SUR L'ADRESSE
Je sais que vous déclarez ces hommes impossibles. Oui, ils sont et ils seront impossibles, en effet, tant que le pouvoir serait au prix du désaveu de leurs doctrines et des grands principes auxquels ils ont dévoué leur vie. Savez-vous ce que c'est que de déclarer ces hommes impossibles? C'est dire que les gouvernements libres sont eux-mêmes des impossibilités ; c'est déclarer que la révolution de 89 est un crime ; que la monarchie démocratique est une utopie ; que les réformes politiques sont une chimère ; et que toute amélioration profonde de la condition des sociétés est un rêve. S'il y avait des hommes assez hardis pour le dire, qu'ils le fassent ! le pays jugerait entre eux et nous.
Non, ces hommes impossibles seront inévitablement un jour nécessaires. Ils oseront fonder le gouvernement, non plus sur la base étroite d'une- classe quelconque, mais sur la large base d'une nation tout entière. Ils sauront coïntéresser tous les citoyens", toutes les classes du peuple à l'existence d'un gouvernement qui prendra son appui sur tous ces intérêts et sur tous ces droits. Voilà ce que nous devons préparer pour les jours difficiles; ce sont là des forces, et non des dangers.
C'est pour cela. Messieurs, que je crois devoir m'éloigner, quoique avec peine, de ces hommes honorables avec lesquels j'ai combattu clans quelques circonstances, et du milieu desquels j'emporte tant de regrets et tant d'estime, pour me placer désormais et pour toujours, jusqu'au triomphe de nos principes communs, du côté de l'opposition. {Acclamations et mouvements divers.)
Je dis que je vais me ranger sur le terrain de l'opposition, et j'ai le droit Je le dire, puisque j y retrouve tous les principes que j'ai professés avec elle dans toutes les grandes lois organiques et libérales, et dans toutes les grandes affaires extérieures de mon pays, me réservant seulement ce que tout homme d'honneur se réserve naturellement ici dans tous les partis : h indépendance de ma conscience, la liberté de mon vote et de mes convictions dans toutes ces questions, et surtout dans ces questions d'affaires étrangères qui impliquent la vie ou la mort du pays, et qui ont été l'objet des études spéciales de ma vie publique. Oui, l'opposition peut compter en moi un
de ses plus constants et de ses plus fermes auxiliaires. 1 gauche : Très bien! très bien! Violents murmures au centpe.)
Ces murmures réitérés me disent ce que je sais; c'eil qu i! va de pénibles heures, de pénibles années peut-être, à traverser entre des amis anciens qu'on afflige et des amis nonveaux qui peuvent douter de vous, de votre désintéressement, de votre constance. (^4 gauche: Non! noti! Vive agitation.)
Oui, il v a des interprétations, des insinuations, des calomnies à braver. Je les brave toutes d'avance, et ma vie y répondra. Je dédaignerais d'y répondre autrement. Peu m'importent ces difficultés d'une situation politique ! Les situations politiques grandissent sous les difficultés mêmes, quand c est la conscience qui force à les braver ! Que m'importe ce que l'on pensera de moi ! que m'importe à quel rang je combattrai, pourvu que je combatte pour la cause que je porte dans mon cœur depuis que je pense, pour la cause populaire, pour la cause non des passions du peuple, mais de ses intérêts et de ses droits légitimes ! Dieu et les hommes ne nous demanderont pas avec qui, à quel rang nous avons combattu, mais pour qui nous avons combattu. Eh bien ! je ne pense qu'à la cause, et non aux difficultés ou aux récompenses ; et s'il se forme,' s'il existe un parti qui, comme je lai dit, recueille les vérités politiques du pays, du peuple et du temps, j'en suis ! C'cstlà que la nation doit nous trouver et que l'histoire doit trouver nos noms! (Applaudissements à gauche.')
La vertu dilficile, la vertu rare de ce temps, c'est l'abnégation. Eh bien ! nous en aurons sous les yeux les exemples.
11 va un grand mot, un grand et beau cri qui sortit un jour d'une assemblée nationale de notre pays à une de ces crises où lame d'un peuple tout entier paraît s'élever audessus d'elle-même, et semble, pour ainsi dire, s'échapper par une seule voix; c'est ce cri que vous connaissez tous : Périssent nos mémoires, pourvu que nos idées triomphent!
Eb bien! ce cri sera le mot d'ordre de ma vie politique, comme c'est celui de L'opposition; c'est celui qui nous ralliera toujours autour de cette grande cause pour laquelle il est beau de vaincre, pour laquelle il est beau de souffrir et beau encore de succomber. (.1 gauche : Très bien!)
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.Fi- coin lus en deux m
Convaincu que le gouvernement s'égare de plus en plus, que la pensée du règne loul entier se trompe | [pplaadusementi ; convaincu que le gouvernement s'éloigne de jour en jour, depuis i834, de -on principe '•( des conséquences qui devaient en décQulej pour !<• bien-être intérieur ri la force extérieure de mon pays; convaincu que tous les pas que la France a faits depuis buil ans son I des pas en arrière, el non des pas en avant; convaincu que l'heure des complaisances esl passée.., ( [pphadissements à gauche), qu'elles seraient funestes, j'apporte in mon vote con» iencii ux contre I adresse, contre l'esprit qui l'a rédigée, tre l'esprit 'lu gouvernement qui l'accepte, <•! que je combattrai avec douleur, mais avec fermeté, dans le passé, dans le présent ri peut-être dans l'avenir. ( Hou ve me m
\\l MANIFESTE W \ l'I iss \\. i s
ClRCL'LAIRl l'i MINISTRE DBS IFFAIRES ÉTRANGÈRES vi\ IGENTS D1PLOMATIQI l - in: I. \ Kl ri BLIQI i i l. \\< USE.
I.a Révolution do 1 848 venait de rétablir en France la République. Membre du Gouvernement provisoire 'lu l< ■ 'i révrier, Lamartine lui chargédu ministère des affaires étrangères 11 adressa le \ mars ;i nos agents diplomatiques la circulaire qu'on ki lin-, pour éclairer • i rassurer L'Europe sur les principes et sur les intentions du nouveau rnement.
Monsiei a,
Vous connaissez les événements de Paris, la victoire 'In
3euple, son héroïsme, sa lération, son apaisement, l'ordre
rétabli par le concours de tous les citoyens, comme -i. dans cri interrègne des pouvoirs \ i >î 1 »1 *■- . la raison générale était à elle seule le gouvernement <l<' la France.
I.a Révolution française vient d'entrer ainsi dans sa période' déûnitive. La France est République : la République française n i pas besoin il être reconnue pour exister. Elle esl de droit naturel, elle est de droit national. Elle esl la volonté d'un grand peuple qui ne demande son litre qu'à lui-même.
Ift) l.\ PRANl I PARI l MIN I VIRE
i nl.i ut . la République française désirant entrei dani la r.miillc des L,r(iu\oi'iM'iiirnts institués comme une puissance régulière, el non comme un phénomène perturbateur de l'ordre européen, ilesl convenable que vous Fassiez pr^mptemciii connaître au Gouvernement près duquel vous crédité les principes el les tendances qui dirigeront désormais l,i politique extérieure du gouvernement fran
La proclamation de la République Française n'esl un acte d'agression contre aucune Forme de gouvernement dans le monde1. Les formes de gouvernement ont des diversités aussi légitimes que les diversités de caractère, de situation gé< phique et de développement intellectuel, nuirai el matériel cIkv les peuples. Les nations uni, comme les individus. s différents. Los principes qui les régissent ont des pi Buocessives. Les gouvernements monarchiques, aristocratiq ((institutionnels, républicains, sont l'expression 'le cesdiffé rents degrés de maturité du génie 'le- peuples. Il- demandent plus de liberté à mesure qu'ils se sentent capables d'en supporter davantage ; ils demandent plus d'égalité el de démocratie à mesure qu'ils sont inspirés par plus de justice et d'amour pour le peuple. Question de temps 1 n peupl perd en devançant l'heure de celte maturité, comme il se déshonore en la laissant échapper sans la saisir. La Monarchie et la République ne sont pas, aux yeux des véritables hommes d'Etat, des principes absolus qui se combattent à morl ; ce sont des faits qui se contrastent et qui peuvent vivre I
face, en se comprenant et en se respectant.
La guerre n'est donc pas le principedela République Française comme elle en devint la fatale et glorieuse nécessité en
!-(|>. Entre [792 et 18^8, il n a un demi-siècle. Revenir,
après un demi-siècle, au principe de 1 ~ * » » OU au principe de
complète de l'Empire, ce ne serait pas avancer, ce serait rétrograder dans le temps. La révolution d'hiei CSt un pas en
avant, non en arrière. Le monde et 1 s, nous voulons mai
cher à la Fraternité et à la paix.