CHAPITRE XXI
Les résultats des recherches archéologiques
Les recherches archéologiques dans le lit du Rhône ont été exécutées sous la direction de M. le D'^ H. Gosse, conservateur du Musée archéologique.
Les travaux faits dans le fleuve mis à sec à propos de l'utilisation des forces motrices avaient donné à quelques personnes des espérances complètement chimériques sur l'importance des découvertes archéologiques qui pourraient être faites. Cependant un peu de réflexion aurait dû leur montrer que le nombre des objets qui pourraient être trouvés devait être très restreint. En effet, il ne s'agissait pas de creuser le lit du Rhône, mais simplement de le régulariser; par conséquent on ne pouvait pas faire des recherches dans les points les plus profonds du fleuve, où avaient dû précisément glisser les objets qui y étaient tombés; en second lieu, dans les temps anciens, au moment par exemple de l'incendie des ponts du Rhône, les eaux d'hiver étaient assez basses et l'on avait certainement fait des recherches dans les années qui ont suivi le désastre pour rechercher les objets de valeur qui avaient disparu ; ces investigations avaient été singulièrement facilitées par la limpidité des eaux à ce moment de l'année.
Si l'on ajoute à ces deux raisons, soit la réserve qu'il a fallu mettre dans les recherches pour ne pas entraver les travaux, soit la disparition presque inévitable d'un certain nombre de pièces dissimulées par les ouvriers qui sont allés les vendre à des tiers, croyant en obtenir un prix supérieur à celui qui leur était payé par la Ville (outre la valeur réelle, il leur était alloué une gratiflcation), on sera vraiment surpris en bien en examinant le nombre des pièces qui sont venues enrichir le Musée archéologique.
Les travaux ont porté d'abord sur le bras gauche, et c'est là entre la pointe de Tile et le Quai de la Poste, que l'on a retrouvé des pilotis se rapportant aux palafites de l'âge de la pierre. Une hache perforée en diorite, de A 6895
la période de transition, a été seule trouvée dans ce point sur lequel l'on fondait quelques espérances, basées sur les deux objets trouvés un peu en dessous du pont de la Coulouvrenière, un ciseau en Saussurite et un pointe de flèche A 4779
en amëthiste. A 5684
Age du bronze.
En mars 1879, le Musée avait acquis une lame d'épée trouvée vis-à-vis de la tour ^ ^^^
de l'Ile; elle était munie d'une soie représentant un renflement à son extrémité, montrant ainsi que la poignée était formée de deux valves fixées ensemble par
des rivets qai ne pénétraient pas dans la lame elle-mêoie — Non loin de là B 5062 ont été trouvées trois haches à douille et une faucille. C'est également de ce
B 506^ point que provient une pointe de lance donnée au Musée industriel et qui a été
B 5M8 remise plus tard à la Ville.
Au-dessous du pont de la Coulouvrenière a été recueillie une belle pointe
B 5231 de lance, maïs c'est dans le draguage du lit du Rhône en aval du bâtiment des
turbines qu'ont été retrouvés les plus beau spécimens de l'époque du bronze entre les profils 64 et 83, et surtout aux profils 76, 77, 78, 79 et 83 — C.
Ce sont (piatre laines d'épées. Deux d'entre elles se rapportent au type dans lequel la lame n'était fixée à la poignée que par une espèce de renflement
B 5426 assez court L'une d'elle, entière, mesure 0"61 de longueur et a pour caractéristique
de ne ppèsenter qu'une largeur maximum de 0"^1. C'était donc une épée remarquablement étroite pour cette époque.
B 5190 L'autre, qui est fracturée à une certaine distance de son extrémité, mesure
encore 0^56, mais on peut très bien déterminer qu'elle devait avoir, lorsqu'elle était entière, au moins 0^30 de plus. Elle a une largueur maximum de O^^OSl.
B 5336 Lea deux autres épées entières se rapportent au type déterminé par un
élargissement de la lame près de la garde, ainsi que de la soie qui, aplatie, présente un certain nombre de trous destinés à recevoir les rivets qui fixaient les dewa morceaux de la poignée en corne ou en bois. Elles présentent une longueur de 0°>55 et offrent un renflement très prononcé de la largeur de la lame à 0n^20 de
B ^11 rextrémité. D'autres épées ont été cassées par la drague et Ton a pu en
avoir trois fragments se rapportant à deux armes différentes.
Trois eittrémités de lances appartenant à deux types différents, l'une trè»-
? ??! allongée (0"^) avec un fort renflement à la partie médiane ; l'autre un peu pliis
courte (0°^0) présentant une forme lancéolée et plus aplatie; la troisième, beaucoup moins longue (On™17), offrant un type plus trapu, les ailettes sont beaucoup plus étroites, de telle sorte qu'au lieu de présenter une largeur de (H)45 comme le N^ B. 5^7, elle ne présente plus qu'une largeur de 0"03 et l'on peut se demander si ce n'est pas une extrémité de javelot.
B 5338 Une splendide lame de poignard, longue de 0">23, présentant encore les rivets
qui la fixaient à la poignée, vient compléter la série des armes trouvées à peu de distance les unes des autres. L'on peut se demander si leur réunion ne doit pas coïncider à une tentative de passage du fleuve, car, à cette époque, l'Ârve venant se jeter dans le Rhûne à la hauteur du creux de St-Jean et. le lit du Rhône présentant dans cette partie un élargissement très notable (Planapalus) la profondeur ne devait pas être considérable.
6 5191 A l'époque du bronze, appartiennent encore : Une faucille à courbure très
surbaissée.
^ ^27 Une belle épingle à tête ronde.
^ 53ii Un bracelet dont les extrémités sont amincies au lieu de présenter le
renflement ordinaire.
B 5340 Trois haches, dont deux se rapportant au type des haches spatules
B tm rares dans les environs immédiats, et la troisième présentant de petits ailerons
et un talon très prolongé doivent ôlre signalées dans les trouvailles faîtes en amont de la Jonction.
Enfin, pour être complet, il y a lieu de mentionner cinq cent quatre-vingt- | |^^|J
dix-huit anneaux en bronze trouvés dans le bras gauche et vingt dans le bras droit près des ponts de Tlle, mais quoique la majorité d'entre eux présentent une analogie extrême avec ceux des palafittes, leur dimension générale est uniformément plus grande que celle des anneaux des anciennes stations lacustres, la couleur du bronze de quelques-uns doit éveiller des doutes, et soulever quelques objections qui devront être tranchées par des analyses.
Age du fer.
Un moule en niolasse ayant dû servir à fondre des objets sphériques et B 5145
aplatis, dont on ne connaît pas Tusage. appartient-t-il à cet âge ou est-il plus ancien, la première hypothèse paraît plus plausible par le fait qu'il a été trouvé dans le bras g>uche sous les ponts de File à deux mètres d'une masse de bronze pesant plus de trois kilogrammes, et formée par un nombre considérable d'objets soudés les uns aux autres par l'action du temps.
Les objets ont été détachés les uns des autres, en brisant peu à peu au marteau d'horloger les sels de cuivre qui les réunissaient, et l'on a pu ainsi en classer cent cinquante-quatre, peut-être même dans un examen plus approfondi B 5087 à 5141 de petits fragments pourra-t-on augmenter ce chiffre. Sauf six, ils étaient tous B 5318
fragmentés ou déformés ; on se trouve donc en présence d'une de ces réunions d'objets que l'on a désignées quand elles ont été trouvées sur terre ferme, sous le nom de cachette de fondeur.
Les objets entiers sont cinq bracelets, dont quatre ouverts, rappelant par ^ ?^A. leur épaisseur et leur ornementation, des formes anciennes, et une lame d'épée très courte (O^X)) et dont le renflement de la lame (0»"041) ne so trouve qu'à 0™06 de la point»^.
Les objets fragmentés se rapportent à des épées, des haches, des bracelets, des faucilles, des anneaux, des pointes de lances, des chaînettes, un torques, une grosse épingle, un ciseau, un couteau, une chaîne avec deux pendeloques, un cyste dont les 4)arois ont été aplaties au marteau, et un certain nombre d'intruments indéterminés.
Indubitablement ces objets appartiennent pour la plupart à l'âge du bronze et ils n'auraient pas été rattachés à l'âge du fer, si, parmi eux, l'on n'avait trouvé une monnaie gauloise en bronze se rapportant aux Sequanais.
Quoique trouvés ensemble, ces fragments peuvent donc appartenir à des époques très différentes les unes des autres, et ce fait, au point de vue arc'^éologique, ne laisse pas que d'avoir sa grande importance, surtout vis-à-vis des classifications proposées par quelques auteurs et basées sur des cachettes de fondeurs.
B 5091 -so^i
Epoque romaine.
c 1093 Dans le bras gauche du Rhône, au-dessous des pont de Tlle, ont été
c 1^6 trouvés : un stylet, une bague présentant une inscription qui n'a pu être encore
c 1092 déchiffrée, un couvercle de vase, une extrémité de tuyau coudé et un manche
d'instrument orné d'une figure de femme. Tous ces objets sont en bronze, et sauf le dernier n'offrent pas un bien grand intérêt, les recherches auraient été ainsi bien peu productives pour cette époque, si Ton n'avait pas découvert : G 1095 10 Une têle de statue en marbre blanc environ un tiers plus grand que
nature, se rapportant ou à Cybôle ou à Junon. Elle a appai tenu à une statue placée dans une niche, par la manière dont a été traitée la partie postérieure, et doit certainement être classée dans une période de décadence. Elle est néanmoins intéressante, vu la rareté des fuèces de cette nature recueillies jusqu'ici à Genève.
2** Un autel romain dédié à Neptune, portant l'inscription suivante :
DEO NEPTVx\