le souhait, pour l'ami à qui elle est adressée, d'avoir, en pareille occasion, plus de vigueur. C'est peut-être encore une Elégie, comme celles dont nous allons parler et, à cause de cette ressemblance, nous en avons rapproché les deux Poèmes.

XI. Elégies. — Dans la Z^" Elégie le poète raconte àson am\Lycidas d'où viennent ses maux. En un lieu charmant, dit il, régnait une beauté. Je la vis au sortir du lit. Elle se mirait dans une glace. J'approchai, lui déclarai ma flamme et elle me donna de l'espoir. Des ennemis jaloux nous séparèrent. Ils ne purent m'empêcher pourtant d'entretenir deux fois Amarante -

Dans un jardin fameux près des Lords de la Seine ^.

(V. 109) et de l'entendre dire

Aimez-moi je vous aime, adieu, Miiiilc, adieu.

1. En effet, si Racan appelait comme nous Elégte, une « poésie d'amour triste », Malherbe donnait ee nom à toute « pièce en vers suivis ». .\u commencement du xvii" siècle, on nommait encore AVci/iV.v îles leuvres (|ue nous traiterions d'Epitres. tilles servaient souvent à l'expression d'une galanterie froide et maniérée. (Cf. .Vrnoul, Racan, p. iOj, noie 2).

2. C'est au centième vers seulement que l'amant fuit connaître le nom de celle qu'il aime.

3. 11 s'agit sans doute du Palais l'oyat (Ui des Tuileries ou encore des Champs- Elysées. L'indication est bien vague, comme, du reste, le poème tout entier.

En vain, pour « adoucir mes ennuis », -je courus de ville en ville et passai en Angleterre. Toujours plus affligé, je m'embarquai pour revenir. Arrivé en France après une violente tempête, j'apprends que mon rival lavait enlevée. Désespéré, je passe en Flandre, où vainement je cherche la mort en combattant les Espagnols. Là j'apprends, « par son illustre épouse », que la lièvre avait mis mon rival à l'extrémité. Mais voilà que la fièvre s'empare aussi de moi, puis d'Amarante. J'accours trouver celle-ci. Voyant un cercueil, je fus joyeux, croyant que c'était celui de mon rival. Hélas! c'était celui de ma maîtresse. J'aurais dû mourir de chagrin.

Il y a en tout deux cent vingt-quatre alexandrins à rimes plates.

Tout ce récit manque d'intérêt et de vie. La tempête est mal décrite; les expressions sont le plus souvent banales ; les indications vagues et obscures. Cette sorte d'idylle champêtre est froide et sans relief. L'auteur pourtant l'a reproduite dans le Cherncana', où il déclare qu'avec une autre qu'il donne à la suite, elle devait tigurer dans un roman. Elle est adressée à M. Vignier*.

La deuxième élégie compte cinquante-six alexandrins également à rimes plates. Le poète supplie la k charmante Fuliie d, depuis trois ans maîtresse de son cœur, d'écouter son amour qui veut à elle seule dire tout ce qu'il éprouve et tâcher de la soumettre à sa loi.

Faites à tout le moins quelque chose pour lui Et, comme votre cœur est tout ce qu'il demande. Ne lui résistez plus, soulTrez qu'it y prétende. Qu'il y règne à loisir, qu'il y demeure en paix, Et que, pour mon repos, il n'en sorte jamais.

.\ussi médiocre que la précédente cette pièce se retrouve dans les Œuvres mêlées '. On voit, d'après la nature de leur sujet, que Chevreau a pris, avec Racan, le mot élégie dans le sens de poésie d'amour triste, mais en vers suivis, comme le voulait Malherbe.

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