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CHAPITRE PREMIER Pièces de Théâtre

CONSIDÉHATIO.NS GÉNÉRALES

Notre dessein n'est pas de faire ici l'iiistoire du tiiéàtrc français dans la première moitié du xyii" siècle. Elle a été faite et bien faite par déminents criti(]ues'. Nous nous contenterons d'en résumer les caractères principaux.

Deux genres, répondant aux deux côtés triste et gai de la vie humaine, se partagent à ce moment la faveur du public : la Tragédie, représentation d'événements terribles ou pitoyables, qui afTeclent des dieux, des héros ou des princes; la Comédie, peinture des travers et des ridicules ((ui enlaidissent un homme, une partie de la société ou le genre humain. Hardy, le véritable créateur du théâtre moderne, a bien mis à In mode la tragi-comédie, inaugurée par les Confrères de la Passion',

1. Kiliiiiaiil l'niiiniei-. IVlit de JuUeville, E. lii.^al. Oli. Ai-naiiil. lirriiardin. Lirhy, Itnin, liiMiiiisI, Clianlon. ISizos. Aularii, Mareou, Deraogool, Fournel. Breilinger, Arimulil, llriUDii. Fagiicl, Tîrunolii're; Laii?on. etc., etc.

2. .M. lùig. Kif-'al l'a fort liien démontré dans son Tliriiire fianraix iiiniil lu période 'lassii/iir i\\ , lli-lii). .lodi'lle. tiaruier et Montrlirélien avaient compo.sé leni-s pièce? pour un [uililic restreint, non pour le tliéàlre populaire. Ile plus. Monlelirétien n'est pas nu prédécesseur, mais un contempiuain de Hardy. Celui-ii avait prcdialilemeut déluilé. (|nand Snplmnixlie parut ( lo%). (Cf. Rigal, .llerniitlic //(inh/. SI. S9. 01, 2;i2-3). Knfin. c'est lui ipiiaux acteurs improvis<!'S a substitué des comédiens de profession. La llriiiliniiiiiilc de (iarnicr est une TKvGi-coMtuiE, rari/iiiiifiit pris ilu T ilinpiire île Dnniet mer 1rs la ni il) lies îles trois eiifiinls ilinif In foiinuiise i l.'ilil I. (V- Kagnet Emile. I.ii Triiipilie françiiise im XVI' siêile (lu.'lU-IGOU) pp. I((*-I0;t et E. Iiigal,-/,e lliciilre français inmit la période classiijue, Paris, Uacliettc, l'.IOl, in-12, p. 13(t).

mais elle se confond souvent avec la tragédie, malgré une certaine différence de sujet, de ton et de dénouement' et aussi avec la comédie, bien que la gaîté y ait peu de place. Partout même absence d'observa lion et de vérité dans les mœurs, les décors et les costumes. La scène est partout et nulle part. Les unités d'action, de temps et de lieu ne sont pas rigoureusement observées, quoitju'on s'efforce, depuis 1628, d'être plus <( régulier ». Les personnages entrent et sortent, sans qu'on sache pourquoi ou que leurs entrées et sorties soient nettement marquées. Leur nombre augmente, ce qui n'empêclie pas les récits et les monologues de se multi[)lier avec les maximes morales. La moralité n'est pas pour cela plus grande, notamment dans les rôles secondaires et la comédie. L'invention est aussi nulle que la psj'chologie. On emprunte de tous côtés ; on compose un roman dialogué avec songes et présages, stances et tirades, tout l'appareil précieux et compassé du temps. Notons cependant que l'action acquiert plus d'importance, plus d'unité ; que les caractères se dessinent mieux et se précisent davantage; que la composition devient moins prompte et plus soignée, quoique encore très rapide. Tel est, en quelques lignes, l'état du théâtre à cette époque. Disons un mot de sa popularité.

Les représentations théâtrales jouissaient d'une grande vogue au xvii" siècle^; des jésuites les avaient introduites dans les écoles et leurs élèves, excités par le souvenir de ces solennités dramatiques, composaient souvent, après être sortis du collège, des pièces destinées a assurer leur réputation. I rbain Chcnrau fut probablement de ceux là. Au collège de Poitiers, il avait dû applaudir et aussi jouer lui-même plusieurs pièces; c'est sous rinltuence de ce souvenir agréable qu'il se mit sans doute à en composer à son tour. Presque toutes parurent durant l'espace de quatre années, qui sépare le Cid de (Corneille de son Horace'. Le « soleil » ayant quelque temps voilé sa face, (( les étoiles »

1. Les sujets de lii tragédie smil puisés dans l'aiiliiiiiilé ; eeiix de la Iragi-eiunédic dans le fond romanesque des lillératures française et éli'angère. Le ton est sévère, nolde dans la Iragédie ; souple, légèrement familier dans la Iragi-comédie. Malheureux dans la Iragédie, le déuouenieni osl heureux dans la Iragi comédie ; to\ilefois il est malheureux dans celle dernière même, si les personnages, au lieu d'élre illustres, sont tirés d\i commun, lui somme, la tragi-comédie est un giMiri' mixli-, aux caractères assez incertains el variahlcs, destiné à périr à cause de ses élémenls divers et de son caractère peu défini.

2. « Le Ihéàlre fut une des plus vives passicuis lilléraircs du temps. » écrit M. iMareou (/V//i.ssom, p. OS). Cf. les frères l'arMaicI, V, p. IGi ; Walkeuaër. Mriiinirrs sur M" lie Si-viifné, t. Il, p. 2112 el s. Il parlagea la vogue des salons el, sous l'influence d'une société avide d'éniolioiis (léliciilcs, ilonuii le |iiis iiii lii'l cspi'il el à l'exallalion romanesque.

:t. De Itiii" à Ifiil on peut-être fl llli.'i. Chevreau a\ait de l'i à iS ou ;!J ans.

qu'avait éclipsées son brillant éclat, se montrèrent de nouveau et tentèrent d'éclairer de leur (làle clarté le domaine dramaliciue. Le grand poète s'était tu un instant ; les auteurs médiocres s'efforcèrent, pendant son absence, défaire entendre leur faible voix et de profiter de l'engouement général soulevé par lui, pour conquérir un peu de gloire et de popularité. Chevreau fut de ce nombre. II eut le bonheur de voir presque toutes ses pièces ' jouées à l'Hôtel de Bourgogne, sans qu'on puisse dire pourtant l'accueil qu'elles y reçurent du public, l'époque précise à laquelle elles furent représentées, ni combien de fois. Duval Henri, dans son Dictionnaire des ouvrages dramatiques depuis Jodelle, écrit bien que l'Innocent e.riléiul représenté sur le tliéâtre du Marais - ; mais, outre que sur ce dernier théâtre avait été représenté le Cid de Corneille, c'était déjà une recommandation de voir la troupe royale de Valleran Lecomte, dont Hardy était le poète attitré et fécond, consentir à jouer d'autres pièces, en partie imitées de leur auteur favori, sur cette fameuse scène de VHolcl de llourgogiic que lui louaient les Coufrcres de la l'assion. Cette constatation est donc toute à l'avantage de notre autour. Il débuta par une tragédie.

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