‹ ŒuvresChapitre 227 sur 241 · L’ABSENCE · texte numérisé non relu

L’ABSENCE

Tout reposait dans le hameau ,

Tout reposait dans la nature :

On n’entendait que le murmure Des vents, du feuillage et de l’eau.

Seul, assis au bord de la Seine,

Et du sommeil abandonné ,

Daphnis adressait à Daphné Ces mots , que j’entendais à peine :

« Aurais-tu quitté sans regret •( Ces lieux qu’embellissaient tes charmes ?

« Ou m’aurais-tu caché des larmes « Dont j’étais avide en secret?

« Soit indifférence ou courage ,

« C'était accroître mes malheurs :

Digilized by GoogI

« Daphriis verserait moins de pleurs « Si Daphné pleurait davantage. *

«.Quand pour habiter le coteau « Elle nous fuyait, la cruelle,

« Un long espace , disait-elle ,

«Ne l’éloigne pas du hameau.

« La distance n’importe guère « A deux amants désespérés :

« Daphné , dès qu’ils sont séparés ,

« Ils sont aux deux bouts de la terre.

« Le souvenir de mon bonheur « Ne fait qu’augmenter ma tristesse ,

« Et les gages de ta tendresse ,

« Ne consolent pas ma douleur :

« Dans le chagrin qui me dévore,

« A mon cœur d’amouf consumé « Us disent que je fus aimé ,

« Sans dire que l’on m’aime encore.

« Le plaisir, l’âge , les amours ,

« Daphné, ressemblent à cette onde,

« Qui, passagère et vagabonde,

« Ne s’arrête pas dans son cours.

« Songes-y, doux objet que j’aime ,

« Le flot qui si rapidement « T’arrache à ce séjour charmant

ROMANCES, CHANSONS, « Ne peut t’y ramener de même. »

Daphnis se tut , et de ses pleurs Il grossit l’onde fugitive.

Chaque soir, sur la même rive ,

Il se livre aux mêmes douleurs.

Toi qui veux me quitter, Glycère, Viens au rivage , viens juger Ce que souffre un tendre berger En l’absence de sa bergère.

Page 1