LIVRE VI, CHAPITM XIII. I
et des récompenses; par des maximes de philosophie, de morale et de religion, assorties à ces caractères j par la ju^te application des règles de l'honneur ; par le supplice de la honte ; par la jouissance d'un bonheur constant et d'une douce tranquillité; çt, s'il ayoit craint que les esprits, accoutumés à n'être arrêtés que par une peine cruelle, ae pussent plus l'être par une plus douce, il auroit agi ' d'une manière sourde et insensible; il aûroit, dans lés cas particuliers les plus graçiahles, modéré la peine du crime, jusqu'à ce qu'il eût pu parvenir à la iqodifier dans tous les cas.
Mais le despotisme ne connoît pointées ressorts; il ne mène pas par ces voies. Il peut abuser de lui ; mais c'est tout ce qu^il peut faire. Au Japon il a Éaiit un effort ; il est devenu plus cruel qu§ luimême.
Des amés partout effarouchées et rendues plus atroces n'ont pu être conduites que par une atrocité plus grande.
Voilà l'origine, voilà l'esprit des lois du Japon.
Mais elles ont eu plus de fureur que de force. Elles ont réussi à détruire le christianisme; jnais des effcM'ts si inouïs sont une preuve de leur impuissance : elles ont voulu établir une bonne police, et leur foiblesse a paru encore mieux.
' Remarquez bien ceci comme une maxime de pratique dans les cas où les esprits ont été gâtés par des peines trop rigoureuses.
DB I.'BSPRTI des lois. T. I. 13
j'jS DE L^ESPRIT DES LOIS."
Il fkut lire la relation de Pentrevue de Fempereur et du daïro àMéaco*. Le nombre de ceux qui , y furent étouffés ou tués par des garnements fut incroyable. On enleva les jeunes filles et les garçons; on les retrou voit tous les jours exposés dans des lieux publics, à des heures indues , tout nus , cousus dans , des sacs de toile , afin quHls ne connussent pas les lieux par où ils avoient passé ; on vola tout ce qu'on voulut; on fendit le ventre à des chevaux pour faire tomber ceux qui les montoient ; on renversa des voitures pour dépouiller les dames. Les Hollandais, à qui Ton dit qu'ils ne pouvoient passer là nuit sur des échafauds sans être assassinés, en descendirent, etc.
Je passerai vite sur un autre trait. L'empereur, adonné à des plaisirs infâmes, ne se.marioit point: il couroit risque de mourir sans successeur. Le daïro lui envoya deux filles très belles ; il en épousa une par resjpect, mais il n'eut aucun commerce avec elle. Sa nourrice fit chercher les plus belles îeâimes de l'empire; tout étoit inutile. La fille d'un armurier étonna son goût '; il se détermina : il en eut un fils. Les dames de la cour, indignée^ de ce qu'il leur avoit préféré une personne d'une si basse haîssance, étouffèrent l'enfant. Ce crinie fut caché
» nefiufiil des VùyagM qui ont servi à l'établissement de la Compagnie des.indeSfUyn. Vf-pàg. i,
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