‹ Œuvres anciennes d'André ChénierChapitre 4 sur 26 · II! I I I I * I I I I I 1 I ■ I · texte numérisé non relu

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d» royaume et V organisation du gouvernement furent publiées dans le mois d'octobre 1789. {Note de l'Éditeur,)

I. Voyez dans le Moniteur du 2a janvier 1790 , le Discours de l'abbé Sieyes sur la liberté de la presse ^ la répression de ses délits, et la respomabiUté des écrivains, {Note de l'Éditeur,)

nale a fait des fautes, parce qu'elle est composée d'hommes; parce que ces hommes, vu la manière dont ils ont été élus, devaient nécessairement être agités d'intérêts divers et incompatibles; parce que des hommes ne peuvent pas n'être point fa* tigués de l'immense quantité de travaux que l'As* semblée nationale a été contrainte de faire dans le même instant, et qu'elle a déjà si fort avancés. Mais son ouvrage même renferme déjà les germes de perfections dont il sera susceptible; mais les fautes qu'elle a pu commettre peuvent être réparées par ce qu'elle-même a fait ; mais la souveraineté de la Nation, l'égalité des hommes, et les autres immuables bases sur lesquelles elle a fondé son édi6ce, en assurent la durée, si nous-mêmes n'y mettons obstacle. Ainsi, elle est l'unique centre arutour duquel tous les citoyens honnêtes, tous les Français doivent se rallier. Us doivent tq^ l'aider de tout leur pouvoir à terminer son graod ouvrage , et à le placer dans des mains instruite par elle à le perfectionner, à le consolider.

Je le répète donc : que tous les citoyens honr nétes contemplent et envisagent sans effroi , s'ih le peuvjâQt, dans quel abîme nous jetteraieat les conseils de ces perturhateurs séditieux. Il ne faut, pour faire cet. examen,. que de la bonne foi. et une raison ordinaire; car, indépendamment de leurs violeqtes sorties contre l'Assemblée natio-

nale elle-même, n'est-il pas évident que leur turbulente doctrine ne tend qu'à sa destruction, et pat conséquent à la nôtre? En effet, si, comme ils le veulent, la plus nombreuse partie de la Nation conservait ce goût et cette habitude des attroupemens tumul tueux et des soulèvemens contre tout ce qui ne lui plairait pas, que deviendraient les travaux et l'industrie, qui, seuls^ peuvent faire acquitter les impôts, c'est-à-dire, soutenir la fortune publique? £t, ici, je ne parle même pas des conseils donnés expressément et directement contre l'impôt même, lorsque l'Assemblée natio^ nale en a allégé le poids autant que pouvaient le permettre nos pénibles circonstances^ Je me borne à montrer l'effet naturel, certain, infaillible, que produirait cet esprit d'insubordination , de fermentation ^ pour lequel le peuple a toujours du penchant, et que. ses ennemis ont de tout tems cherché à lui faire regarder comme un de ses droits. Or, disais-je, n'est-il pas éviJent que, d'une part, les ouvriers et journaliers de tout genre, qui ne vivent que d'un travail constant et assidu, se livrant à cette oisiveté tumultueuse , ne pourraient plus gagner de quoi vivre ; et, bientôt, aiguillonnés par la faim , et par la colère qu'elle inspire , ne pourraient avoir d'autre idée que d'aller chercher de l'argent dans les lieux où ils croiraient qu'il y en a ? De l'autre , il est inutile de dire que les

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terres et le$ ateliers, délaissés par cet abandon, cesseraient de pouvoir produire le revenu des particuliers, qui fait seul le revenu public» Ainsi, plus d'impôts : itès*k>rs plus de service public; dès-lors les rentiers réduits à la misère , et n'écoutant plus que leur désespoir; l'armée débandée, pillant et ravageant tout; Finfâme banqueroute nationale faite et déclarée ; les citoyens armés tous contre tous. Plus d'impôts : dès-lors plus de gouvernement , plus d'empire ; l'Assemblée nationale contrainte d'abandonner son ouvrage , dispersée j fugitive , errante; le feu et la mort partout ; les provinces , les villes , les particuliers s'accusant réci«proquement des malheurs communs; les vengean» ces , les meurtres , les crimes ; bientôt cfifférens cantons, les armes à la main, cherchant à s'arranger entre eux ou avec les peuples voisins; la France déchirée dans les convukions de cette anarchie incendiaire , bientôt mise en pièces , et n'eidstant plus; et ce qui survivrait de Français dévoilé à l'esclavage , à l'of^robre qui accompagne la mauvaise conduite et l'isfidélité dans les engagemens , et condamné à la risée des tyrans étrangers , aux mépris, aux malédictions, aux reproches de toutes les nations de l'Europe.

Car, il ne le faut point perdre de vue, la France n'est point dans ce moment chargée de ses seuls intérêts : la cause de l'Europe entière est déposée

MÉLANGES, Ôi

dans sel^ mains. La révolution qui s'achève parmi nous est , pour ainsi dire ^ grosse des destinées du monde. Les nations qui nous environne];^; onX l'oeil fixé sur nous, et attendent l'événement de nq^ tombats intérieurs avec une impatience intéressée et une curieuse inquiétude ; et l'on peut dire que la race humaine est maintenant occupée à faire sur nos têtes une grande expérience. Si nous réussis»* sons , Iç sort de l'JSurope est changé : les hommesrentrent dans leurs droits ; Les p^euples rentrent dana leur souveraineté usurpée ; les rois, frappés du succès de nos travaux et aéduits par l'exçmple du roi des Français., transigeront peut-être avec lies nations qu'ils seront ^pp^elés à gouverner; et peut-;ét^9 bien instrujit$ pa^ ^0lji3 , des peupl.^ pkis heureux q;ue.nous pajrvî/efidrppt à une constitution équitable et libre , $m^ p^^ser par les tro^,bles et les malheurs qui nous auroni conduit^ à ce premier de tou3 le$ bieQs. Alors^ laï^iberté s'ét^d et sç propage dans tous les siens î et le nom de la Vmm» est à janwis l>Mi «W 1? t(M^«?e. Mais, s'il arrivait que nos diss^i^si<ws , ^ps inpQn&équences.^ imtïre indocilité à la Ipi, fissent crpuler cet édifice naissant , et parvioss^çp^ a nous abîmer dans cette dissolutjîon de l'ejupire) alors, p/erdus pour janaais, nou@i perdons avec vous pour long*tems le reste de l'Europe ; nour la reculons de plusieurs siècles; Qous appesantissons s^ ch^ine^; jç^us relevons

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l'orgueil des tyrans. Le seul exemple de la France^ rappelé par eux aux nations qui essaieraient de devenir libres, leur ferait baisser les yeux. « Que ferons-nous? se diraient-elles ; avons-nous plus de lumières, plus de ressources que les Français? Sommes-nous plus riches, plus braves, plus nombreux? Regardons ce qu'ils sont devenus, et tremblons. » La Liberté serait calomniée; nos fautes, nos folies , nos perversités ne seraient imputées qu'à elle; elle-même serait renvoyée parmi ces rêves philosophiques vrais enfans de l'oisiveté; le spectacle de la France s'élèverait comme un épouvantail sinistre pour protéger partout les abus, et mettre en fuite toute idée de réforme et d'un meilleur ordre de choses; et la Vérité, la Raison, l'Égalité, n'oseraient se montrer sur la terre que lorsque le nom français serait effacé de la mémoire des hommes.

Dirait-on que c'est exagérer les conséquences, que c'est s'alarmer trop tôt , tandis que déjà , en plusieurs endroits, le peuple refuse violemment de payer des contributions justes, que l'on ne peut tii ne doit supprimer ; tandis qu'une sédition contagieuse semble se répandre dans l'armée ; tandis que plusieurs dé. nos villes sont épouvantées des fureurs de soldats dignes des châtimens les plus sévères; de soldats qui pillent les caisses de leurs régimens, qui outragent, emprisonnent.

motiacent leurs officiers; de soldats dont la nation avait amélioré le sort de toute manière ; de soldats qui sont venus assister à une des plus imposantes , des plus augustes cérémonies qu'ait jamais vues un peuple libre', pour y jurer detre fidèles à la Loi, à la Nation, au Roi? Ils ne sont retournés dans leurs garnisons que pour être, à leur arrivée, rebelles à la Loi, rebelles à la Nation, rebelles au Roi; et ils. n'ont mis que l'intervalle d'un mois entre le serment et le parjure^.

Je voudrais que ces personnes , dont je connais plusieurs dignes , d'estime , mais qui ne laissent pas d'être complètement tranquilles sur toutes ces fermentations populaires, de voir presque avec peine tous les efforts et les soins de la force publique pour les empêcher, et de regarder presque en pitié ceux qui s'en alarment; je voudrais, dis-je , que , pour nous rassurer entièrement , elles daignassent prendre la plume, et nous prouver que ces fermentations, ces orages, cette tourmente prolongée, ne conduisent pas où j ai dit; qu'elles ne produisent pas l'esprit d'insubordina-

I . La fête mémorable de la Confédération nationale, c^ëbrëe au Champ-de^Mars le 14 juillet 1790. [Note de t Éditeur,)

a. Allusion aux troubles causés par la rëvolte de plusieurs régimens dans différentes villes de France, telles que Nancy, Niraea et Monlauban. {Note de V Éditeur.)

tion et d'indiscipline; ou bien, que cet esprit n'est pas le plus redoutable ennemi des lois et de la liberté. Je voudrais aussi qu'elles nous montrassent ce que pourrait devenir la France , si le gros du peuple français , las de ses propres imprudences, et de l'anarchie, qui en serait la suite; las de ne pas voir arriver un terme qu'il aurait lui - même constamment éloigné , venait à croire que c'est là la liberté , à prendre en dégoût la liberté elle-même ; et , comme le souvenir des maux passés s'efÊice promptement, s'il finissait par regretter l'antique joug sous lequel il rampait sans trouble. Ces mêmes personnes ne cessent de nom répéter que les choses se conservent p^ les méndes moyens qui les ont acquises : si, par-là, elles veulent dire qu'il faut du dourage, de l'activité, de l^inion , pour conserver sa liberté , comme pour la conquérir, rien n'est plus indubitable, et ne touche moins à la question; m9is,si elles entendent que, dans les deux cas, ce courage, cette activité , cette union , doivent se manifester de la même manière et par les mêmes actions, cela n'est pas vrai. C'est le contraire qui est vrai; car, pour détruire et renverser un colosse de puissance illégitime, plus le courage est ardent, emporté, rapide , plus le succès est assuré. Mais , après cela , quand la place est préparée, quand il faut reconstruire sur de vastes et durables fondemens,

quand il faut faire après avoir défait, alors le courage doit être précisément le contraire de ce qu'il était d'abord. Il c^oit être calme, prudent, réfléchi ; il ne doit se manifester qu en sagesse , «n ténacité , en patience ; il doit craindre de ressembler aux torrens qui ravagent et n'arrosent pas : d'où il suit que les moyens qui ont opéré la révolution, employés seuls et de la même manière , ne pourraient qu'en détruire l'effet en empêchant la ccmstitution de s'établir; d'où il suit encore que ces écrivains de fougueux pamphlets, ces efiOrénés démagogues qui, enne^mts, comme nous l'avons vu, de tout gouvernement, de toute discipline , tonnèrent , au commencement de la révolution, contre les antiques abus, se trouvé* rent alors avoir raison; qu'ils se trouvèrent, dans ce court instant, réunis avec tous les gens de bien pour nous prédier des vérités qui nous ont faits libres; mais qu'ils ne doivent pas réclamer notre confiance comme une dette , et accuser nos mépris d'ingratitude, aujourd'hui qu'employant les mêmes expressions, les mêmes déclamations contre des choses absolument différentes, ils prêchent réellement une tout autre doctrine, qui nous conduirait à une autre fin.

J'oserai dire plus : j'oserai dire que , surtout , lorsqu'un peuple commence ses établissemens politiques, il doit, s'il les veut durables, se méfier

même des excès d'un enthousiasme honnête et généreux : car , dans cette ferveur première , rien ne paraît pénible ni difficile; mais, comme cette passion, portée à ce degré, est trop ardente et trop active pour ne pas bientôt se consumer d'ellemême, il se trouverait, lorsqu'elle serait calmée, et que le peuple se serait rassis, que les institutions et les lois qui n'auraient pas eu d'autres bases seraient, pour ainsi dire, dans une région trop élevée; et, ne portant plus sur aucune téte, en n'atteignant plus personne, n'auraient plus ni action ni objet, et seraient bientôt oubliées; au lieu que les institutions véritablement sublimes et éternelles sont ces institutions vastes et fortes qui, ayant [)our base et pour moyens toutes les facultés humaines, envisagées sous leurs rapports simples et habituels, saisissant ainsi et enveloppant les hommes dans tous leurs înouvemens, n'ont besoin d'un grand enthousiasme que pour s'établir, et ensuite continuent leur cours parle penchant naturel des choses, et n'exigent plus qu'un enthousiasme modéré, qu'elles-mêmes inspirent et alimentent.

Prévenons donc, il en est tems encore, tant et* de si grands maux qui sont si près de nous. Nous marchons au bord des précipices. Soyons calmes, attentifs, déterminés; donnons -nous le tems de «aisir, de posséder profondément le sens et Tes-

prit des décrets, des institutions sur lesquelles notre avenir est fondé. Ce n'est point la méchan*^ ceté, c'est l'ignorance qui fait pécher le plus grand nombre. Les méchans ne sont jamais puissans qne par l'ignorance de ceux qui les écoutent. Dans plusieurs endroits de la France, des magistrats, des pasteurs, vraiment dignes de ce beau titre, se consacrent à expliquer à la classe la moins ins-> truite les décrets de l'Assemblée nationale, à leur en montrer le but , à les leur traduire dans leur langage rustique, à leur en faciliter l'exécution. •Dans ces cantons tout est paisible : ces hommes n'ont point ambitionné de s'élever sur un grand théâtre, et d'attirer sur eux tous les regards; mais ils auront rendu à la vérité, à la constitution, au bonheur public, plus de services que plusieurs dont les noms sont vantés. Puisse leur exemple être fécond! Puisse-t-îl réveiller par toute la France beaucoup de citoyens aussi respectables qui prennent sur eux un si noble ^ un si pa triotique emploi! Qu'ils instruisent le peuple; qu'ils lui montrent son bonheur, sa liberté dans ses devoirs; qu'ils lui rendent palpable et Êicile ce qu'il doit faire, et les moyens de le faire; qu'ils le conduisent par la main dans les routes nouvelles qtii lui sont tracées; et bientôt, connaissant tous bien nos vrais intérêts, nous serons dociles et obéissans à la loi ; bientôt les principes du bonheur

public ne seront pli» une espèce de doctrine secrète entre les sages; bientôt, dans toutes les classes, tous les dtoyens sauront ce que tous doivent savoir :

Qu'il ne peut y avoir de société heureuse et li* bre sans gouvernement, sans ordre public;

Qu'il ne peut y avoir de fortune privée^ si le revenu public, c'est*à-dire, si la fortune publique n'est pas assurée;

Que la fortune publique ne saurait être assurée sans ordre public;

Que, si dans les États despotiques on appelle ordre public l'obéissance aveugle aux caprices des despotes, sous une constitution libre et fondée sur la souveraineté nationale, l'ordre public est l'unique sauvegarde des biens et des personnes, l'unique soutien de la constitution;

Qu'il n'est point de constitution , si tous les citoyens, afiranchis de toute espèce de joug illégitime, ne sont unis de cœur à porter le joug de la loi, toujours léger quand tous le portent également ;

Que toute nation estimable se respecte elle-

même;

Que toute nation qui se respecte respecte ses lois et ses magistrats choisis par elle ; Qu'il n'est point de liberté sans loi ; Qu'il n'est point de loi , si une partie de la so*

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ciété, f&t-ce la partie la plus noibbreuse, peut attaquer par violence et essayer de renverser l'ancienne volonté générale, qui a fait la loi, sans attendre les époques , et observer les formes indi«> quées par la constitution;

Que, comme M. de Condorcet Ta très bien développé dans un écMt publié depuis peu de jours, lorsque là constitution donne un moyen légal de réformer une loi que l'expérience a montrée fautive, l'insurrection contre une loi est le plus grand' crime dont un citoyen puisse être coupable ; par ce crime il dissout la société autant qu'il est en lui : c'est là le vrai crime de lèse-nation ;

Qu'il n'est point de liberté , si tous n'obéissent point à là loi, et si aucun est contraint d'obéir à autre chose qu'à la loi et aux agéns de la loi;

Que nul ne doit être sûreté , recherché , interrogé, jugé, puni que* d'après la loi, conformément ^ la loi , et par les officiers de la loi ;

Que la loi ne peut s'appliquer qu'aux actions, et que les inquisitions sur les opinions et les pensées ne sont pas moins attentatoires à la liberté lorsqu'elles s'exercent au, ncmi de la Nation que lorsqu'elles s'exercent au nom des tyrans.

Quand nous serons tous bien imbus de ces vérités éternelles, et devenues triviales parmi tous }es hommes qui pensent, il nous sera facile de

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conclure que tous ceux qui nous inculquent sans relâche ces préceptes , soiu*ce de tout bien , sont nos amis et nos frères ; que les autres, par leurs discours emphatiques , ne peuvent que nous tromper et nous nuire ; et nous commencerons à avoir des yeux pour regarder et pour voir; et nous commencerons à soupçonner d'où peuvent naître les maux qui nous affligent tous; et l'artisan , le marchand, l'ouvrier, tous ceux qui vivent des détails de commerce , s'ils ne travaillent plus , si leur négoce languit, si leur industrie est contrainte de dormir, jugeront s'ils ne doivent pas s'en prendre aux fureurs, aux menaces, aux violences , qui , tenant éloignés de la France ou du grand jour une foule de personnages opulens, dont les besoins et le luxe les aidaient à vivre, ont presque tari ces canaux de la prospérité privée ; et nos villes et nos campagnes commenceront à deviner à qui elles doivent attribuer, au moins en partie, ces révoltes de régimens parjures, et ces assassinats, ces incendies, ces bri* gandages si fréquens, qui souillent d'horribles, d'ineffaçables taches une révolution qui n'aurait dû inspirer aux peuples étrangers et à la postérité que l'émulation et l'estime; et nous tous, enfin, nous tous citoyens français, nous commencerons à entrevoir combien nous sommes redevables à ces prétendus patriotes , qui n'épargnent

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rien pour enraciner à jamais dans nos cœurs les haines^ les vengeances et les discordés civiles.

Que si, ensuite, essayant de pénétrer plus avant, nous examinons quels peuvent être leurs motifs en nous égarant ainsi, nous trouverons que, puisqu'ils se sont séparés de Tintérét public, leur sacrilège intérêt particulier les y excite fortement; car ub instinct qui ne les trompe pas, leur dit que, dans le calme et la paix, le mérite, les ta* lens , la vertu , étant pesés dans une balance sévère, il n'est que la bruyante faveur populaire qui puisse les élever à ces succès lucratifs et rapides qui préviennent cet examen. Il leur importe donc de faire naître , d'agiter, d'aigrir toutes les passions populaires qui éloignent la paix; il leur importe d'aller au devant des désirs de la multitude, delà flatter, de la caresser aux dépens de qui il appartiendra; de remplir ses oreilles de leur nom, et de gagner ainsi un puissant, quoi-que peu durable avantage sur ces citoyens incorruptibles, qui, moins jaloux des applaudissemens du peuple que de ceux de leur conscience, osent le braver pour lui être utiles ; l'abandonnent dès qu'il abandonne la justice; préfèrent sa reconnaissance à venir à sa faveur du moment, et savent enfin dédaigner la popularité pour mériter l'estime publique, quand la popularité et l'estime publique ne sont pas la même cbose.

6a MELANGES.

NouB demeurovos biçn convùucus dés lora qu'il n'est riea sur la terre de plus coupable que ces hommes qui fetiguent ainsi l'esprit public , qui le font Botter d'opinions vagues en opinions vagues, d'excès eu excès^ saas lui donner Le tenu de s*a£Fennir et de s'asseoir sur des principes stables et éternels; qui usent et épuisent Feothousiasme national contre des fantàmes , au'point qu'il e'aura peut-être plus de force s'il se présente ua véritable ccHubat; et que, si nous sommes assez insensés pour nous livrer à leur conduite, nous courons TinËûlUble danger de tomber dans une anarchie interminable, destructrice certùne de notre con^tutiou naissante, de notre Uberté, de notre patrie. Aussi, tous ceux qui, follement ou odieusement attackés à l'anden régime , n'ont pas honte de le regretter ; tous ceux qui s'efforcent d'avilir l'Assemblée nationale , dont ils ont l'honneiv d'être membres, par des c^positÙMiis déraisonnables, soutenues de scandaleuses folies; tous ceux, enfin, qui ne veulent ni lib^lé, ni constitution, ni patrie, ne fondent-ils plus aucun eapoir que sur les extravagantes fureurs de ces houunes-là. Ils redoutent, ils haïa* sent mortttUenieat tous ces citoyens probes ùt sages qui, par un patriotisme mêlé de cette fermeté inflexible dans les choses et de cette mordération dans les moyens qui composent la vraie

équité , veulent élever la France à une prospérité inébranlable. Ils ont raison de hak et de craindre ces derniers; car ce sont leurs vrais ennemis, et par conséquent nos vrais amis; mais, pour les autres , ils ont tout à en attendre. Ge sont donc leurs vi^is amis, leurs amis réels, et, par conséquent , nos vrais eimemis ; et , quelle que soit la différence de langage de ces deux partis, puisqu'ils tendent au même but , puisque le succès de l'un amènerait infailliblement ce que l'autre désire, il est palpable qu'ils ne doivent être à nos yeux qu'un seul et même parti.

Ainsi , nous connaîtrons qui nous devons écou* ter, qui nous devons craindre ; ainsi, nous saurons à quels hommes nous devons les maux passés et présens ; et nous les punirons , non point par ces soulèvemens tuoiultueux et cruels, par ces persé>^ entions acharnées , qui montreraient que ncMis nç serions pas encore tout-à«e£siit sortis de leur école , mais par un repentir notoire de toutes les violences, de toutes les imprudences qu'ils nous ont déjà fait commettre ; par un désir efficace de les réparer ; et par une défiance éternelle et un intarissable mépris pour eux.

Nous avons été conduits à ces conclusions par un enchaînement simple de principes et de conséquences. Si j'en ai interverti Tordre naturel , si j'y ai mêlé de faux raisonnem^is et des sophismes ,

que, sans emportement, sans injure, quelqu'un prenne la plume , et me réfute ; mais , jusque-là , qu'il me soit permis d'attester hautement les bons esprits de tous les tems et de tous les pays éclairés, et de les sommer de me dire si ce n'est point la la doctrine qu'ils . professent tous; si, dans ce cercle, ne sont point renfermés tous les devoirs de rhomme citoyen; s'il est d'autre avis que l'on doive donner aux hommes pour qu'ils soient libres et justes; s'il est d'autres notions dont les amis du peuple français doivent remplir ses oreilles, son cœur, sa pensée , sa mémoire , pour établir sa félicité sur des principes solides et immuables.

£t plût au Ciel que tous les vrais citoyens, tous les vrais patriotes , tous les vrais Français , épou-^ vantés des hasards qui nous menacent, stimulés par une crainte réellement fondée, se tinssent tous par la main, et fissent, tous ensemble, je dirais presque un vertueux complot, une conspiration patriotique, pour répandre cette doctrine Salutaire et dissoudre cette redoutable ligue des ennemis de la paix, de l'ordre, du bonheur public; qu'ils tinssent les yeux ouverts sur toutes ses démarches; qu'aucun de ses mouvemens ne leur échappât; et que, non contens de l'emporter par la droiture des intentions ou par celle du jugement, ils apprissent encore à lutter de force et d'adresse contre ces dangereux adversaires!

Mais il est bien vrai que , dans, les con^bats de cette espèce, les hommes qui, sous un masque imposant de rigidité patriotique, ne veulent qu'asservir les suffrages, maîtriser les jugemens, et égarer les opinions de leurs contemporains, ont et doivent naturellement avoir beaucoup plus d'acr tivité, de vigilance, de rapidité dans les résolue tions que les vrais citoyens qui ne veulent que maintenir leurs droits et les droits de tous ^ et qui ne veulent point faire de la chose publique leur chose privée. En effet, les premiers, ne voyant rien que Iç but de leur ambition , ne ménagent rien pour y parvenir : toute arme^ tout moyen leur est bon , pourvu que les obstacles soient 1er vés. Ils savent, d'ailleurs, qu'ils n'ont qu'un mo»^ ment, et que, s'ils laissent aux humeurs populaires le tems de s'apaiser, ils sont perdus. Ainsi , tout yeux, tout oreilles, hardis, entreprenans , avertis à tems, préparés atout, ils pressent, ils reculent , ils s'élancent à propos ; ils se tiennent , ils se partagent; leur doctrine est versatile, parce qu'il faut suivre les circonstances , et qu'avec un peu d'efironterie les mêmes mots s'adaptent faci« lement à des choses diverses ; ils saisissent l'occasion, ils la font naître, et finissent quelquefois par être vainqueurs : quittes ensuite , lorsque l'ef» fervescence est calmée , mais que le mal est fait ,

CEn^rcs aneiennes. 5

à retofnber dans on préd|nce aussi profond que lear élévation avait été efirayante et rapide; taniKs qoe souvent les fidèles sectateurs de la Vérité et de la Vertu , <7aignant de les compromettre elles -mêmes par tout ce qui pourrait ressembler à des moyens indignes d'elles ; ennemis de tout œ qui peut avoir Pair de violence; se re* posant sur la bonté de leur cause ; espérant trop des hommes, parce qu'ils savent que, tôt ou tard, ik reviennent à la raison ; espérant trop du tems , parce qu'ils savent que, tôt ou tard, il leur ùit justice, perdent Jes momens faivorables, laissent dégénérer leur prudence en timidité, se découragent, composent avec l'avenir, et, enveloppés de leur conscience , finissent par s'enJormir dans une bonne volonté immobile et dans une sorte d'innocence léthai^que.

De plus , il ne fiiut point , avant de finir, mnettre une réflexion d'une haute importance , et qui mérite d'être mûrement considérée par tous ceux qui veulent sincèrement le bien : c'est que les orateurs qui excitent les hommes à ces méfiances indistinctes, à cette fermentation vague et orageuse, à cette insubordination fimeste et outrageante, ont un bien grand avantage sur ceux qui les rappellent à la modération , à la fi^temité , à l'examen tranquille et impartial des accusations, à l'obéis-

sance légitime , en ce qu'ils trouvent dans le cœur humain et dans la nature des choses de bien plus puissans mobiles de persuasion. Les uns aigrissent nos soupçons contre les hommes éminens ; et le peuple est naturellement soupçonneux contre tous ceux que lui-même a élevés au'^lessus de lui. Ils nous alarmait toujours sur de nouveaux périls; et le peuple a besoin de s'alarmer. Us nous excitent à faire usage et montre de nos forces et de notre pouvoir; et c'est ce que les hommes aimçnt le mieux; tandis que les autres ne peuvent nous rassurer qu'en nous invitant à des discussions . que le. plus grand nombre ne peut pas faire., et qu'ils ne peuyeiBt nous faire sentir la nécessité de modérer nous* mêmes l'usage de nos farces qu'en nous présentaaEit desfconsîdérations morales ^ bien faible^ contre, ce que noius regardons Qoxxm^ notre intérêt pressant.:

Ainsi /les* uns n'ont besoin, que de tout con* fondre dans leurs discours, de nous frapper les yeux par des chimères colossales , de transporter sur des qlasses entières de citoyens le& crimes de qfuelques individus^ de revêtir leurs tableaux de couleurs fortes et pathétiques, si faciles à trouver lor^u'on ne respecte rien , et. de nous ass9^rdir en: plaçant ji grandscris et à tout prppos les noms des chosêa les. plus saorées^ pour nous entraîner, nous égarer, et not|s> rendre fous et ipjustes; au

lîeii que les antres ont besoin , pour nous calmer , et nous rendre justes et sages, d'employer des divisions , des distincrions d'idées qui échappent à l'attention vulgaire , et des raisonnemens compliqués qui ont besoin , pour être- sentis , de ce sang* froid équitable que la multitude n'a pas, et non pas de ces passions irritables qu'elle a toujours. Ainsi, par notre nature, nous allons au-devant (les uns, nous évitons les autres. Les uns, en nous guidant où nous voulons aller, sont écoutés avec amour; tandis que les autres, nous retenant malgré nous , sont écoutés souvent avec estime, mais toujours avec répugnance. Les uns, enfin , nous montrent la douceur de vivre sans frein ; les autres nous présentent sans cesse le frein sévère de la raison : frein que nous recevons quelquefois , mais que nous mordons toujours. Ainsi, pour ouvrir l'oreille à la paisible vérité et repousser le turbulent mensonge , nous sommes contraints de lutter contre nous-mêmes, et de nous défier de ce qui nous plaît : opération toujours difficile, e( qui suppose déjà un certain degré de sagesse. Et c'est là ce qui explique , en tout pays , le pouvoir effi*ayant des délateurs dont les histoires antiques et modernes offrent tant de sanglans témoignages; et c'est là aussi ce qui explique parmi nou^ le pro-^ digieux succès des perfides ou des fanatiques excitateurs de troubles , q^uoiqu'ils n'aient sur leurs

adversaires ni l'avantage de la vérité, ni certes celui des lumières et des talens.

Et qu'oii ne m'objecte pas que je les ai tous confondus ensemble , sans distinguer mes accusa^ tions contre chacun d'eux ; car c'est collectivement et en niasse qu'ils sont redoutables : séparément ils n'existent pas.

J'ai , ce me semble , établi sur des notions assez claires, et fait reconnaître à des signes assez évidens , quels sont les vrais amis et les vrais ennemis du peuple; j'ai aussi suffisamment démontré combien il importe de les bien connaître , et de ne pas s'y tromper. Puissé-je n'avoir point nui à l'intérêt du sujet; et puisse ce travail, qui au moins par son objet n'est pas inutile à la chose publique, trouver un grand nombre de lecteurs! S'il peut seulement aider quelque citoyen honnête, mais aveugle et imprudent , à ouvrir les yeux sur les dangers qui nous environnent tous; s'il peut enhardir quelque citoyen honnête et éclairé , mais tiède et timide, à se déclarer ouvertement en faveur de l'ordre public, de la vraie liberté, du vrai patriotisme, contre la fausse liberté, le faux patriotisme, l'enthousiasme théâtral et factice, je ne croirai pas avoir perdu ma peine. J'espère, je l'avouerai, que mon ouvrage pourra produire cet effet. J'avais résolu, dans le commencement, de ne point essayer de sortir de mon obscurité dans les

conjonctures présentes , de ne point faire^nlendre ma voix inconnue au milieu de cette confusion de voix publiques et de cris particuliers, et d'attendre en silence la fin de Fou vrage de nos législateurs ^ sans aller grossir la foule dé ces écrivains inortâ-* nés que notre révolution a tait éclore ; j'ai pensé, depuis, que le sacrifice de cet amour-propre pou*vait être utile, et que chaque citoyen devait se regarder comme obligé à cette espèce de coDitri» bûtion patriotique de ses idées et de ses vues pour le bien commun. J'ai, de plus, goûté quelque joie à mériter l'estime des gens de bien, en m'offrant à la haine et aux injures de cet amas de brouillions corrupteurs que j'ai démasqués. J'ai cru servir la liberté, en la vengeant de leurs louanges. Si, comme je l'espère encore, ils succombent sous le poids de la raison , il sera honorable d'avoir, ne fût-ce qu'un peu, contribué à leur chute. SHls triomphent, ce sont gens par qui il vaut mieux être pendu que regardé comme ami.

Je n'ai pas eu la prétention de dire des choses bien neuves , et d'ouvrir des routes profondes et inconnues; et, tout en avouant qu'une pareille tâche eût été fort au-dessus de moi, je ne laisserai pas d'ajouter que rien n'eût été plus inutile. Heureusement, les principes fondamentaux du bonheur social sont aujoiurd'hui bien connus et familiers à tous les hommes de bien qui onX cuV

tivé Uur esprit. II ne s'agit que de les propager, de les disséminer, de les faire germer dans cette classe très nombreuse qui renferme quantité de citoyens vertueux et honnêtes, mais à qui la pauvreté et une vie toute employée aux travaux du corps n'ont pas permis de perfectionner leur entendement par ces longues réflexions , par cet apprentissage de la raison , par cette éducation de l'esprit qui seule enseigne aux hommes k rappeler à des principes certains et simples toutes les actions de la vie humaine. Voilà à quel défaut il s'agit de suppléer en eux. Il ne s'agit que de leur faire comprendre, voir, toucher, qu'il n'est, je le répète, comme il faut le leur répéter, qu'il n'est point de bonheur, de bien-être , de contentement sur la terre , sans l'amour de l'ordre et de la justice, sans l'obéissance aux lois, sans le respect pour les propriétés et pour tous les droits d'autrui; que le salut public, la prospérité nationale et particulière n'est que là. Et , si , pour cet effet, tous les citoyens sages et vertueux s'associaient en une ligue active et vigilante ; si , sans se piquer de dire des vérité neuves, ils se bornaient à manifester hautement, en toute occasion , les sentimens qui leur sont communs à tous ; s'ils les prêchaient en tous lieux; s'ils réunissaient leurs voix à élever une forte clameur publique en faveur de la justice , du bon sens et de la raison ,

la justice 9 le bon sens, la raison, triompheraient toujours ; et les cris des sots et des méchans se* taient toujours étouffés.

Tels sont les motifs qui ont donné naissance à cet écrit, pour lequel je ne demande point d'induigence : les principes dont il est rempli n'en ont pas besoin ; et , quant au style , il me suffit qu'on le trouve clair et simple.

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