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Feront pour ce recueil une juste curiosité. L'éditeur, M. Pierre Manuel, Ta fait précéder d'un pompeux discours préliminaire, que je regarde comme une des pièces les plus propres à montrer un jour l'esprit du moment où nous vivons. C'est donc sur ce discours préliminaire uniquement que je crois utile de publier quelques remarques; car les talens, la vie et le caractère de l'auteur des Lettres seront connus par assez de monumens pour que la Postérité puisse le juger. Ici , c'est l'éditeur surtout qu'on aura lieu d'apprécier.
Je commencerai par l'endroit où il admire son héros d'avoir secoué tous les despotismes , jus* quà celui des langues. Les hommes qui jugent avant de louer , et chez qui l'admiration n'est pas l'ennemie de la raison , avaient en effet remar* que dans ses écrits , étincelant 'd'ailleurs de grandes beautés , une affectation pénible à forger des mots nouveaux , entièrement inutiles. Cette ruse produit toujours son effet : elle persuade au plus grand nombre des auditeurs que des phrases si obscurément entortillées doivent cacher un sens bien profond, et que les pensées qu'on leur débite doivent être bien neuves, puisque la langue n'a pas pu fournir de quoi les exprimer. Mira beau n'était pas l'auteur de ce charlatanisme , qu'il a beaucoup perfectionné , quoiqu'il n'en eût pas
besoin; mais c'est ce qu'on semble vouloir le plus imiter chez lui. Aujourd'hui, surtout, que les plus ignorans se mettent en avant pour insti*uire les autres, tous prennent un ton prophétique; tous pensent comme l'Éditeur {pcige 4) que c'est la justice éternelle qui les a choisis pour leur mission; tous, préchant sur les toits les choses les plus triviales, croient les révéler au genre humain.
Par exemple, l'Éditeur s'écrie, page 18 : « Si je a faisais jamais l'histoire philosophique de Télotf quence, je troublerais , fen suis sur^ qu'il n'y « eut jamais d'hommes vraiment éloquens que « ceux qui furent honnêtes et sensibles. »
Si, dans les recherches que lui coûtera la composition de cet ouvrage, il daigne jeter les yeux sur les écrits que tous les âges ont admirés, il y trouvera^ fen suis, sûr, que tous les philosophes, les orateurs, les rhéteurs, grecs ou romains, anciens ou modernes, sans s'élever, j'en conviens, à la sublimité de ce ton d'oracle, lui avaient cependant ravi l'honneur' d'une si profonde décou* verte. Je ne veux citer qu'un mot de Caton qui définissait l'orateur un homme de bien qui sait parler. Je souhaite qu*on ne trouve point à appliquer chez nous la parodie que fit de ce mot un des plus vertueux citoyens de Rome contre un de ces misérables qui vivaient de délations et de calomnies sous Domitiea : cet orateur y disait * il ,
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est un méchant homme qui ne sait point parler. Je doute , de plus , que si M; Manuel se liTrè à cette étude que je lui conseille, il trouve que Démosthène, ou Eschine, ou Cicéron , eussent secoué le despotisme de leur langage.
Nous apprenons cependant plus loin que Mitabeau était persuadé qu'il est impossible d'écrire correctement une langue qui n'est pas apprise par principes^ et quil réduit à vingt^cinq pages toutes les règles essentielles du français. Il est fôcheûi qu'il n'ait pas toujours eu ces ringt-cinq pages ^otis les yeux, et surtout qu'il lie les ait point transmises à l'éditeur de ses Lettres. Sans doute, alors, on ne nous eût point parlé de la méchanceté de sa femme, qui V illuminait de crimes; les lecteurs n'eussent pas été écrasés de ses sublimes qualités; on he nous l'eût pas rtïàïïtté se foulant par terre ^ mais comme les jicfhille elles Priam;tioiis ne saurions pas que Sophie était presqtee belle ^ mais que Gabriel ne s'était rendtL qU*à ses vertus^ -et quil tenait encore plus à son date dejkt qu'à son corps d'albâtre. Bien dîffêrehîe de ces prudes erîfiuyeuses qui déguisent de leur iniettx leurs aventurés ^ elle était cependarit toùjoûts décenCéy même lorsqu'il l'entraînait vers te trône de Vantotir. Elle ai>tiit sans cesse quelque hiûliceàiuifaire; tt rien n'est plus piquant que l'ingénieux détail de ces malices qu'elle lui faisait, jusqu'à ce que Vénvie de
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kU en faire $e passât peu à peu, comme il esl dit 9!gcé9h\&BCient pa^ i5.
Mais quoi de plus tx^ucbanl; que le récit de la mort de cette Sophie, qui desoendà au tombeau , Iprsque Mirabeau montait à la tribune y 4i'où U devait ionAer sur ie litdemorty qui fut pour kd celui de la gkûre ? Sophie, suicide, trouva, sur le sopha même des Grâces, dans la <vapeur du charbon, le sommeil étennel de Pauline, etc. * Ces morceaux, d'un goût si escquis, ne sont qu'un lé^r échantillon de la prodigieuse richesse de l'auteur en expressions inattendues, en allusions historiques ou uiythologiques, en plaisanteries. délicates : ainsi^ tantôt il appelle son héros le Messie de la Réi^lution, tantôt il nous le représente promené par le Sort, qui lui donne partout des rois. et des femmes pour ses men^us plaisirs. Ailleurs, nous racontant comme Mirabeau fut ar-* rété en Hollande, où il avait ^pris >le nom de ^int Mathieu, il ajoute ingénieusement que Mirabeau Oirait pourtant cru être bien déguisé sous le nom Â'un cpôtre,
Aienne .fait plus, d- honneur et au saint et au panégyriste que la .vénération de ce dernier pour les vertus de . 1- autre ; mais , de toutes ces vertus , celle qui le touche lerplus est l'amour de Gabriel pour Sophie. Aussi ifait^l voir avec quelle complaiisante. humanité il «^intéresse à^leurs plaisirs;
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comme il les partage , comme il les regrette. Il est au fait de tout: leurs discours, leurs moindres entretiens, leur silence, ce que la nuit ou les voûtes des prisons ont caché : il a tout vu, tout entendu. Il gémit de voir qu'ils ne peuvent se consoler que par ce commerce enchanteur qui ne contente pas deux amans. Une plume de feu ne suffit pas à leurs âmes.
J'ai regret de ne pouvoir le suivre dans le voluptueux délire où le jettent de si belles imaginations; mais je suis contraint ici de supprimer les . citations : car ceux qui ont perdu quelques instans de leur jeunesse à feuilleter ces honteuses productions de la débauche et de la cupidité qui inondent aujourd'hui nos places publiques, assurent retrouver dans cette préface le ton, l'esprit, le sel, l'urbanité, qui distinguent ces nobles ouvrages, et croient lire un écrit composé dans et pour un de ces lieux que l'auteur nomme à la page 17.
Au reste, ces sortes de livres ne sont pas aussi vils ni aussi odieux qu'on le croit communément, comme le montre fort bien l'Éditeur, qui en cite deux des plus infâmes, en nous apprenant que . Mirabeau n'avait pas eu honte de les écrire , à la vérité , pour gagner de l'argent. Dans l'un de ces deux chefs-d'œuvre, il admire toute Vérudition, de V Académie des Sciences. L'autre, tissu de
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ce que les prostituées et les grossiers portefaix ont de plus dégoûtant dans leur langage, lui semble un monument de la philantropie de Mirabeau, qui voyait un but moral à travers des sentiers fangeux.
Tant d'admirables réflexions sont relevées par un patriotisme dont tous les élans ne sont pas aussi sublimes ni aussi naïfs que celui de la page a5. On y lit qu'un inspecteur de police trouva dans le corset de Sophie une dosé de poison. Je Vai en main^ ajoute l'Éditeur; et elle pourrait encore servir à purger la terre d*un tyran.
N'était-ce pas une chose digne de fixer Tattention d'un lecteur qu'un ouvrage rempli de tels sentimens et de telles pensées , et écrit dans un jargon digne de ces pensées et de ces sentimens? J'ignore si l'Éditeur fut l'ami de Mirabeau. Des hommes qui ont beaucoup vécu avec Mirabeau n'ont jamais rencontré M. Manuel chez lui. Quoi qu'il en soit, je conviens que l'amitié est une excuse même pour un enthousiasme excessif. Je pense, toutefois, qu'un cœur honnête , aveuglé par l'amitié, ne cherche pas à justifier des vices et de mauvaises actions qu'il ne nie pas, mais qu'il s'obstine au contraire à ne pas les croire. Je ne sais rien de si puéril et de si misérable que cette politesse fausse et apprêtée, cette mignardise fine et inintelligible, et ces épigrammes sentimentales que
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l'on appelait aotrefoiâ le ban ton. Mais n'existe* tâl pas un véritable bon ton? Tout homme qui a une àme bonne et franche n'a-t^il pas en soi une justesse de sentiment et de pensées, une dignité d'expressions, une gaîté Êicile et décente, un respect p^ur les vraies bienséances, qui est en ^et le bon ton , puisque l'honnêteté n'en aura l^unais d'autre? Et ce festidieux mélange de déclamations amphigouriques ;, d'équivoques impures , de cymsni<eet d'impertinent orgueil, n'est-il pas 4m es* seatiellement maui^ais ton, je ne dis pas aux yeux de ce qu'von nommait le beau monde, je dis ou tribunal dis la saine et universelle morale? Certes, la lecture d'un pareil écrit repousse toute àme bien mée, et semble l'avertir, par le dégoût qu'elle lui inflpi]*e, qu'un honnête homme n'écrit pas ainsi.
Si de nom de Mirabeau Êiit durer ce recueil jusi)ii'au tems, qui arrivera peut-être, où, notre aveugle e£ferv8SCefice s'>étant calmée, nous saurons Vivte^en'paix sous 'l'empire de laKaison et de la LÉb^kté , et }(iger Maniement les hommes et les efaeses/, ^e. >me '%ure que oetix qui trouveront dans la )ltste des magistrats de cette capitale de ia F^Bce \t ««me n(om qu'ils auront vu à la tête ifle *ce dbconrs préliminaire ne voudront pas croire que ce .puisse être la même personne.
Et déjà (grâces soient rrendues à ce premier
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efssai "de notre ilidépehdaticfe^ qtii ^ rel€vant toutes lés têtes ^ et însj^ii^ànt auit uàs une honnête fierté, aux atitrès iine i^npefturbable audace , a du moîAs banni l'hypocrisie éti lïiéme tems que là pudeur, et fait que nul ne craini ou ne rovugît plus de se montrer tel qu'il est!
Aihsi, au lieu de nous indigner, nous devons foire liotre profit et mûrir notre expérience , en vtoyant cette nuée d'orateurs des halles qui , pour faire foi de leur patriotisme , justifient toutes les turpitudes, conseillent tons les désordres, avec un ton d'assurance et d'autorité que les hommes vertueux os^aient prendre à peine en fiaisant une bonne action.
Quelques hommes redoutent trop pour les mœurs et pour les lettres ce torrent d'inepties que la presse vomit tous les jours; ils ne veulent pas voir que, cette partie d'industrie humaine ayant long-tems été comprimée sous des entraves sans nombre, dès que la barrière a été levée, une foule immense a dû se précipiter pour goûter à la hâte le plaisir de tout imprimer; et que, nécessairement, le plus grand nombre de ces noù-* veaux écrivains avait négligé jusque-là de savoir lire et de savoir penser : préliminaires indispensables de l'art d'écrire. Mais, lorsque le tems, la tranquillité publique et la risée générale, auront lassé cette fécondité stérile, alors, sans doute, l'étude
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et la méditatioo , jointes à la liberté , produiront des ouvrages véritablement utiles et glorieux. Quand les liqueurs ont long-tems fermenté dans la cuve, tout ce qui s'amoncèle à la surface n'est qu'une bourbeuse écume; la boisson claire et saine ne vient qu'après.
L'illustre Editeur et sa nombreuse cohorte ne manqueront pas de dire que cet extrait est l'on* vrage d'un aristocrate, notoirement stipendié par la liste civile, et en relation évidente avec les émigrés de Coblentz : car,
Qui siffle Manuel est un valet du Rei^ £t n'a , dit Manuel, ni Dieu , ni foi , ni loi.
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De la cause des désordres qui troublent là France et arrêtent
rétablissement de la Liberté i.
a6 février 1792.
La Société des yi mis de la ConstittUion y séante aux Jacobins, s'est souvent occupée, comme on Je voit par le journal de ses séances *, des moyens de raraençr et d'assurer le calme dans Paris et Uans le royaume. Quoique je n'aie jamais été membre de cette Société , et que je ne l'aie même jamais vue, je me joins cette fois à elle du fond du cœur pour adhérer à ce vœu qu'elle prononce , et qui est celui de tout bon citoyen; et, comme il faut connaître la véritable source dés maux pour en découvrir le remède, je vais, sans m'arrêter à quelques causes particulières et momentanées
1 . Le sujet de cet écrit fut la cause de la dissension politique qui éloigna pendant quelques mois André Chénier de son frère, ainsi qu'il est dit dans la Notice de M. de Latouche. Nous renvoyons le lecteur à la réfutation que M. J. Chénier a faite de cet écrit d'André. Elle est imprimée dans le tome V des Œuvres anciennes. {^Note de V Éditeur.)
2. Ce journal parut, pour la première fois , le i" juin 1 791. ( Idenu )
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de dissex^igns^^ ipséparables de tout nouvel ordre de chojseSy indiquer ce que je crois être la cause féconde et universelle des troubles et des discordes qui nous agitent , à la suite d'une révolution pour laquelle le génie humain votera un jour des reipercîmens à la France.
Il existe au milieu de Paris une association nombreuse, qui s'assemble fréquemment, ouverte à tous ceux qui sont ou passent pour être patriotes , toujours gouvernée par des che& visibles ou invisibles, qui changent souvent, et se détruisent mutuellement; mais qui ont tous le même but: de régner; et le même ^prit : de rég«ier par tous les moyens. Cette société , s'étant formée dans mi moment où la Liberté n'était pourtant pas ^core affermie , quoique sa victoire ne fut plus incertaine , attira nécessairemept un grand nombre de citoyens alarmés et pleins d'un ardent amour pour la bonne cause. Plusieurs avaient plus de zèle que de lumières. Beaucoup d'hypocrites s'y glissèrent avec eux, ainsi que beaucoup de personnages endettés, sans industrie, pauvres par faiaéaAti^e, et qui voyaient de quoi espérer dans un changement quelconque. Plusieurs hommes justes et sages , qui savent que dans un État bien administré tous les citoyens ne font pas les affleures publiques , coais qpe tous doivent faire leurs affaires domestiques , s'en sont retirés depuis :
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d'où il suit que cette association doit être en grande partie composée de quelque$ j m^urs adroits , qui préparent les hasards, et qui en profitent; d'intrigans subalternes à qui l'ayidité et l'habl» tude de mal faire tiennent lieu d'esprit ; et d'un grand nombre d'oisifs honnêtes, mais ignorans et bornés, incapables d'aucune mauvaise inten*tion, mais très-capables de servir, sans le savoir, les mauvaises intentions d'autrui.
Cette Société en a produit une infinité d'autres : villes, bourgs, villages, en scmt pleins. Ces sociétés sont, presque toutes, soumises aux ordres <de la société-mère , et entretiennent avec elle une correspondance très -active. Cette dernière est tm corps dans Paris; et elle est la tête d'xin corp^ plus vaste , qui s'étend sur la France. C'est ainsi que l'église de tiomeplaniaii la/bi, et gouvernait le monde par des congr^ations de moines.
Cette congrégation fut imaginée et exécutée^ il y a deux ans, par des hommes très-popalaîres, qui virent fort bien que c'<était oti moy^ji d'augmenter leur pouvoir, «t de tirer non grand parti de leur popularité , mais qui ne virent pas combien un pareil instrument était redcmtable et dangereux. Tant qu'as gouvernèrent ces sociétés, toutes les erreurs qu'on y commettait leur parurent admirables ; depuis qu'ils ont ecx-mémes été détruits par cette mine qu'ils avaient allumée ,
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ils détestent des excès qui ne sont plus à leur prCh fit; et, disant plus vrai, sans être plus sages, ils se réunissent aux gens de bien pour maudire leur ancien chef-d'œuvre ; mais les gens de bien ne se réunissent point à eux.
Ces sociétés délibèrent devant un auditoire qui fait leur force ; et , si l'on considère que les hommes occupés ne négligent point leurs affaires pour être témoins des débats d'un club, et que les hommes éclairés cherchent le silence du cabinet, ou les conversations paisibles, et non le tumulte et les clameurs de ces bruyantes mêlées, on jugera faicilement quels doivent être les habitués qui composent cet auditoire. On jugera de même quel langage doit être propre à s'assurer leur bienveillance. Une simple équivoque a sufQ à tout : la Constitution étant fondée sur cette éter-^ nelle vérité, la souveraineté du Peuple, il n'a fallu que persuader aux tribunes du club qu'elles sont le Peuple.
Cette définition est presque généralement adoptée par les publicistes, facteurs de journaux. Quelques centaines d'oisifs réunis dans un jardin ou dans un spectacle, ou quelques troupes de bandits qui pillent des boutiques , sont effrontément appelés le Peuple; et les plus insolens despotes n'ont jamais reçu des courtisans les plus avides un encens aussi vil et aussi fastidieux que
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i'adulation impure .dont deux ou trois mille usurpateurs de la souveraineté nationale sont enivrés chaque jour par les écrivains et les orateurs de ces sociétés qui agitent la France.
Gomme l'apparence du patriotisme est là Seule vertu qui leur soit utile , quelques hommes quxine vie honteuse a flétris courent y faire foi de patriotisme par l'emportement de leurs discours, fondant l'oubli du passé et l'espérance de l'avenir sur des déclamations turbulentes , sur les passions de la multitude, et se rachetant de l'opprobre par l'impudence. Là se manifestent journellement des sentimens et même des principes qui menacent toutes les fortunes et toutes les propriétés. Sous le nom d^accaparemens , de monopoles , l'industrie et le commerce sont représentés comme des délits. Tout homme riche y passe pour un ennemi public. L'ambition et l'avarice n'épargnant ni honneur, ni réputation, les soupçons les plus odieux, la diffamation effrénée s'appellent liberté (ï opinions. Qui demande des preuves d*une accusation est un homme suspect, un ennemi du peuple. Là , toute absurdité est admirée , pourvu qu'elle soit homicide; tout mensonge est accueilli, pourvu qu'il soit atroce. Des fenmies y font faire applaudir les convulsions d'une démence sanguinaire*
La doctrine que toute délation vraie ou fausse
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est toujours une chose louable et utile y est iioil -seulement pratiquée, mais enseignée au moins comme ce que les Jésuites appelaient une opinion probable. Un homme fait un discours rempli d'invectives et d'imputations diffamantes: dans I allégresse générale on en décide l'impression; puis, interrogé pourquoi il ne Ta pas publié tel qu'il Tavait prononcé, et pourquoi il a supprimé rjiielques-unes de ces brillantes délations qui en avaient fait le succès , il répond , avec une franchise qui ne l'honore pas moins que ceux dont il était alors le président, qu'au fond il n'était pas sur que tout ce qu'il avait dit fut bien vrai, et qu'il a mieux aimé ne pas s'exposer à un procès criminel.
On y attaque aussi quelquefois des coupables ; et on les y attaque avec une férocité , un acharnement , une mauvaise foi , qui les font paraître innocens. La, se distribuent les brevets de patriotisme. Tous les membres, tous les amis de ces congrégations sont de bons citoyens ; tous les autres sont des perfides. La seule admission dans ce corps, comme le baptême de Constantin, lave tous les crimes, efface le sang «et les meurtres. Les monstres d'Avignon ont trouvé là des amis, des défenseurs , des jaloux.
Ces sociétés, se tenant toutes par la main , for-*
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tiieht une espèce de chaîne électrique autour de la France. Au même instant, dans tous les recoins de l'Empire, elles s'agitent ensemble, poussent les mêmes cris, impriment les mêmes mouvemens , qu^elles n'avaient certes pas grand'peine à prédire d'avance.
Leur turbulente activité a plongé le gouvernement dans une effrayante inertie. Dans les assemblées primaires ou électorales, leurs intrigues, leurs trames obscures, leurs tumultes scandaleux, ont fait fuir beaucoup de gens de bien, dont toutefois la faiblesse est très-condampable, et ont sali de noms infâmes quelques listes de magistrats populaires. Partout les juges , les administrateurs, tous les officiers publics qui ne sont point leurs agens et leurs créatures, sont leurs ennemis, et en butte à leurs persécutions. Usurpateurs même des formes de la puissance publique, ici, ils se la^ansportent à un tribunal , et en suspendent l'action; là, ils forcent des municipalités à venir chez eux recevoir leurs iDardres. Dans plus d'un lieu , ils ont osé entrer de force chez les citoyens, les fouiller, les juger, les condamner, les absoudre. La rébellion aux autorités légitimes trouve chez eux protection et appui. Tout homme se disant patriote, et qui a outragé les lois et leurs organes , vient s'en vanter parmi eux. On en a vu se faire gloire non -seulement de leurs délits,
mais des actes judiciaires qui les avaient justement flétris. Tout subalterne renvoyé et calomniateur est une victime de son patriotisme; tout soldat séditieux et révolté peut leur demander la couronne civique; tout chef insulté ou assassiné a eu tort. Au moment où une horde de rebelles fugitifs, secondée de la malveillance des étrangers , semble nous annoncer la guerre, ils désignent les généraux à Tarmée comme des traîtres , dont elle doit se méfier. Quiconque veut exécuter les lois est dénoncé chez eux et par eux dans les places publiques, et par eux à la barre même de l'Assemblée nationale, comme mauvais citoyen et contre-révolutionnaire. Ils ne laissent pas de se-plaindre aussi eux-mêmes de Tinexécution des lois. Ce gouvernement , dont chaque jour ils embarrassent la marche, ils l'accusent chaque jour de ne point marcher. Chaque jour ils invoquent . la Constitution; et chaque jour leurs discours et leur conduite l'outragent ; chaque jour enfin s'élancent, du milieu d'eux, des essaims de pétitionnaires , qui vont faire retentir de violentes inepties contre la Constitution les voûtes même sous lesquelles la Constitution a été faite.
Ils reçoivent, à la face de la France entière, des députations^ qui, comme s'il n'existait ni assemblée législative , ni tribunaux , ni pouvoir exécutif, s'adressent à eux pour obtenir, ou une
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loi , ou la réparatioB de quelque tort , ou un changement d'officiers publies ; et, quand l'indignation et la douleur soulèvent tous les esprits , ils crient eux - mêmes plus que personne contre les désordres qu'ils ont faits et quHls entretiennent; ils accusent de leur ouvrage tous ceux qu'ils oppriment; et, levant tout à fait le masque, ils arment au milieu de Paris, sans dissimuler leurs préparatifs de guerre. Enfin, au midi de la France, ils ont osé se promettre , d'une ville à l'autre , l'appui d'une force armée , dans le cas où la puissance publique essaierait de les faire rentrer dans le devoir des sujets de la Loi.
Les procès-verbaux de toutes les administrations, ceux de l'Assemblée nationale, tous les journaux, et ceux principalement qui sortent du sein même de ces sociétés, la notoriété publique, les yeux et la conscience de la France entière, attesteront que ce tableau hideux n'est que fidèle. Voilà dans* quel chaos ils ont jeté cet Empire, qui a une Constitution; voilà comment, soit par la terreur , soit par le découragement , ils ont réduit les talens et la probité au silence; et l'homme dont le cœur est juste et droit (car celui-là seul est libre), étonné entre ce qu'on lui annonçait et ce qu'il voit, entre la Constitution et ceux qui se nomment ses amis, entre la Loi qui lui promet protection et des hommes qui parlent plus haut
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que la Loi, rentre en gémissant dans sa retraite, et s'efforce d'espérer encore que le règne des lois et de la raison viendra enfin réjouir une terre où Ion opprime au nom de X Égalité ^ et où l'eftigie de la Liberté n'est qu'une empreinte em^ ployée à sceller les volontés de quelques tyrans*
Il est, certes^ bien étonnant que toutes ces choses fussent assez inconnues à un membre de l'Assemblée natioiiale ' , pour qu'il ait pu deman< der hautement, il y a peu de jours, qu'on lui citât quelques-uns des excès de ces sociétés^ si mal nommées patriotique^; et il faut en effet que cet incroyable défi ait frappé l'Assemblée d'un grand étonnement, puisqu'elle ne. s'est pas levée tout entière pour lui répondre, d'une manière trop satisfaisante, par Ut triste fénumération que je viens de faire.
Il a paru sous le nom d'un magistrat une lettre qui m'a semblé bien niaise,; d'autres l'ont jugée pernicieuse» Ils ont cru y voir le désir de servir les factions les plus ennemies du bien public, de justifier les paasions les plus iniques et les plus anti-sociales , et d'armer tous ceux qui n'ont rien contre tous, ceux qui ont quelque chose; mais, quoîque je ne connaisse point ce magistrat, et
I. Le député Guadet. Voyez y dans le Moniteur du 21 février 1 792 , la séance dû ao du même mois. ( Note dé V Éditeur.)
que je Fentende prôner par des gens que je n'aime point, et pour qui je n'ai aucune estime, je n'ai rien vu dans sa conduite ni dans son écrit qui m'autorise à adopter de pareils soupçons. Quoi qu'il en soit , cette lettre assure , en différens endroits et de différentes manières, que la Bourgeoisie n est plus aussi attachée à la Béi'olution. Si ce fait important est vrai, il me semble qu'il aurait dû inspirer à ce magistrat d'autres ré^ flexions que celle qu'on lit dans sa lettre. Il aurait du considérer que cette classe, qu'il désigne par- ce mot de Bourgeoisie, étant celle qui est placée, à distance égale, entre les vices de l'opulence et ceux de la misère, entre les prodigalités du luxe et les extrêmes besoins, fait essentiellement la masse du vrai peuple, dans tous les lieux et dans tous les tems où l'on donne un sens aux lïiots qu'on emploie; que cette classe est la plus sobre, la plus sage, la mieux active, la plus remplie de tout ce qu'une- honnête industrie enfante de louable et de bon ; que , lorsque cette classe entière est mécontente^ il en faut accuser quelque vice secret dans les lois et dans le gouvernement. Des lois qui rétablissent ï Égalité parmi les hommes; des lois qui ouvrent le champ le plus vaste et le plus libre à toute espèce de travaux; des lois qui, malgré les imperfections dont nul ouvrage humain n'est exeitipt, sont au moins évi-
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demment destîiKes à fcMider la ocmcorde et le bonheur de tous sur les intérêts de tous, ne {Peuvent assurément pas être la cause de leiur mécontentement : il Êiut donc, ou que le gouvemement contrarie les lois, ou que le gouYeniement n'ait point de force. Si, ensuite, ce magistrat eût re-^ gardé autour de lui; s'il eut tu les tribunaux sans force, les administrateurs sans pouvoir et sans modération , la France entière alarmée sur l'état du Moa finances, sur celui de sa dette, sur les contributions, sur la fortune publique, et, par coneitVpiout, les particuliers inquiets sur leur fortune privée; la défiance et Vefifroi arrêtant ou précipitant les transactions commerciales; les spéculations les plus légitimes devenues dangereuses; vingt tentatives pour taxer le prix des denrées; il; discrédit de nos papiers , effet infaillible de UmU'A CiT» causes; il n'aurait pas été embarrassé i)e teiuire raison de ce grand nombre de mécon-. Uni% qui Ae grossit tous les jours. Il eût ensuite tiuitché d'oM peut naître un relâchement si inttcryMe iUwfi Un$ie% les parties du gouvernement, ^f teite if'Tteuf iU'^ Ikihs, et cette audace des mé-» (:hi4n<9i Jfr do^i<^ (\iW <^rfi yeux eussent trouvé à se fi»frr AÎllmir* qtw mp ces scjciétés, où un infinimcAH \ntiii nombre de Français paraissent un gr;iti(1 nombre, parce qu'ils sont réunis et qu'ils tvmti, Mor»^ comparant leur action et leur orga-
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nisation avec les idées qu'il doit s'être faites d'un État libre et bien ordonné, il aurait, je pense, conclu avec moi, et avec tout lecteur qui n'est pas ou un des fripons intéressés à tant de désordres, ou d'une imbécillité à qui tout raisonnement soit interdit , qu'il est absolument impossible d'établir et d'affermir un gouvernement à côté de sociétés pareilles ; que ces clubs sont et seront funestes k la Liberté; qu'ils anéantiront la Constitution; que la horde énergumène de Coblentz n'a pas de plus sûrs auxiliaires; que leur destruction est le seul remède aux maux de la France; et que le jour de leur mort sera un jour de fête et d'allégresse publique. Ils crient partout que la Patrie est en danger : cela est malheureusement bien vrai; et cela sera vrai tant qu'ils existeront.
P. S. Je vous prie, MM. les Rédacteurs, de suppléer à une omission qui a eu lieu contre mon gré. Comme je crois que, dans la situation où nous sommes, tout bon citoyen doit se foire un devoir d'attaquer de front tout ce qu'il croit pernicieux, je ne veux point, en gardant l'anonyme , feindre de redouter le ressentiment de ceux dont la Patrie doit redouter les mauvais conseils ou les mauvais exemples : je désire donc faire (connaître que c'est moi qui suis l'auteur des réflexions que vous avez publiées, dans votre Sup^
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plément du 12 de ce mois, sur le discours préliminaire des lettres de Mirabeau '. Ces réflexions, ne renfermant que les vérités les plus exactes et les plus évidentes, n^auraieut pas dû être qualifiées de satire' arrière ^ par un homme d'esprit, qui , dans votre Supplément du 19 , se déclare le défendeur officieux de M. Manuel *.
J'ajouterai que j'ai dessein de vous adresser de tems en tems quelques articles, que je signerai, et dans lesquels , me présentant sans ménagement et sans crainte à l'honorable inimitié des brigands à talons rouges et des brigands à piques , je ta-* obérai, autant qu'il sera en moi, de venger la justice, rhumanité, l'honnêteté publique, des outrages journaliers qu'elles reçoivent de cet abomi* nable amas de brouillons qui vivent de la liberté, comme les chenilles vivent des arbres fruitiers qu'elles tuent.
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1. Voyez présent volume, page 147, la première lettre adressée aux auteurs du Journal de Paris. {Note de V Éditeur.)
a. L'écrit dont parle André Chénier est intitulé : Apologie de P, Mamtel contre ses détracteurs. Il est signé J. B. A. Ces trois lettres sont les initiales d'un nom placé au ba^ d'un grand fiombre d'article.'i insérés dans le Journal de Paris.
{Note de l'Éditeur.)
Le 4 mars 1792.
N'ayant sacrifié mon repos et mon obscurité qu'au seul désir de concourir , selon mes forces , à rétablissement du bon ordre et du gouvernement, en fixant l'attention générale sur des choses d'un intérêt général, je n'ai pas dessein de perdre mon tems et celui de mes lecteurs à les occuper de moi. Cependant , comme l'estime des hommes de bien est une justice et une récompense à laquelle un homme de bien ne renonce pas, il doit m'être permis une fois de leur adresser quelques knots dont je suis l'objet, mais devenus nécessaires par les différens effets qu'ont produits mes Réflexions sur les sociétés qui s'appellent, et que je n'appelle point patriotiques.
Je crois fermement dans ma conscience que ce que j'ai écrit sur cette matière est aussi vrai qu'utile à la chose publique Me suis convaincu, autant qu'on pourrait l'être d'une démonstration mathématique , que l'organisation de ces sociétés
f . Voyez la lettre précédente. ( iVb/e de l'Éditeur, )
est le système le plus complet de désorganisatioB^ sociale qu'il y ait jamais eu sur la terre. J'en réserve de nouvelles preuves pour un moment qui ne me parait pas éloigné; car je vois qu'on m'annonce de toute part, et même quelquefois avec im air de triomphe et de menace , des réfutations de l'opinion que j'ai exposée. Je les attends avec une véritable impatience. Je n'ai porté à tout ceci>, ni animosité, ni esprit de parti, ni aucune espèce de passions privées; je n'y ai mis que la chaleur qui naît d'une persuasion forte ; et, si mes adversaires y apportent les mêmes dispositions, l'esprit public ne peut que gagner à des discussions pareilles^ Si donc, au lieu d'injures, et même si, outre des injures, leurs écrits renferment des relisons et des ai^umens, je répondrai aux raisons
et aux argumens.
Ou m'a accusé d'avoir confondu tous les mem^ bres de ces sociétés dans une satire indistincte, et de ne leur avoir laissé que le choix de passer pour manquer de probité ou de lumières '. J'observerai d'abord que manquer de lumières n'a rien de déshonorant. Au surplus, ce n'était point là ma pensée; et, s'il y a quelque passage de mon écrit qui puisse s'interpréter d'une ma-
1. Voyez la réfutation de Marie- Joseph Chénier, daus le tome V de SCS OEuvres anciennes, ( Note de l'Éditeur.)
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hière aussi générale j\e le désavoue dans ce sens y et j'en demande pardon à qui il appartiendra. Mais je crois n'avoir rien dit de semblable : j'ai , au contraire, dit vers le commencement que « cette t< association doit être , en grande partie ^ composée ce de 9 etc. » Il est clair que ces mots en grande partie ne comprennent pas la totalité; et, lorsque je les ai écrits, j'avais en vue nombre de citoyens qu'un désir d'observation, ou l'espoir de tempérer par leur présence et par leurs conseils l'impétuosité du plus grand nombre , ou d'autres causes honnêtes , attirent dans ces assemblées; et, parmi ces hommes , il en est plusieurs que je sais être des hommes probes et sages, qui nqi 'honorent de leur amitié, et qui mettent du prix à la mienne.
Cette simple réflexion suffirait pour me justifier auprès de mon frère, qui, toutefois, connaît de^ puis trop long-tems et mon caractère et mes opinions pour que j'aie besoin de me justifier auprès de lui , et qui n'a jamais trouvé , 1 1 ne trouvera jamais en moi que l'amitié qu'on doit à un frère, et les égards qu'on doit aux talens, quoique je sois prêt à défendre mon sentiment même contre lui. Mais je ne conçois guère pourquoi ces diversités d'opinions, entre des frères, sur des questions qui assurément ne sont pas indifiiéren^ tes , paraissent à ces messieurs un si grand crime
de ma part. Ne sont-ils pas membres dWe société où ont été reçus , avec acclamations , des hommes qui avaient fait un long voyage pour venir dénoncer leur frère comme ennemis de l'État ' ?
Je ne veux pas, au reste, qu'on entende par là que; si mon frère avait eu le malheur de donner lieu, ou d'être en butte à quelques soupçons, je me fasse chargé de venir le dénoncer moi-même, en m'autorisant d'un si bel exemple ; car j'avoue , et même sans honte , que mon patriotisme ne s'est pas encore élevé à cette hauteur.
C'est pourtant sur ce fondement qu'un homme a eu le bon sens de me traiter de fratricide , et de laver la tête à M. Rœderer pour m'avoir mis au nombre des jurés*! Cependant ce magistrat
1. Dans la séance du 20 février 1792 , une députation de la commune de Marseille, composée de quelques membres d'une société agrégée à celle qu'attaque André Chénier, vint informer l'Assemblée nationale des troubles excités dans le Midi , et spécialement dans le département des Bouclies-du-Rhône. Entr'autres dépositions faites par l'orateur de la Députation , on remarqua cette phrase , par laquelle il termina son discours : « Quant à moi, né dans la ville d'Arles, appelé par la ville <i d'Arles aux fonctions administratives, c'est la ville d'Arles, « c'est le maire d'Arles , mon propre frère , que le péril de la « Patrie me force de vous dénoncer. »
Ces paroles révoltèrent une grande partie de l'Assemblée; et l'on rapporte que le député Crestin , cédant à son indignation, s'écria : « Il est d'une immoralité profonde qu'un frère « vienne ici dénoncer son frère. » ( Note de l'Éditeur. )