L’ABSENCE
Tout reposait dans le hameau ,
Tout reposait dans la nature :
On n’entendait que le murmure Des vents, du feuillage et de l’eau.
Seul, assis au bord de la Seine,
Et du sommeil abandonné ,
Daphnis adressait à Daphné Ces mots , que j’entendais à peine :
« Aurais-tu quitté sans regret •( Ces lieux qu’embellissaient tes charmes ?
« Ou m’aurais-tu caché des larmes « Dont j’étais avide en secret?
« Soit indifférence ou courage ,
« C'était accroître mes malheurs :
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« Daphriis verserait moins de pleurs « Si Daphné pleurait davantage. *
«.Quand pour habiter le coteau « Elle nous fuyait, la cruelle,
« Un long espace , disait-elle ,
«Ne l’éloigne pas du hameau.
« La distance n’importe guère « A deux amants désespérés :
« Daphné , dès qu’ils sont séparés ,
« Ils sont aux deux bouts de la terre.
« Le souvenir de mon bonheur « Ne fait qu’augmenter ma tristesse ,
« Et les gages de ta tendresse ,
« Ne consolent pas ma douleur :
« Dans le chagrin qui me dévore,
« A mon cœur d’amouf consumé « Us disent que je fus aimé ,
« Sans dire que l’on m’aime encore.
« Le plaisir, l’âge , les amours ,
« Daphné, ressemblent à cette onde,
« Qui, passagère et vagabonde,
« Ne s’arrête pas dans son cours.
« Songes-y, doux objet que j’aime ,
« Le flot qui si rapidement « T’arrache à ce séjour charmant
ROMANCES, CHANSONS, « Ne peut t’y ramener de même. »
Daphnis se tut , et de ses pleurs Il grossit l’onde fugitive.
Chaque soir, sur la même rive ,
Il se livre aux mêmes douleurs.
Toi qui veux me quitter, Glycère, Viens au rivage , viens juger Ce que souffre un tendre berger En l’absence de sa bergère.