‹ Œuvres choisies d'Alexis PironChapitre 68 sur 235 · ACTE IV, SCENE VU · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE VU

Que je vous aie aimée autant que je vous hais!

(Jl fait quelques pas pour s'en aller.) LISETTE, bas.

l)onnons-nous à notre aise ici la comédie , Car il va revenir.

{Elle s'assied à lUin des coins du théâtre, en face

du parterre , et lève réventail du côté par ait

Dorante peut l'aborder.) DORANTE, croyant voir d.A.nr- cette attitude Rembarras d'une personne confondue, et sans avancer. Monstre de perfidie I Pouvoir ainsi passer, d'abord et sans égard , Des mains de la Nature à ce comble de l'art ! M'avoir peint ce rival comme le moins à craindre ! M'avoir persuadé presque au point de le plaindre! Qu'avez-vons prétendu par cette trahison ? Pourquoi , d'un vain espoir y mêlant le poison , Me venir étaler d'obligeantes alarmes ?

Me dire, en paraissant ]irêlc à verser des larmes, "Dorante, ou je fléchis mon père, ou de mes jours, » A l'asile où j'étais, je consacre le cours.» Quels étaient vos desseins? Répondez-moi, cruelle. JVe les dois-je imputer qu'à l'orgueil d'une belle, Qui , jalouse des droits d'un éclat peu commun. Veut gagner tons les cœurs et ne pas en perdre un? Ce reproche fût il le seul que j'eusse à faire ! Mais bêlas I malgré moi la vérité m'éclaire. Ce rival, dès long-temps, est le rivalaimé. C'est pour lui que j'ai vu votre front alarmé ; Et quand vous me disiez que j'en étais la cause, Quand vous me promettiez bien plus que l'amour n'ose ,

PIRON. T. I. g

ii6 L\ MÉTHOMAME.

C'est que de votre amant vous protégiez les jours,

Et vouliez ralentir la vengeance où je cours.

Oui, j "y vole; on ne Ta tantôt que différée ;

Et ma rage, à vos yeux , l'aurait déjà tirée ;

J'attaquais devant vous le traître en arrivant,

Si je n'eusse voulu jouir auparavant

De la confusion qui vous ferme la bouche?

Que ma plainte à présent vous révolte ou vous

touche; Repentez-vous ou non de m'avoir outragé ; Vous ne me ven-ez plus que mort ou vengé.

LISETTE

Dorante.

DORANTE

Je m'arrête au cri de l'infidèle! [ t-elle Elle tremble, il est vrai : mais pour qui trembJe- Wimporte: je l'adore ; écoutons-la. Parlez.

(s(^ rapproclia/it. ) Je veux encor, je veux tout ce que vous voulez. Rejetons le passé sur l'inexpérience :

Et redemandez-moi toute ma confiance.

Un regard; un seul mot n'a qu'à vous échapper. Mon cœur vous aidera lui-même à me tromper. Ah I Lucile ! ai-je pu sitôt perdre le votre? Vous me haïssez !

LISETTE , tendrement Non.

nORASTE.

Vous en aimez un a^utreT

LISETTE

Eh Don !

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