ACTE I, SCÈNE I. i
Vous l’avez dit, Gomez.
GOMEZ
Peut-être le hasard,
Peut-être Dieu sert-il le roi par ce retard ;
Par des moyens plus doux , sous les lois de leurs princes Peut-être a-t-il voulu ramener ces provinces.
GER RA RD
Du fils de Charles-Quint a-t-il fléchi le cœur ?
GOMEZ
Je le crois. Fatigué de quinze ans de rigueur,
Philippe désormais renonce à la vengeance.
Envers Nassau lui-même écoutant l’indulgence,
De ces bords si ce chef consent à s’éloigner,
Le roi non seulement consent à l’épargner ,
Mais, par plus d’un bienfait digne de sa puissance ,
De ce rebelle il veut payer l’obéissance :
Borgia , revêtu de son autorité ,
Ici même aujourd’hui vient régler ce traité.
GE RR A R D
Un ministre d’Espagne au milieu des rebelles !
Un prince de l’église en ces murs infidèles !
J’ai peine à concevoir un si hardi projet.
GOMEZ
Inconnu sur la route il en fait le trajet.
Dans ces murs que son nom soit pour tous un mystère.
G ERRA RD
Comme à tout voir, Gomez, je suis fait à tout taire.
Mais, j’en dois convenir, je ne puis espérer Que l’on atteigne au but où l’on ose aspirer. Connaissez le héros qui dans ces lieux demeure , 11 est incorruptible.
GOMEZ
Ou qu’il parte, ou qu’il meure.
Qu’il parte donc , qu’il parte ! et puissé-je échapper A la nécessité de le jamais frapper !
GOMEZ
Révoquez-vous les vœux... ?
GERR ARD.
Puisse le ciel propice
Vouloir que mon serment jamais ne s’accomplisse! Loin de ce grand proscrit mon bras s’est cru trop fort. Ah ! croyez-moi , Gomez , au moment de l’effort Qu’attend de ma ferveur le ministre de Rome ,
Du fer de l’assassin au cœur de l’honnête homme L’intervalle est bien grand!
GOMEZ
Un hérétique !
GERRARD
Guillaume vient. Sortez.
Hélas!
( Gomes sort. )