ACTE V, SCÈNE II
Vivant, sous le niveau qu’ici chacun s’abaisse:
La liberté périt où l’égalité cesse.
SAINTE-ALDEGONDE
Plus je t’observe, et plus j’ai peine à concevoir Qu’un homme sur lui-même exerce un tel pouvoir. Toujours à la hauteur que le moment réclame ,
Où trouves-tu, Nassau , cette égalité d’âme.
Qui , des biens et des maux triomphant sans effort , T’a maintenu sans cesse au-dessus de ton sort
GUILLAUME
Sans effort ! Sur soi-même , ami , peux-tu le croire , Qu’on gagne sans effort la plus faible victoire ?
Dans tes vœux quand par moi tu n’es pas écouté , Penses-tu qu’à mon cœur il n’en ait rien coûté , Qu’il n’ait à l’amitié fait nulle violence ,
Et qu’il ne souffre pas pour souffrir en silence ?
SAINTE-ALDEGONDE
J’entends. Mais , quant à moi , sache que l’amitié Dans mes derniers projets n’était pas de moitié.
Je t’aime , je l’avoue, avec idolâtrie.
Mais c’est de tout l’amour que j’ai pour la patrie ; Et lorsqu’au premier rang j’ai voulu t’élever ,
Je croyais te servir bien moins que la sauver.
GUILLAUME
Vraiment! Dans mon refus bien que je persévère. Ami , je dois blâmer d’un accent moins sévère Une erreur où j’ai dû trouver un attentat Tant que j’imaginais qu’infidèle à l’état ,
Sur la honte , et non pas sur la gloire commune ,
Ton amitié coupable élevait ma fortune.
Tu n’étais qu’imprudent ! je fus bien rigoureux.
Avec ton vieil ami montre-toi généreux.
Embrassons-nous. On vient... C’est Buren... O supplice! O mon pays ! voici l’instant du sacrifice.