‹ Urbain ChevreauChapitre 207 sur 371 · IV · texte numérisé non relu

IV

La vieillesse arrive bientôt avecles regrets. Plus tard vous viendrez me faire des avances; vous serez rcpoussée. Non, dussiez-vons en être froissée, je vous serai fidèle toute ma vie. L'ensemble compte ijuatrevingt-six vers de diverses mesures (8, 10, 12 et 4 syllabes), lestement troussés sur l'opportunité d'aimer quand on est jeune.

Le DciLiième billet folâtre également de quatre-vingt-six vers, mais de 8 cl de 12 syllabes, traite à peu près le même sujet.

Tout cliange et le temps à la lin Cliangera votre humeur superbe, Mais souvenez-vous du proverbe:

Après la mort le Mcdecin.

Quand j'aurai disparu, peut être vous plaindrez mon sort, mais vous n'en serez pas quitte pour cela. J'irai vous trouver au lit, soulèverai les couvertures. Après un moment d'aiïolement, vous me déclarerez être assez punie par vos regrets ; mais il ne sera plus temps :

Après la mort le médecin.

Comme un lutin, je vous malmènerai toutes les nuits. Cédez donc à l'amour (]ui me tourmente. Le peuple vous donne à moi :

Ne m'oiez pas ce qu il me donne.

Tjut ici est rapide et vif, sans lourdeur ni empliase. Le proverbe faisant refrain est bien amené.

Votre époux est murt (i à la lin », écrit Chevreau à sa correspondante du Troisihne billet foldtrc.

CJ'esl le seul bien (|u'il vous a fait. Et le seul qu'il vous pouvait faire.

Vous l'avez pleuré, dit-on ; de joie peut-être. Vous devez rendre grâce à la fièvre qui vous a débarrassée de ce tyran. Usez de la liberté que vous laisse la Fortune; réparez le temps perdu ; livrez-vous au plaisir et h l'amour. On m'apprend du reste que vous recevez les visites d un homme possédant toutes les qualités que vous estimez, sauf qu'il est hlondin. S'il trouve le chemin de votre cœur.

...il pourra se vanter De n'avoir pas perdu sa peine.

Les trente-quatre vers de ce billet sont de 8 et de 12 syllabes, ayant, comme les précédents, de la vivacité et du naturel et formant 3 groupes (lO-j-lO-l-14).

.\ M. Le Fèvre il envoie une Lettre folâtre. « écrite depuis deux ans à une dame qui a du mérite et de la beauté»'. La voici en quelques lignes :

Un galant, d'âge raisonnable, m'a souvent juré

Que vos beaux yeux le font mourir ;

mais qu'il n'aurait aucun regret de la vie.

S'il liaisail en mourant les auteurs de sa mort.

Ne me demandez pas son nom (c'est probablement l'auteur lui même). Il est sincère, exact, complaisant, gai. ouvert, commode, a le teint brun, les cheveux noirs, le front court, le nez long. etc.

Tel iju'il est, il vous est lidéle, .\ussi vrai (|ue vous êtes lielle El que vous avez de l'esprit.

|V. li-IG.)

On voit qu'en somme cette correspondance folâtre n'a rien de fort badin. Le ton en reste sérieux et un peu guindé-. 11 y a en tout seize vers formant trois groupes (i-|-6-|-6).

Nous avons déjà signalé trois Elégies et un Poème héro'i'que, Myrrhe, expédiés par Chevreau à Le Fèvre, avec prière de montrer les premières

2. D'ailltMirs seraient-ils plus libres ([irils n'aiiraienl pas lien de nous étonner "Ulre mesure. Le l'ère jésuite Talon adressait bien des letlres foltiirrs assez légères ii .\l le l'rinee (V. .iUairc. f.n /Iruyèn- dans la niaison de fondé, I, 215;.

à « l'héroïne de Thouarsii. On pourrait encore noter beaucoup d'autres poésies originales, telles qu'un madrigal, un rotideait, et un so»»e/, qui ne sont pas sans valeur, ou traduites du latin (Ode d'Horace : Doner fjratus eramtibi), de l'Italien (sonnet de Sannazar), même du Grec (Idylle imitée de Bien), sans compter de nomljreuses citations en vers latins, italiens, espagnols et frani;ais. Mais toutes ces pièces, malgré leurs qualités indéniables, ne sortent guère d'une honnête médiocrité et ne se distinguent nullement de celles que nous avons examinées dans le Recueil de I606, où nous avonsdéjàrencontré. analysée! apprécié plusieurs d'entre elles. Bornons-nous à nous arrêter un instant sur six I'outraits, quatre en prose mêlée, envoyés à Le Fèvre ; deux en vers adressés à Mo.NsiEun... Les Portraits, sous n'importe quelle forme, étaient à la mode : Chevreau ne pouvait manquer d'en tracer'.

Premier l'ortrait -. — Timarette est grande et droite : elle a le port noble, l'abord timide, la parole brusque, le front haut, le nez aquilin, l'œil vif, la bouche vermeille. Ses cheveux sont «d'un beau gris cendré», descendant aux talons ; ses bras (i faits au tour ». Sa main est « nette et délicate ». Sérieuse d'ordinaire, préférant le monde à la solitude, passionnée pour les parfums et la musique, voulant fortement ce qu'elle veut, elle sait se taire par prudence,

Ou, pour le uiuiiis, ce qu'elle dit N'est pa.s toujours ce qu'elle pense.

Imagination vive, esprit délicat, grand cœur, elleobéitàla raison, aime beaucoup ses amis

El se mo(|uc ilc tout le resle.

Ennemie de la contrainte, « un peu colère», elle est prompte à rendre service. Je n'en dis pas davantage, car il est minuit sonné Et je m'endors sur mon ouvrage.

Il y a un peu de confusion dans ce portrait, où les qualités physiques, intellectuelles et morales, sont citées comme au iiasard. Les vers de luiit, dix, douze syllabes y sont bien mélangés.

1. La manie des portraits ri'fîiia durant tout le xvii' sli'^cle, malgré les raiUeries de Molière ('/.es rn-cieuscs riilirtilrs) et de Ch. Sorel (Dexcriplinit île l'ilc île Ptirtrailiii-c). Qu'on siinf;e notaïuuieiit à la tialcric ilc .1/"* de A/iiiil/ieiixiei , a».\ f'araelerex de La Bruyère. On aimait à itécrire ses amis, soi-même et jusqu'aux fillelles de cinq ans, comme M"" de Tarcnte. .Mis en vr)f,'ue par M"" de Scndèry (ils sont nomlireux dans le Oranil Ci/nis et dans Clrlir\. les pnrlrails couraient le monde et servaient à l'étude du cieur lnnnain on à lu |icinlun' d'niir classe de ta socirli\ On les trouve même dans les sermons,

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