ACTE I, SCENE II
DORAPJTK.
Pourquoi ?
LISETTE
Si monsieur vous trouvait? songez donc où vous
êtes.
Y pensez-vous , d'oser venir, comme vous faites , Chez un homme avec qui votre père eu procès...?
DOBANTE.
Bon ! m'a-il jamais vu ni de loin ni de près ? Je vois le parc ouvert: j'eutre.
LISETTE
Vous ledirai-je?
Eussiez-vous cent fois plus d'audace et de manège, Lucile même à nous daignât-elle s'unir, Je ne sais trop comment vous pourrez l'obtenir.
DORANTE
Oh ! Je le sais bien , moi. Mon père m'idolâtre :
Il n'a que moi d'enfans ; je suis opiniâtre.
Je le veux; qu'il le veuille : (autrement j'ai des
mœurs) Je ne lui manque point ; mais je fais pis : je meurs.
LISETTE
Mais si le grand procès qu'il a . .
Qu'il y renonce.
Le père de Lucile a gagné. Je prononce.
LISETTE
Mais si votre père ose en appeler?
DORANTE
Jamais.
LISETTE
Mais si...
56 LA METROMANIE.
DORANTE
Finis, de grâce, et laisse là tes raais.
LISETTE
Croyez-vous donc, monsieur , vous seul avoir un Le nôtre y voudra-t-il consentir ? [ père.
DORANTE
Je L'espère.
LISETTE
Moi je l'espère peu.
DORANTE
Sois en paix là-dessus.
LISETTE
Le vieillard est entier.
Lejeune homme encorplus.
LISETTE
Lucile est un parti...
DORANTE
Je suis bon pour Lucile.
LISETTE
Elle a cent mille écus.
DORANTE
J'en aurai deux cent mille.
LISETTE
Mais vous aimera-t-elle ?
DORANTE
Ahl laisse là ta peur I Quand je t'en vois douter, tu me perces le cœur.
LISETTE
Je VOUS l'ai dit cent fois ; c'est une nonchalante Qui s'abandonne au cours d'une vie indolente ; De l'amour d'elle-même éprise uniquement,
AGTK 1, SCiSNE II. ^7
incapable en cela cVaucim altachement.
hommes.
DORANTE
Enfm depais «nmois, sachons où nousen sommes.
File aime éperdument ces vers T^assionnés
Elle aime epc s nous donnez ;
Qui envers sôL de vous, e. qu'ils sonttaUs poar elle.
DORANTE
Qu'ils sont de moi! mais c'est mentir effrontément.
LISETTE
Eh bien! je mentirai -. mais j'aurai l'agrément mn^esser pour vous l'indifférence même.
DORANTE
I.ucile en est encore à savoir que je l'aime . oùc ne profitions -nous de la commodue Se CCS vers amoureux dont son goût est flatte ue cLs v<ri f.,;..o aicpment reconnaître j
\j t..^;v nnnvait m V lïHl^ '"'^ >
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LISETTE. ,
Eh non! vous dis je, non! Vous auriez tout §ate.
58 L\ METROMANIE.
L'indifférence incline à la sévérité.
11 fallait bien d'abord préparer toutes choses, De l'empire amoureux lui déplier les roses , L'induire à se vouloir baisser pour en cueillir. D'aise, eu lisant vos vers, je la vois tressaillir; Surtout quand un amour qui n'est plus guère en
Vogue Y brille sous le titre ou d'ydille ou d'églogue. Elle n'a plus l'esprit maintenant occupé Que des bords du Lignon , des vallons de Tempe, De bergers figurant quelques danses légères , Ou tout le jour assis aux pieds de leurs bergères , Et couronnes de fleurs , au son du chalumeau , Le soir, à pas comptés , regagnant le hameau. La voyant s'émouvoir à ces lades esquisses, Et de ces visions savourer les délices ; J'ai cru devoir mener tout doucement son cœur De l'amonr de l'ouvrage à l'amour de l'auteur.
DORANTE
C'est une églogue aussi qu'on lui prépare encore. Damis se lève exprès, chez vous, avant l'aurore.
LTSETTE.
Damis ?
DORANTE
L'auteur des riens dont ou fait tant de cas. Et sa rencontre ici, tout franc, ne me plaît pas.
LISETTE
Celui que nous nommons monsieur de l'Empirée?
DORANTE
Oui. Son talent chez nous lui donne aussi l'entrée. Mon père en est épris jusqu'à l'aimer, je croi ,