‹ ŒuvresChapitre 58 sur 241 · ACTE V, SCÈNE III. gS · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE III. gS

Je n’embrasserais pas un père que j’adore.

Ce serment , je ne puis le détester encore :

Quelques instants du moins il nous a rapprochés.

GUILLAUME

Mes enfants , les douleurs que vous lui reproche?.

De ma volonté seule en effet sont l’ouvrage.

Tu resterais, Buren, si j’avais le courage De préférer la honte à l’honneur dont la loi Veut qu’au bien général je t’immole avec moi.

BUREN

Mon père, en la suivant vous avez été juste ;

Vous avez affermi votre édifice auguste.

Loin d’en gémir , Buren vous conjure aujourd’hui De n’hésiter jamais entre l’état et lui.

Il y va de l’honneur pour vous et pour moi-même. Oui, je m’abhorrerais autant que je vous aime,

Si , par mes intérêts jamais embarrassé.

Vous sortiez du chemin que vous m’avez tracé. Laissez-moi retourner à mon noble esclavage ;

Même au prix de mon sang assurez votre ouvrage. Mon père , il croulerait , et l’on n’en doute pas ,

Si vous lui retiriez l’appui de votre bras.

Mais avec lui soudain croulerait votre gloire ;

Et le héros qu’en vous attend déjà l’histoire ,

Et d’un peuple opprimé le grand libérateur ,

Et d’un nouvel état le plus grand fondateur.

Descendrait au niveau de ces Ames vulgaires ,

De ces esprits légers , turbulents , téméraires ,

Qui n’ont que trop donné le droit de les punir,

En entreprenant plus qu’ils ne sauraient finir.

Périsse ma fortune , et que l’état prospère !

MAURICE

A ce grand intérêt immolez tout , mon père !

J’y souscris. Mais du moins, seigneur, ne souffrez plus Qu’on s’arme contre vous de vos propres vertus.

Que Borgia , trompé dans son lâche artifice ,

Veuille changer pour vous un triomphe en supplice, Et sur l’un de vos fils faire tomber les coups Que son ressentiment ne peut frapper sur vous ,

Je m’en étonne peu : mais pouvez-vous permettre Qu’entre ses mains mon frère aille ainsi se remettre ; Et, par un faux honneur se laissant emporter, Redemander des fers qu’il n’eîit pas dû porter ?

Et mon serment, Maurice!...

MAURICE

Ah ! mon père , à quel titre Du destin de Buren ce prêtre est-il arbitre Quels droits a-t-il sur lui , ce digne agent des rois ,

Si ce n’est le mépris du plus saint de nos droits Et ce fils qu’à vos bras arracha le parjure A de semblables droits n’oserait faire injure ;

Par un serment surpris il serait arrêté !

Non : tes droits, ton devoir, c’est l’infidélité.

De faux serments Philippe a fatigué le temple.

S’il osait t’accuser , cite lui son exemple.

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