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LIVRE VI, CHAPITlti: XV. l8l

cemvirs est la peine capitale prononcée contrç les auteurs des libelles et les poètes. Cela n'est guère du génie de la république, où le peuple aime à voir les grands humiliés : mais des gens qui vouloient renverser la liberté craignoient des écrits qui pou voient rappeler l'esprit de la liberté '. -

Après l'expulsion des décemvirs , presque toutes les lois qui avoient fixé les peines furent ôtées. On ne les abrogea pas expressément j mais, la loi Porcia ayajQt défendu de mettre à mort un citoyen romain, elles n'eurent plus d'application.

Voilà le temps auquel on peut rappeler, ce que Tite^Iive * dit des Romains,, que jamais peuple n'a pluj» aimé la modération des peines.*

Que si l'on ajoute à la douceur des peines le droit qu'avoit un accusé de se retirer avant le jugement, on verra bien que les Romains avoient suivi cet esprit que j'ai dit être naturel à la république. " ^ ' Sylla, qui confondit la tyranïiie, l'anarchie et la liberté , fit les lois cornéliennes. Il sembla ne faire des règlements que pour établir des crimes. Ainsi, qualifiant une infinité d'actions du nom de meurtre^ il trouva partout des meurtriers; et, par une pratique qui ne fut que trop suivie , il tendit des pièges,

> Sylla, animé du même esprit que les décemvirs, .'{ugmenta comme eux les peines contre les écrivains satiriques. * Liv. I.

i8a DE l'esprit des lois^

s^ma des épines * ouvrit des abîmes sur le chemin

de tous les citoyens.

Presque toutes les lois de Sylla tie pojrtoient que l'interdiction de Veau et du feu. César y ajouta la confiscation des biens ' , parce que les riches ^rdant dans l'exil leur patrimoine, ils étoieiatt plus hardis à commettre des crimes.

Les empereurs ayant établi wi g[ouvernenent militaire, ils sentirent bientôt qu'il n'étoit pas moins terrible contre eux que contre les sujeti^; ik cherchèrent à le tempérer ; ils crurent avoir besoin des dignités , et du respect qu'on avoit pour eHes.

On s'approcha un peu de la monarchie, et l'on divisa les peines en troisiclasses * : celles qui r^ardoîent les premières personnes de l'état ^ , ^t qui étoient assez douces ; celles qu'on iufligeoit aux personnes d'un rang inférieur 4^ et qui étoi^t plus sévères ; enfin celles qui ne concernoient que les conditions basses ^ , et qui furent les plus rigoureuses.

Le féroce et insensé Maximin irrita pour ainsi dire le gouvernement militaire, qu'il auroit fallu

* Pœnas facinomm auxît; cum locupletes eo faclUus scelere se oblîgarçnt» qjaoà integris palrimnniig exulabant. Sneton, in Julio Çtpffire,

* V<^ez W loi 3 , S Ugis fOdleff. Comel. de sicariis, et un très grand nombre'd'autres , an Digeste et an Code.

3 Sublimiores.

4 Medios.

s Infimes. Leg. m , $ legit, ad Ug. ComeL de sicariis.

LIVAE VI, CHAPITRE XVI. l83

adoucir. Le sénat ajpprenoit, dit GapitqUn ' /que les uns avoient été mis en croix , les autres exposés auxb^es, ou enfermés daiis des peaux de bétes. récemment tuées , sans aucun égard pcmr les dignités. Il sembloit vouloir exercer la discipline militaire, sur le modèle de laquelle il prétendoit régler les affidres civile».

On trouvera dans les Considérrtàîons sur la gran-^ deur des Bomains et leur deeadence *y comment COttrtanli» changea le ^spetls»e mUitaire en un despotisme militaire et civil, et s'approcha de la monarchie. On y peut suivre les diverses révolutions de cet état, et voir comment oh y passa de la rigueur à Tindolènce , et de l'indolence à l'impunité.

CHAPITiVE XVL ^

^ De la juste prop^ortion des peines avec le crime.

U est e^entiel que les peines aient de l'harmonie entre elles, parce qu'il est essentiel que l'on évite plutôt un grand crime qu'uni moindre, ce qui attaque plus la société que ce qui la choque moins.

«( Un imposteur ^ , qui se disoit Constantin f( Ducas , suscita un grand soulèvement à Ck)nstan-

' Jul. Cap. Maximini duo.

* Chap. XYii.

3 Histoire de Nieépkore , patriarche de Constantinople.

1 84 DE l'esprit des lois.

c< tinople. n fut pris /et condamné au fooet : mais,

« ayant accusé des personnes cansidérables , il fut

« condamné , comme calomniateur , à être brûlé. »

Il est singulier qu'on eût ainsi proportionné les

peines entre le crime de lèse-majesté et celui de

calomnie.

Cela fait souvenir d'un mot de Charles II , roi d'Angleterre. Il vit, en passant, un homme au pir ]ori;«il demanda pourquoi il étoit là. a Sire, lui « dit-on , c'est parce qu'il a fait des libelles contre « vos ministres. Le grand sot! dit le roi : que neles « écrivoit-il contre moi? on ne lui auroit rien fiaiit. »

« Soixante -dix personnes conspirèrent contre « l'eiûpereur Basile * ; il les fit fustiger; on leur a brûla les cheveux et le poil. Un cerf l'ayant pris c( avec son bois par la ceinture, quelqu'un de sa «suite tira son épée, coupa sa ceinture, et le dé- « livra. Il lui fit trancher la tête , parce qu'il avoit , « disoit-il, tiré l'épée contre lui. » Qui pourroit penser que sous le même prince on eût rendu ces deux jugements?

C'est un grand mal parmi nous de faire subir la même peine à celui qui vole sur un grand chemin et à celui qui vole et assassine. Il est visible que , pour la sûreté publique , il faudroit mettre quelque différence dans la peine.

A la Chine les voleurs cruels sont coupés en

* Histoire de Nicéphore, patriarche de Gonstantinople.

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