Cf. Milfy ou la Terre natale, v. 127 et suiv
Enfin un sol sans ombre et des cieux sans couleur,
Et des vallons sans onde ! — Et c'est là qu'est mon cœur !
Ce sont là les séjours, les sites, les rivag
Dont mon àme attendrie évoque les im
Et dont pendant les nuits mes songes les plus beaux
Pour enchanter mes yeux composent leurs tableaux I
espace. La pauvre grille de bois toujours brisée qui y eondui et par laquelle nous nous précipitions avec des cris de joie ; les plates-bandes de laitues qu'on avait divisées. pour nous en aulant de petits jardins séparés et que nous cultivions nousmêmes; le plateau' au pied duquel notre père s'asseyait avec ses cbiens à ses pieds au retour de la chasse ; l'allée où notre mère se promenait au soleil couebant en murmurant toul bas le rosaire monotone qui fixait sa pensée à Dieu, pendant que son cœur et ses yeux nous couvaient près d'elle 2 ; le coin de gazon, à l'ombre et au nord, pour les jours chauds ; le petit mur, tiède au midi, où nous nous rangions, nos livres à la main, au soleil, comme des espaliers en automne; les trois lilas, les deux noisetiers, les fraises découvertes sous les feuilles, les prunes, les poires, les pèches trouvées le matin toutes gluantes de leur gomme d'or et toutes mouillées de rosée sous l'arbre ; et plus tard le berceau de cbarmilles que chacun de nous, et moi surtout, cherebait* à midi pour lire en paix ses livres favoris ; et le souvenir des impressions confuses qui naissaient en nous de ces pages, et plus tard encore la mémoire des conversations intimes tenues ici ou là, dans telle ou telle allée de ce jardin ; et la place où l'on se dit adieu en partant pour de longues absences, celle où l'on se retrouva au retour, celles où se passèrent quelques-unes de ces scènes intimes, pathétiques, de ce drame caché de la famille, où l'on vit se rembrunir le visage de son père, où notre mère pleura en nous pardonnant, où l'on tomba à ses genoux en cachant son front dans sa robe; celle où l'on vint lui annoncer la mort d'une fille chérie, celle où elle éleva ses yeux et ses mains résignés vers le ciel ! Toutes ces images, toutes ces empreintes, tous ces groupes, toutes ces figures, toutes ces félicités, ton les ces tendresses, peuplent encore pour nous ce petifc enclos comme ils l'ont peuplé, vivifié, enchanté pendant tant de jours, les plus doux des jours, et font que, recueillant par la pensée notre existence extra vasée depuis, dans ces mômes allées
i. Texte douteux. Peu tiêtre faudrait-il lire : le platane.
2. « C'était le site le plus désert et le plus abrité du jardin. C'est pour cela qu'elle le préférait, car ce qu'elle voyait dans cette allée était en elle
et non dans l'horizon de la terre Cette allée était pour nous comme un
sanctuaire dans un saint lieu, comme la chapelle du jardin où Dieu luimême la visitait. Nous n'osions jamais y venir jouer... » (Confidences. V, ui-iv).
ÉDUCATION MATERNELLE iSS
nous nous enveloppons pour ainsi dire de ce sol, de ces arbres, de ces plantes nées avec nous, et nous voudrions que l'univers commençât et finit pour nous avec les murs de ce pauvre enclos ! Ce jardin paternel a encore maintenant le même aspect. Les arbres un peu vieillis commencent seulement à tapisser leurs troncs de taches de mousse; les bordures de roses et d'œillets ont empiété sur le sable, rétréci les sentiers bordures traînent leurs filaments où les pieds s'embarrassent. Deux rossignols ebantent encore |e> nuits d'été dans le< dèui berceaux déserts. Les trois sapins plantés par ma mère ont encore dans leurs rameaux les mêmes brises mélodieuses. Le soleil a le même éclat sur les nues à son couchant. On \ jouit du même silence, interrompu seulement «le temps en temps par le tintement des Angélus dans le clocher, ou par la cadence monotone et assoupissante des Qéaux qui battent le blé sur les aires dans les granges. Mai> le> herbes parasites, les ronces, les grandes mauves bleues s'élèvent par touffes épaisses entre les rosiers. Le lierre épaissit ses draperies déchirées contre les murs1. Il empiète chaque année davantage sur les fenêtres toujours fermées de la chambre de notre mère : et quand par hasard je m'y promène et que je m'y oublie un moment, je ne suis arraché à ma solitude que par les pas du vieux vigneronqui nous servait de jardinier dans ces jours-là, et qui revient de temps en temps visiter ses plantes comme moi mes souvenirs, mes apparitions et mes regrets.
ÉDUCATION V ITBRNELLB
Lamartine parle longuement, dans les Confidences, de l'éducation que si-, sœurs el lui reçurent de leur mire. Voici l'un des principaux es de celle partie du récit.
Toutes nos leçons de religion se bornaient pour elle à être cligieuse devant nous et avec nous. La perpétuelle ell'usion