ACTE, IV SCÈNE I. i3i
I Ceux qui l'ont séparé d'avec son adversaire I Disent qu'il s'y prenait en brave cavalier, Et pour un bel esprit, qu'il est franc du collier.
MONDOn.
Il n'est sorte de gloire à laquelle il ne coure : Le bel esprit en nous n'exclut pas la bravoure. D'ailleurs ne dit-on pas tels gens, tel patron ; Et dès que je le sers, peut-il être un poltron?
LISETTE
Voilà donc cet amour dont j'étais ignorante , Et que j'ai cru toujours un rêve de Dorante?
MONDOR
Mon maître ne dit mot; mais, à la vérité , Ce combat-là tient bien de la rivalité. En ce cas, mon adresse a tout fait.
LISETTE
Ton adresse ?
MONDOR
Oui. J'ai de sa conquête honoré ta maîtresse. Celle qu'il recherchait ne me convenant pas, De Lucile à propos j'ai vanté les appas. Lui conseillant d'avoir souvent les yeux sur elle, Et de mettre un peu l'une et l'aulre en parallèle. Il parait qu'il n'a pas négligé mes avis.
LISETTE
il se repentirait de les avoir suivis.
Envers et contre tous je protège Dorante.
MONUOR.
Gageons que, malgré toi, mon maître le sup- Car étant ué poète au suprême degré, [plante. Lucile va d'abord le trouver à son gré.
i32 LA MÉTROMANIE.
Monsieur de Francaleu déjà l'aime et l'estime. Du père de Dorante il n'est pas moins l'intime; Et je porte un billet à ce père adressé , Qu'après s'être battu sur l'heure il a tracé. Sachant des deux vieillards la mésintelligence , Il mande à celui-ci , selon toute apparence, De rappeler un fils qui fait ici l'amour, Et dont l'entêtement croîtrait de jour en jour. Il saura là-dessus le rendre impitoyable. S'il aime enfin Lucile, ainsi qu'il est croyable , Prends de mes almanachs, et tiens pour assuré Que le bonheur de l'autre est fort aventuré.
LISETTE
Mais cet autre avec qui je suis de connivence A pris, depuis un mois, terriblement l'avance. J'ai vu pâlir Lucile au récit du combat. D'une tendre fraveur le cœur encore lui bat. Lucile s'est émue, et c'est pour lui , te dis-je Il a visiblement tout l'honneur du prodige. Depuis ils se sont même entretenus long-temps, Et s'étaient séparés l'un de l'autre contens, Lorsque dans cet esprit soupçonneux à la rage. Ma présence équivoque a ramené l'orage; Mais le calme ne tient qu'à l'éclaircissement Qui coulera ton maître à fond dans le moment.
MONDOi;.
Je réponds de la barque, en dépit de Neptune, Songe donc qu'elle porte un poète et sa fortune! Telle gloire le peut couronner aujourd'hui . Qui mettrait père et fille à genoux devant lui. De ce coup décisif l'instant fatal approche, [proche. L'amoui- m'arrachera un temps que l'houneur me -re