‹ ŒuvresChapitre 165 sur 241 · ACTE III, SCÈNE V. 5ii · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE V. 5ii

( Jetant son flambeau. )

Loin de moi ce (lambeau , témoin d’un parricide !

Mais ils m’osaient jouer; mais ils s’aimaient! Frémis, Frémis, couple ingrat et perfide!

Pour jamais cette fois vous voilà réunis.

( Mélidore, monté sur le sommet d*tm rocher ^ s’élance dans la mer en s’écriant : )

Je la vois ! Amour, sois mon guide !

J CLE

Oh ! comme il pâlissait quand je lui faisais voir,

Dans l’épaisse nuit, son amante.

Sans force, sans secours, parmi les flots errante, • En proie à la tempête, ainsi qu’au désespoir!

Mais cette amante, ah! dieux! cette amante estPhrosine!

Phrosine , mon unique sœur!

Quels cris ont retenti jusqu’au fond de mon cœur Ceux de la sœur que j’assassine !

Jule ! Jule ! c’est toi qui lui ravis le jour !

Et pour quel crime encore.»* Elle aime!

Interroge-toi bien , Jule ; rentre en toi-même :

Est-ce bien toi qui vois un crime dans l’amour.^

Ah ! quelle tardive lumière A porté dans mon âme et le jour et l’effroi !

Est-il rien sur la terre entière De plus exécrable que moi.^

Tous les crimes unis n’égalent pas mon crime ;

Et tu me laisses respirer.

Ciel ! Ah ! comme il te venge , innocente victime :

3i2 PHROSINE ET MÉLIDORE.

Je ne puis pas mourir; je ne puis pas pleurer !

AIR

« Nature, à ton désordre extrême,

« Oui, je reconnais ta fureur;

X Mais tu me fais bien moins d’horreur « Que je ne m’en fais à moi-même !

X D’un objet de bonté et d’effroi ,

X Ciel vengeur, délivre la terre !

« Ciel vengeur, anéantis-moi ;

« Ecrase-moi de ton tonnerre !

X Mais non , refuse-moi la mort :

X Vivre est la peine de mon crime.

X Si tu daignais finir mon sort ,

X Les remords perdraient leur victime.

X En vain j’y voudrais échapper;

X Déjà mon supplice commence !

X Dieu! je succombe à ma souffrance!...

« Tu n’as pas besoin de frapper.

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