‹ ŒuvresChapitre 121 sur 336 · LIVRE VHr, GHA.P1TRE II. 2'i I · texte numérisé non relu

LIVRE VHr, GHA.P1TRE II. 2'i I

« j'étois esclave ; je payois un tribut à la répua blique, aujourd'hui elle me nourrit; je ne crains « plus de perdre, j'espère d'acquérir. »

Le peuple tombe dans ce malheur lorsque ceux à qui il se confie, voulant cacher leur propre corruption , cherchent à le corrompre. Pour qu'il ne voie pas leur ambition , ils ne lui parlent que de sa grandeur ; pour qu'il n'aperçoive pas leur avarice, ils flattent sans cesse la sienne.

La corruption augmentera parmi les corrupteurs, et elle augmentera parmi ceux qui sont déjà corrompus. Le peuple se distribuera tous les deniers publics; et comme il aura joint à sa paresse la gestion des affaires, il voudra joindre à sa pauvreté les amusements du luxe. Mais, avec sa paresse et son luxe, il n'y aura que le trésor public qui puisse être un objet pour lui.

11 ne faudra pas s'étonner si l'on voit les suffrages se donner pour de l'argent. On ne peut donner beaucoup au peuple sans retirer encore plus de lui; mais pour retirer de lui il faut renverser l'état. Plus il paroîtra tirer d'avantage de sa liberté, plus il s'approchera du moment où il doit la perdre. Il se forme de petits tyrans qui ont tous les vices d'un seul. Bientôt ce qui reste de liberté devient insupportable; un seul tyran s'élève, et Je peuple perd tout, jusqu'aux avantages dé sa corruption.

aaa BE l'esprit des lois.

La démocratie a donc deux excès à éviter ; Tes* prit d'inégalité, qui la mène à l'aristocratie our au gouvernement d'un seul, et l'esprit d'égalité extrême, qui la conduit au despotisme d'un seul, comme le despotisme d'un seul finit par la conquête.

n est vrai que ceux qui corrompirent les républiques grecques ne devinrent pas toujours tjrrans. C'est qu'ils s'étoient plus attachés à l'éloquence qu'à l'art militaire , outre qu'il y avoit dans le cœur de tous lesGrecs une haine implacable contre ceux qui renversoient le gouvernement républicain ; ce qui fit que l'anarchie dégénéra en anéantissement, au lieu de se changer en tyrannie.

Mais Syracuse, qui se trouva placée au milieu d'un grand nombre de petites oligarchies changées en tyrannies ', Syracuse, qui avoit un sénat ■ dont il n'est presque jamais fait mention dans l'histoire, essuya des malheurs que la corruption ordinaire ne donné pas. Cette ville , toujours dans la licence ^ ou dans l'oppression, également travaillée par s9

> Fofex Plutarqae dans les FUm de T%moUon et de Dion.

* Cest celui des six cents , dont parle Diodore.

' Ayant chassé les tyrans » ils firent citoyens des étrangers et des soldats mercenaires ; ce qui causa des guerres civiles. Aristote, Poiit,, liy. y, chap. m. Le peuple ayant été cause de la victoire sur les Athéniens, la républi^e fnt diangée. /k'dL, chap. xv. La passion de deux jeunes magistrats, dont Tun enleva à l'autre un jeune garçob » et celui-ci lui débaucha sa femme , fit changer la forme de cette 'république. Ibid. , liv. VII , chap. iv.

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