P^ BILLET MÊLÉ
A S. A. Monseigneur le Duc du .1/aùie (Livre II, chap. 8, Œuvres mêlées, p. 3Î9)
Craignez Dieu, respectez le Roi.
Tâchez de vous former sur un si grand modèle ; Et, pour être jugé digne de votre emploi. Renoncez désormais à toute bagatelle.
5 Ayez soin de votre santé ;
Donnez moins dans la nouveauté; Dans tous vos jugements soyez moins téméraire ; Détestez le mensonge et la sotte fierté ; Faites de la vertu votre plus grande affaire ; 10 Et, dans un entretien même de liberté.
Voyez quand vous devez ou parler ou vous taire. Eloignez de vous l'Imposteur; N'écoutez point le Délateur; N'obligez point l'Ingrat ; méprisez le Flatteur. 13 Par une fausse Politique,
D'une Chose publique Ne faites jamais un secret.
Usez bien de celui d'un autre; ,
Mais, tant que vous serez discret, 20 Vous ne direz jamais le vôtre.
Cherchez le divertissement, Sans le chercher avec empressement.
Ne donnez point dans la chimère.
N'ayez jamais d'emportement. 23 Dans la douleur la plus amère.
Et dans la plus âpre colère, Conservez- vous le jugement.
N'usez jamais de méchantes finesses.
Soyez exact clans vos promesses.
30 Du temps qui fuit soyez bon ménager ; Et, si vous avez des faiblesses, N'oubliez rien pour vous en corriger.
II est bon dans vos entreprises De ne rien précipiter.
35 Si les autres font des sottises,
Vous en devez profiter.
Fuyez la débauche et l'intrigue Des plaisirs criminels détournez tous vos pas. Dans vos dons et dans vos repas, 40 Empèchez-vous d'être avare ou prodigue. Fermez l'oreille aux conseils dangereux.
N'ayez l'esprit guindé, ni railleur, ni sévère. Soyez, pour vos amis, constant et généreux; Et, pour une faute légère, 4o Ne rompez jamais avec eux.
Pour votre bien soyez toujours docile.
Aux malheureux accordez votre appui.
Préférez l'honnête à l'utile.
C'est tout ce que j'ai pu vous écrire aujourd'hui.
IVulli te facias nimis sodalern :
Gaudebis minus el minus dolebis.
(Mait. lili. XII, Epigr. XXXIV;
A Versailles, le 8 de juin 1G83.
(Œuvres mêlées, pp. 153-155).
I'' BILLET FOLATRE
(Livre II, cliap. 8, Œuvres méU'es, p. 3iJ.)
Je vous l'ai dit plus de cent fois ; Plus de cent fois je pourrai vous le dire; Et, comme un rhume a dérobé ma voix Permettez-moi de vous l'écrire.
3 Puisqu'on vous aime, aimez à votre tour: Le temps de la jeunesse est celui de l'Amour, Et c'est pour elle qu'il soupire.
Sans faire bruit Le temps s'enfuit lu Avec vitesse.
Il nous conduit.
Et jour et nuit, A la vieillesse.
Quelle tristesse lu Succède alors à la tristesse
De n'avoir pas goûté le fruit Dont l'Amour (latte la tendresse !
Mais trop tard ce Dieu nous instruit Qu'il faut aimer qui nous caresse, 2.0 Et que ce n'est qu'à la jeunesse
A goûter le bien qui le suit...
Dans cet état, la vie est importune ; En quelque lieu qu'on aille on porte son tourment. Et l'on se plaint, mais vainement, 25 De l'Amour, et de la Fortune.
Pour votre bien, Et pour le mien.
Songez y bien, Car l'affaire est de conséquence.
3U Dieu sait combien
Sera grande votre souffrance,
Quand on fuira votre entrelien, Et que, pour payer ma constance Vous viendrez me faire une avance, 35 Qui ne vous servira de rien.
Le temps qui change toutes choses, Pour me venger, vous saura bien punir, El faire en vous tant de métamorphoses,
Que de vos Ij's et de vos roses 40 II ne vous restera que le seul souvenir.
Par cet outrage.
Votre visage,
A qui chacun va rendre hommage.
De chacun sera méprisé.
45 Votre orgueil, qui vous rend sauvage ,
Ne pourra plus être excusé ;
Et, dans un si triste équipage.
Je suis même fort abusé.
Si le monde vous trouve sage 50 D'avoir eu pour votre avantage
De si riches dons en partage.
Et d en avoir si mal usé.
Puissent les bons destins, en dépit de l'envie.
Pour vous faire goûter les plaisirs de la vie, 55 Vour inspire d'autress désirs.
Et tourner votre cœur du côté des plaisirs. Où la jeunesse vous convie.
A ces mêmes destins je ne demande rien Que l'honneur de vous plaire, 60 Puisque je ne connais ni de mal, ni de bien.
Que le mal et le bien que vous pouvez me faire.
Vous médirez peut-être avec emportement
Que je vous parle un peu trop librement. Car vous êtes toujours altière.
65 Quand vous seriez cent fois plus fière,
11 n'est pas de mon choix de parler autrement.
J'étais bien résolu, de l'humeur dont vous êtes.
De couvrir ma douleur d'un silence discret ;
Mais, puisque c'est vous qui la faites, 70 Pourquoi vous en faire un secret ?
Dussiez vous donc trouver mon amour criminelle ; Dussiez-vous pour jamais m'éloigner de vos yeux ; Jusqu'au dernier soupir je vous serai fidèle Et, si je meurs pour vous, je meurs trop glorieux. 7o Vous avez beau dire et beau faire :
Il n'en sera ni plus ni moins.
Mon bonheur, mon amour, mes souhaits et mes soins Iront, toute ma vie, à l'honneur de vous plaire. Enfin c'est un arrêt du sort ; 80 Le temps, la raison, ni la mort
D'un si juste dessein ne sauront me distraire. Et, quand de vos mépris j'aurais mille témoins ; Mon bonheur, mon amour, mes souhaits et mes soins Iront, toute ma vie, à 1 honneur de vous plaire. Vous avez beau dire et beau faire :
Il n'en sera ni plus ni moins.
{Œuvres mêlées, pp. UOIJ-30'i.)
ODE D'ilOR.VCE
Doncc 'jratus eraia tibi (III, 9)
■Version de Chevreau
(Livre II, cliap. 8, Œuvres mêlées, p. 342).
Ed face de la version de Chevreau nous donnons le texte latin, afin de permettre
la comparaison
H0I1.\TIUS TIRSIS
Donec gratus eram tihi Tantquej'eusIebonheurdenetepasdéplaire;
Nec quisquam potior brachia candidac Qu'aucun ne partagea tes faveurs avec moi ; Cervici juvenis dabat, .le n'eus point de souhait à faire,
Persarum vigui rage beatlor. Kt je fus phis heureux qu'un roi.
LYDIA Donec non alia magis Arsisti neque erat Lydia post Chloen, MuUi Lydia nominis Ilomana vigui clarior llia
PHILIS
Tant que l'Amour souffrit noire ardeur mn-
lluclle,
Elque d'un nouveau feu ton eœurncput brù-
|ler;
Mon nom devint célèbre et ma gloire fut telle
Que je ne trouvai rien qui la pût égaler.
HORATIUS Me nunc Tlircssa Chloo régit.
Dulces docta modos et cilhara- scien?
Pro qua non metuam mori.
Si parcent animaefata superstiti.
TIBSIS
.Je brûle pour Isis et brùlc sans me plaindre.
Quand on souffre pour elle, on ne peut trop
[souffrir ;
Kt j'irai de moi-même à la mort sans la crain-
|dre,
Si j e puis par ma mort l'empêcher de mourir.