ACTE IV, SCENE VIII. û4i
Quelle raison peut donc si fort intéresser A ce fatal hymen où l'on veut me forcer? Les droits que la naissance attache à ma personne? Eh ! s'il m'en reste encor , je vous les abandonne. I.a forUiae aujourd'hui vous les a confirmes : Jouissez-en! jamais les ai-je réclamés?
C es droits , depuis dix ans , cédésau droitdesarmes, Ont-ils eu jusqu'ici quelque part à mes larmes? Les ai-je un seul instant regrettes? Non, seigneur. Toute ambition cesse où règne la douleur. De mon père égorgé la déplorable image , De mon amant jiroscrit la mort ou l'esclavage, Son rival importun, l'horreur de ma prison; Occupaient de trop près mon cœur et ma raison. Aux soupçons toutefois si votre âme est livrée, Dans le séjour affreux dont vous m'avez tirée Renvoyez-moi traîner le reste de mes jours ! Ou moins sévère, hélas I terminez en le cours. Mais ne me forcez point à me noircir d'un crime ; A trahir un amant Gdèle et magnanime, A qui ma bouche a fait les sermens les plus doux, Qu'elle a même déjà nommé du nom d'époux I Veut-on qu'Adélaïde infidellel parjure...?
CHRISTIERNE. [ jorc !
Rompons, rompons le nœud d'où naîtrait cette in- Gustave, en expirant, va vous en affranchir. Je ne vous laisse plus le temps d'y réfléchir. Aussi bien l'on conspire ; et je dois un exemple. Holà , gardes !
ADÉLAÏDE
Seigneur I qu'on me conduise au temple 1 Contentez Frédéric , et le faites chercher !
PIRON. T. I. l4
a^a GUSTAVli-WASA.
Qu'il vienne ! sur ses pas je suis prête à marcher.
CIIRISTIERNE.
De vous servir encor vous le croyez capable. Maisvous comptez envain sur l'appui d'un coupable Qui , trop long-temps rebelle à mon autorité . Lui-même ici n'a plus ni voix ni liberté, ]\ous saurons achever sans lui c(!t hyménce. Venez , madame.
ADELAÏDE
A qui suis-]e donc destinée.' Quel est celui, seigneur, à qui vous prétendez...?
CinSTIERNE.
Le nord n'a plus de reine, et vous le demandez? Venez mettre, madame , un teimeà vos disgrâces; Surmonter votre haine , en effacer les traces. Sauver en partageant le rang dont je jouis. Gustave , Léonor , et tout votre pays... Rodolphe deretour! que vieudrais-tum'apprendre?