AMIS
Elle n'est pas perdue.
Ah', vous aimez?
Quidonc'aimerait, je vous prie?
La sensibilité fait ^--^^^^^J^^jX^ à s'enflammer. Le cœur d'un vrai poète .tpiomP^ ^.^^ ^.^^^
Et l'on ne l'est qu'autant que l on
^ DORANTE
, A (haut.) , ^
{à part.) OnP le est votre bergère/
Je le crois mon rival. Quelle esi
M/fE 1, SCÈNE 111. 65
DAMIS
De la vôtre pour moi le nom fut un niyslère ; Q^e lenom'^debmieuuepuUse eu être „u pour
DORANTE. l^vuua.
Et votre sort, monsieur, sans doute. . .
Est des plus doux.
DORANTE
Une plume si tendre a de quoi plaire aux belles-
DAMlS.
Ce jour vous en dira peut-être des nouvelles.
DORANTE
Ceiour?
DAMiS.
Est un grand jour.
DORANTE
{à part.) {haut.}
Ah! c'est Lucile. Oli ça!
Si vous ne la nommez, du moins dépeignez-là.
DAMlS.
Je le voudrais.
DORANTE
[à part.) A qui tient-il? Son froid me tue
DAMlS.
Je ne le puis.
DORANTE
Pourquoi?
Je ne l'ai jamais vue.
DORANTE
[à part.) (haut.) C'est elle. Expliquez-vous.
64 LA METROMANIE.
DAMIS
Les termes sont fort clairs.
DORANTE
D'où naîtraient donc vos feux?
DAMIS
De son goût pour les vers.
DORANTE
(bas.) De son goût pour les versl Mon infortune est sûre: Mais n'importe; feignons, et poussons l'aventure.
DAMIS
Qu'est-ce donc ? Qu'avcz-vous ? D'où vient tant d'rt parie ?
DORANTE
De mon premier objet c'est trop m'être écarté. Revenons au plaisir que de vous j'ose attendre.
DAMlS.
Parlez: me voilà prêt. Que faut-il entreprendre?
Donnez-moi pour acteur à monsieur Francaleu. Je me sens du talent; et je voudrais un peu, En m'essayant chez lui, voir ce que je sais faire.
DAMIS
Venez.
DORANTE
Mon nom pourrait me nuire.
DAMlS.
Il faut le taire.
Vous êtes mon ami; ce titre suffira.
Ecoutez seulement les vers qu'il vous lira. C'est un fort galant homme, excellent caractère. Bon ami , bon mari , bon citoyen , bon père ;
\CTE I, SCÈNE m. Gi
Mais à l'humanité, si parfait qu'on le fut, Toujours, par quelque faible, on paya le tribut. Le sien est de vouloir rimer malgré Minerve; De s'être, en cheveux gris , avisé de sa verve ; Si l'on peut nommer verve une démangeaison Qui fait honte à la rime, ainsi qu'à la raison. Et malheureusement ce qui vicie abonde.
Du torrent de ses vers sans cesse il nous inonde. Tout le premier lui-njème il en raille, il en rit. Grimace ! l'auteur perce ; il les lit , les relit, Prétend qu'ilsfassent rire; et, pour peu qu'on en rie, Le poignard sur la gorge, en fait prendre copie , Rentre en fougue, s'acharne impitoyablement. Et, charmé du flatteur, le paie en l'assommant.
DORANTE
Oh ! je suis patient. Je veux lasser votre homme; Et que de l'encensoir ce soit moi qui l'assomme !
Pour moi, je meurs, je tombe, écrasé sous le faix.
DORAMTK.
Qui vous retient chez lui ?
DAMlS.
Des raisons que je tais ; Et je m'y plairais fort, sans sa muse funeste Dont le poison maudit nous glace et nous empeste. Heureux, quand mon esprit vole à sa région, S'il n'y porte pas l'air de la contagion ! Le voici. Tout le corps me frissonne à l'approcJie Du griffonnage affreux qu'il a toujours cjî poche.
06 LA METKOMAINIE.