CHAPITRE II
De la guerre.
La vie des états est comme celle des hommes. Ceux-ci ont droit de tuer dans le cas de la défense naturelle ; ceux-là ont droit de faire la guerre poui leur propre conservation.
Dans le cas de la défense naturelle, j'ai droit de tuer, parce que ma vie est à moi , comme la vie de celui qui m'attaque est à lui : de même xm état £aiit la guerre parce que sa conservation est justecomme toute autre conservation.
LIVR£ Xj CHAPITRE H. a63
Entre les citoyens , le droit de la défense naturelle n'emporte point avec lui la nécessité de l'attaque. Au lieu d'attaquer, ils n'ont qu'à recourir aux tribunaux. Us ne peuvent donc exercer le droit de cette défense que dans les cas momentanés où l'on seroit perdu si l'on attendoit le secours des lois. Mais y entre les sociétés, le droit de la défense naturelle entraîne quelquefois la nécessité d'attaquer, lorsqu'un peuple voit qu'une plus longue paix en mettroit un autre en état de le détruire, et que l'attaque est dans ce moment le seul moyen d'empêcher cette destruction.
Il suit de là que les petites sociétés ont plus souvent le droit de &ire la guerre que les grandes, parce qu'elles sont plus souvent dans le cas de craindre d'être détruites.
Le droit de la guerre dérive donc de la nécessité et du juste rigide. Si ceux qui dirigent la con» science ou les conseils des princes ne se tiennent pas là tout est perdu, et lorsqu'on se fondera sur des principes arbitraires de gloire, de bienséance, d'utilité , de$ flots de sang inonderont la ten*e.
Que l'on ne parle pas surtout de la gloire du prince; sa gloire seroit son orgueil : c'est une passion , et non pas un droit légitime.
Il est vrai que la réputation de sa puissance pourroit augmenter les forces de son état, mais la réputation de sa justice les augmenteroit tout de même.
264 ^E l'esprit des lois.