SCÈNE II
Tarquin vivrait !
MUTIUS
Malgré sa haine ,
Tarquin, privé d’appui, n’aurait été jamais Que l’obscur témoin des succès De la vertu républicaine.
Il n’est ni roi ni citoyen :
On peut le condamner à vivre ;
Mais c’est de ce tyran , d’un tyran le soutien ,
De Porsenna qu’il faut que mon bras vous délivre. Romains , ne nous abusons pas ;
Trop long-temps notre erreur extrême A fait la guerre à des soldats :
Je la déclare au tyran même.
J’affronterai , dans mon transport ,
La garde dont il s’environne;
Heureux de recevoir la mort.
Pourvu que mon bras la lui donne;
Je tomberai percé de coups, ,
Mais les miens auront sauvé Rome;
Et du moins le salut de tous,
Romains, n’aura coflté qu’un homme.
VAXÉRIDS.
r admire en frémissant le plus beau des projets !
LE CHŒUR
Périlleuse et noble entreprise !
MUTIUS
N’en retardons pas le succès.
3a6 HORATIUS COCLÈS.
Près flu roi des Toscans j’attends un libre accès Sous cet habit qui me déguise.
Donne ce glaive.
HORACE
Arrête. Et vous, peuple romain, Retenez ce héros qu’un zèle aveugle entraîne.
Le succès est douteux ; le péril est certain.
MUTIÜS.
La gloire n’est pas moins certaine.
HORACE
Je suis vieux, et je veux, par un sublime effort, Terminer ma carrière en sauvant ma patrie.
Mutins , laisse-moi répandre sur ma mort La gloire dont brillait ma vie.
MUTIüS.
Je suis jeune, et je veux, par un sublime effort, Eterniser ma gloire et sauver ma patrie.
Pour m’immortaliser j’ai besoin de la mort.
Lorsqu’il te suffit de ta vie.
HORACE
Du trépas je dois préserver Et ta jeunesse et ta vaillance.
MUTIUS
A Rome je dois conserver Ta force et ton expérience.
HORACE
Laisse-moi finir en soldat
Des jours qui bientôt vont s’éteindre.