Œuvres
Guillaume de Nassau est un des premiers hommes des temps modernes. Ce n’est pas dans quelques actions seulement, c’est dans toutes ses actions qu’il s’est montré grand. Sa simplicité relevait encore l’excellence de ses qualités. Nul caractère ne tendit plus constamment vers l’héroïsme, nul caractère ne fut plus absolument exempt de jactance. Guillaume est le Phocion de la Hollande.
Les circonstances dans lesquelles ce caractère s’ejt développé ajoutent encore à l’iidmiration qu’il inspire. Chef de la noblesse flamande , Guillaume était placé entre le peuple et le souverain quand éclata la révolution qui devait alfranchir les Provinccs-Unies.
Elle avait été provoquée par le despotisme de Philippe II. Violant les privilèges qu’il avait juré de maintenir, substituant sa volonté aux constitutions qui régissaient les domaines de la maison de Bourgogne, sans respect pour les droits de la propriété, pour la liberté de conscience, pour l’indépendance des citoyens , le fils de Charles-Quint appela les suppôts de l’inquisition dans ces contrées déjà désolées 3 . 1 *.
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par les agents du lise. Guillaume pouvait accroître sa fortune et ses honneurs en servant les projets de l’oppresseur : il prend le parti des opprimés, il les défend dans le conseil du prince; et, sacrifiant ses intérêts à ceux de son pays, il sert bientôt de son argent et de son épée la cause qu’il avait d’abord plaldée avec une éloquence qui lui avait mérité la proscription.
Jamais patriotisme ne fut plus pur que le sien : ce n’était pas pour se l’asservir qu’il affranchissait son pays de la tyrannie de Philippe. Tenant de la volonté générale l’autorité qu’il exerçait, il n’hésita jamais à recevoir un supérieur, quand l’intérêt général parut le demander, et fut le premier à donner l’exemple de l’obéissance lorsque le vœu des états appela successivement deux princes étrangers à protéger cette Flandre, qu’ils tentèrent tous deux d’opprimer '.
Rentré deux fois dans les rangs, ce grand homme n’en sortit que lorsqu’il fallut enfin reconquérir l’indépendance nationale, asservie par ces parjures.
Prudent et courageux, discret et sincère, économe et libéral, plein de sagacité et de droiture, non moins circonspect dans ses délibérations que ferme dans ses résolutions , et, sous une apparence flegmatique, aecessible à tous les sentiments tendres, Guillaume n’eut qu’une passion, l’amour de son pays. Elle a rempli tonte sa vie, elle l’anima jusqu’à
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son dernier soupir, qu’il exhala avec ces mots : « Mon Dieu , a ayez pitié de mon âme et de ce pauvre peuple ! »
Ce dernier soupir, qui n’est pas celui d’un ambitieux, lui fut arraché par un assassinat, le troisième qu’on ait tenté sur sa personne *.
Un fanatique porta les coups ; mais la cause de la religion , pour laquelle ce monstre s’était dévoué , n’est pas la seule que servait son crime. Balthazar Gerrard était aussi l’instrument de la politique, pour laquelle les exaltés de cette espèce sont d’excellents auxiliaires.
Pour se déterminer à tenter une entreprise où la mort est presque certaine , il faut voir au-delà de la mort la récompense qu’un ambitieux ne voit pas hors de la vie. Jacques Clément, Jean Châtel, Ravaillae, Damiens, Soleiman assassin de Kléber, et tant de forcenés qui , de même que Balthazar Gerrard, croyaient conquérir l’éternelle félicité par le crime, ne furent comme lui que des fanatiques aux mains desquels la politique avait remis un poignard ; que des machines de mort qui , sans réflexion , n’ont fait qu’obéir au fil par lequel les gouvernait la volonté d’autrui !
Quels ont été les provocateurs de l’action de Gerrard ? quels moyens ont été employés pour le déterminer à cette action ? quelles circonstances en ont favorisé l’exécution ? <{uels résultats en espérait-on? quels résultats a-t-cllc amc-
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nés ? Voilà ce qui m’a semblé aussi digne d’être développé sur la scène tragique qu’aucun des sujets qu’on y ait traités jusqu’à ce jour.
Cette tragédie est un cadre où sont réunis les faits les plus remarquables opérés par Guillaume de Nassau. Tous les détails en sont vrais ; rien n’y est modiûé que l’ordre dans lequel ces faits se sont succédé. C’est un précis de la vie de ce grand homme, c’est un chapitre d’histoire.
Ils sont historiques aussi tous les personnages qui figurent dans cette action ; tous , à commencer par Borgia. Dira-t-on qu’on ne voit pas qu’un légat de ce nom ait été soutenir en Hollande les droits du roi catholique et ceux du pontife romain? Tel n’était pas, en effet, le nom du délégué ecclésiastique qui se fit chasser de La Haye pour des intrigues à peu près semblables à celles qu’on développe ici ; tel n’était pas le nom de l’archevêque de Malines ^ , qui avait tenté d’introduire le régime inquisitorial dans les provinces flamandes: mais, en prêtant à un seul ministre romain les crimes de plusieurs , ai-je altéré l’histoire , ai-je calomnié Rome ? Je ne le crois pas. Je ne crois pas non plus avoir calomnié le nom de Borgia 4 en le donnant à l’audacieux représentant de deux tyrannies, au confident de la politique de l’Escurial, à l’agent des intrigues du Vatican.
On sait quel était Philippe 11 ; on sait aussi quel était
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Grégoire XIII , qui fît célébrer par une fête solennelle le massacre de la Sainl-Barthélemi; Borgia, quoi qu’il dise et qu’il fasse au nom d’un pareil monarque et d’un pareil pontife , ne saurait non plus les calomnier.
Cet ouvrage, conçu et médité en Belgique, a été exécuté en France, en i8ao. Inspiré par l’admiration, il le fut aussi par la reconnaissance.