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ê dans cette circonstance des marques de saog-froid et même de gaieté dont
toutes les gazettes parlèrent dans le temps : « Ces coquins-là» dit- il, ne
s'attendent pas à répigiamme que Je ferai contre eux. »
Il arriva toutefois sain et sauf à Gonstantinople avec son illustre ami, et pana une partie de l'été dans la charmante retraite de Tarapia , située sur les confins de fEurope et de TAsie, à l'emboucbure de la mer Noire, où il avait sans cesse sous les yeux le magnifique spectacle des innombrables vaisseaux qui entrent de la mer rfoire dans le Bosphore et du Bosphore dans* la mer Noire ; cette foule de baniues légères qui se croisent k chaque instant sur ce bras de mer , et , sur l'autre bord , ces riantes prairies d'Asie , ombragées de beaux arbres, arrosées de plusieurs rivières et ornées d'un nombre infini de kiosques.
Cest dans ce lieu si propre aux inspin^tions poétiques qu'il travailla à son poème de Y Imagination , où sa muse flexible»et brillante a répandu tant d'intérêt et de richesses, et que l'on place au premier rang de ses compositions originales.
De retour à Paris au bout d'une année environ, Delille y reprit les fonctions qu'il remplissait avec tant d'éclat, soit dans l'université, soit au Collège de France, et se livra de nouveau à la société, qui se montrait chaque Jour plus empressée de l'accueillir. La révolution qui éclata vint Inentdt rarracher à ses travaux , à ses succès et à ses plaisirs , et lui enlever la fortune qu'il avait amassée : il s'en consola en faisant des vers ^ charmants sur la pauvreté ; mais ce qu'il ne put supporter avec la même résignation ftat la perte de ses amis, dont le sang ruisselait chaque jour sur les échafauds. Poursuivi lui-même et conduit devant un comité révolutionnaire , il y parut avec cette tranquillité d'âme qui ne l'abandonnait jamais que pour les afBictions d'autrui , et fut chaudement défendu par un compagnon maçon qu'il ne connaissait pas, et dont le principal argument fut qu'il ne fallait pas tuer tous les poètes , mais en conserver au moins quelques-uns pour chanter nos victoires. L'argument réussit, et le poSte fut sauvé. Il eut le courage de refuser, peu de temps après, un hymne que lui fit demander Robespierre pour la bizarre cérémonie à laquelle on donna le nom de Fête de VÉire Suprême, et répondit aux menaces qu'on lui faisait ; « Que la guillotine était fort commode et fort expéditive. » Cédant ensuite cependant aux instances réitérées que lui fit le président d'un comité révolutionnaire, il composa un dithyrambe, où il peignit avec autant d'énergie que de talent l'effrayante immortalité dn coupable et rinunortalité consolante de l'homme de bien.
Échappé, comme par miracle, à ces périlleuses épreuves, Delille quitta Paris en 1794, et se retira à Saint-Dié, patrie de la compagne fidèle qui partageait alors ses peines et devait bientôt soulager ses infirmités; C'est là qu'il termina un puvrage commencé depuis plus de vingt ans, sa traduction de V Enéide , dont 11 avait lu le iv* chant à l'Académie française, en 1776, et quelques fragments à Voltaire, qu'il était allé voir
à Ferney , en 1776. Cette traduction, que Ton trouve inférienie à celle des Géorgiques , mais qui n'en restera pas moins une portion durable de la gloire du Virgile français, ne fut publiée qu'en 1804 , et fut dédiée à rempereur Alexandre.
Après une année environ de séjour dans les Vosges» Delille s^éloigna définitivement de la France , toqjours en proie à Tanarcliie, et se réfugia à Bâle. Il s'y trouvait en 1796, lors de la retraite de Moreau et du bombardement d^Humngue, et se rendait souvent , dit*on , sur les bords du Kbin pour y contempler ce terrible spectacle , et suivre de Toeil le jeu et les effets de la bombe , qu'il a décrits d une manière si poétique dans le premier cbant de son beau poème des Trois Règne* de la Nature. Ce trait , qui rappelle celui de Vemet peignant une tempête au milieu de la mer en courroux, fut révoqué en doute par M. Daru,daus èoa Épitre à Delille :
Le croirai-je, qu'an lien de ces chants héroïques , Tranquille sous l'abri des rochers lielvétiques , Tu venais tous les jours , près du Rhin embrasé, Sous le fondre ennemi Tolr Huningue écrasé; SutTre dans l'air en flamme, aToe des yenx débiles. Os comètes d'airain qui renversaient nos villes;
Non , non : tes faux amis l'ont en vain publié ; Je ne le croirai point : ils t'ont calomnié.
« Oui sans doute , dit M. Amar, tous ceux qui ont personnellement connu le chantre de la Pitié savent assei combien il était in^pable, par caractère , de se faire un jeu barbare du spectacle de la destruction et de la mort , pour le spectacle lui-même ; mais ils conçoivent égidement qu\ine tête aussi éminemment poétique fût très-susceptible d'émotions nouveU les, qu'elle les recherchât et les reçût avec avidité, de quelque nature qu'elles fussent, et abstraction faite de l'objet qui les excitait. C'est ainsi qu'habitant peu de temps après le village de Glairesse, le seul aspect de Cette Ile de Saint-Pierre, dernière retraite du malheureux Rousseau, et si délicieusement décrite par lui , retrace tout à coup au poète de l'Imagination les infortunes, le génie, le caractère et les faiblesses du célèbre écrivain, et inspire à Uelille ce morceau d'une sensibiUré si vraie* si affectueuse , et d'une mélancolie si douce , dont il a enrichi le sixième chant de son poème. >
Le poète obtint du gouvernement de Berne le droit de bourgeoisie dans cette même île dont l'illustre pnisateur avait été banni ; et ce fut dans cette retraite paisible, embellie de tout ce que la nature peut offrir de plus enchanteur et de plus pittoresque, qu'il acheva le poème des Trois Règnes et celui de V Homme des Champs, oi| les Géorgiquet françaises, que l'on trouve supérieur au poème des Jardins , par l'intérôt du sujet et la régularité du plan.
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Apres Heiix ans de séjoar en Suisse, Delille se rendit à Brunswick, où fi composa le poème de la Pitié , dont le succès a été contesté avec tant d'aigreur, malgré les beautés qu'il renferme; il passa ensuite à Londres, où il traduisit le Paradis perdu , et donna une seconde édition du poémo des Jardins, enricliie de nouveaux éjMsodes, et de la description des parcs qu*il avait eu occasion de voir en Allemagne et en Angleterre >.
Ainsi , chaque pause de son exil était marquée par quelque nouvelle production de son talent. Mais cette suite non interrompue de travaux , qui dès longtemps avaient contribué à affaiblir la vue du poète, finit aussi par altérer sa santé. Sa traduction du Paradis perdu, quUl fit, dit-on, en l'espace de quinze mois, fut suivie d'une attaque de paralysie qui augmenta ses infirmités ; et lorsque dans la suite on le félicitait rar cette admirable traduction, que l'on trouve plus originale encore que celle des Géorgiques, il répondait qu'elle lui avait coûté la vie.
Cependant Tordre se rétablissait en France; les arts et les lettres y étaient remis en honneur, et les débris épars des quatre académies avaient été réunis, en 1795 , sous le nom d* Institut national. Delille ne répondit point alors aux vdeux «manimes de ce corps illustre, qui le réclamait, et ce ne fut qu'en 4802 , que , cédant enfin aux instances réitérées de ses nombreux amis, il renonça à son exil volontaire, et rentra dans sa patrie, a comme l'abeille rentre dans sa ruche» dit M. Michaud, chargé des trésors qu'il avait amassés dans ses courses lointaines. » Outre VHomme de^ Champs, qu'il avait fait paraître en IMO, Delille publia^ presque simulta« nément, la Pitié j VÉnéide^ le Paradis perdu, V Imagination , ei une nouvelle édition du poème des Jardins, Ces nombreuses publications, dont ou est peut-être moins redevable à la volonté de l'auteur qu'à l'insatiable avidité de gloire que sa femme avait pour lui , furent toujours accueillies avee transport, malgré les traits de Tenvie, qui s'efforçait de les déprécier ; et il n^en est pas une dont le succès n'ait été constaté par des réimpressions multipliées, et plusieurs d'entre elles par des traductions en diverses langues.
Réintégré dans ses fonctions de professeur au Collège de France, Defille entra enfin k rinstitut. Le jour où il y parut en séance publique fut pour
> On a généralement blâmé DeUlle d'à- suppression de ces vers , cités comme
voir ajouté à son poème des Jardina de exemple : longues descriptions de parcs étrangers.
C'était sans doute une dette à l'amitié Combien j aime Pârkplace où , content
etàrho.pitaUté,qu;ilpayatroplarge- L.3„.ba,s«de«r de, rois ,e plaît k.ivl^eî'sï';
ment. Aussi la première édition est-elle L<>asowe , «le Sheustone autrerois le «éjonr,
généralement préférée des Français. Où tout parle de vers, d'innocence et d'a- Nous avons cru rendre un service à Imonr;
Delille et aux lecteurs en supprimant S"»'" ^ non» «ployant son élégance agreste
<.«. I».»....» I <>. .»»!. ««.Ti. A^ .^. El Pain sliill, si charmant dans sa beauté ces longueurs. Lies noms seuls de ces ■ modeste
parcs, qui pour la plupart nous sont gt Bowton etFoxly.quc le bon goût planta^ inconnus , choquent nos oreilles; et Fier d'obéir lui-même aux lois qu'il noua ■Hlle personne de go&t ne regrettera la i <li<^
g NOTICE
lai an véritaMe triomphe , qui s'est renouvelé chaque fois qu'il s'y est montré. Il n'eût tenu qu'à lui d'obtenir, avec ces marques touchantes de l'estime et de l'admiration de ses contemporains, les faveurs d'une cour Jalouse de le compter au nombre de ses partisans ; mais rinébraiilable fermeté de sentiments qui l'avait fait braver les menaces de la terreur, le fit résister aux séductions du pouvoir impérial , et rien ne put le décider à consacrer à la gloire de Napoléon les accents d'une lyre qu'il avait vouée à retracer les malheurs de ses anciens maitres.
Cependant les infirmités de Delilte s'accroissaient x il était aveugle; mais les soins assidus de sa compagne , et ceux de ses amis, lui déroboient l'ennui de cette cruelle cécité. Chaque jour se rassemblait autour de lui un cercle de littérateurs et d'artistes distingués , de femmes charmantes qui s'empressaient à lui plaire et à lui offrir toutes les délices de la plus franche amitié. On sait avec quelle ingénieuse adresse ce cercle aimable se prêtait à l'entourer de toutes les jouissances auxquelles il avait attaché du prix dans sa jeunesse : témoin ce diner charmant qu'il crut faire au Cadran Bleu, pour lequel il avait une prédilection particulière, et qu'il lit au faubourg Saint-Germain , chez un de ses amis, où s'étaient réunis d'avance plusieurs membres de l'Académie, des gens de lettres, des artistes célèbres, des femmes aimables et l'élite des premierathéâtres de la capitale, qui, tous, s'étaient distribué différents rôles pour amuser l'honorable vieillard, lui rendre hommage, et lui retracer l'une de ces scènes popu> 1 aires auxquelles il se plaisait tant autrefois à assister au boulevart du Temple.
Cette scène, que la plume élégante de M. Bouilly a retracée de la manière la plus touchante , produisit sur Deiille une si complète illusion , le» rôles furent joués avec un ensemble, une gaieté , une précision si parfaite , qu'en reconnaissant son erreur, il doutait encore qu'il ne fût pas à son cher Cadran Bleuçmaàs, enfin désabusé par l'aveu même des acteurs, et ne pouvant plus résister aux diverses émotions qui remplissaient son âme , il s'écria, se laissant aller dans les bras de ses amis : t Ah ! comment exprimer ce que j'éprouve?... Quoi, tant de monde pour amuser un pauvre vieillard '.... Ce n'est qu'en France que l'on peut inventer une scène aussi délicieuse ; ce n'est que dans sa patrie que l'on peut recevoir de si touchants hommages... Mes amis, mes confrères , hommes aimables, artistes célèbres qui m'entourez , et vous , femmes chaniiantes , que je sens près de moi, et que je crois voir encore, puissiez-vous tous partager mon ivresse!... Ahl quand je ne serai plus, vous aurez le droit de vous dire : Nous avons prolongé la vie du poète-aveugle ; c*est parmi nous que Deiille passa le plus beau Jour de sa vie. »
Les heureuses qualités qui avaient attiré à Deiille des amis si empressés ne s'altérèrent point dans ses dernières années, et, malgré l'affaiblissetnent progressif de sa santé, il continua à cultiver les muses. Le poème de la Conversation f qui parut en 1812, et qui révéla dans l'auteur un nouveau
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genre de talent , celni de saisir et de peindre les travers de la société a?ec la justesse et la finesse caustique de la Brayëre , est le dernier ouvrage qu'il ait publié, mais non le dernier auquel il travailla : il s'occupait d'un poênie sur la vieiUesse» disant quelquefois à ses- amis qu'il n'était que trop plein de son sujet, lorsqu'il fut enlevé aux lettres et à ramitié , le 4*' mai 4 81 S, à rage de soixante-quinze ans.
Les plus grands honneurs furent prodigués à ses restes. Son corps , embaumé, resta durant plusieurs jours exposé sur un lit de parade, dans une des salles du Collège de France. L*Institut en corps, l'Université, et tout ce que la capitale avait de savants, d'hommes de lettres et d'artistes distingués, assistèrent à ses funéraiJles. Ses élèves, parmi lesquels se trouvaient des maîtres, portèrent son cercueil et pSyérent à sa mémoire, dans plusieurs discours éloquenta, le tribut de leur douleur et de leur admiration.
DeliUe avait donné, dans Tépître dédicatoire de son poème de l'Imagination, l'idée du modeste monument où il désirait que reposât un jour sa dépouille mortelle ;
Ma plas chère espérance et ma plas doace enyie ,
C'est de dormir aa bord d'un clair ruisseau , A l'ombre d'un vieux chêne ou d'un jeune arbrisseau : Que ce lien ne soit pas une profane enceinte : Que la religion y répande l'eau sainte ; Et que de notre foi le signe glorieux , Oà s'immola poor. nous le Rédempteur do- monde» M'assure , en sommeillant danA cette auit profonde ,. De mon réyeU victorieux.
La veuve du poète chrétien a rempli ces pieuses intentions aussi fidèlement que les circonstances locales le permettaient, en lui faisant élever, au cimetière du P. La Chaise, un mausolée où se trouve pour toute inscription : Jacques Delillb. Ces mots sont à eux seuls un grand éloge, car, en même temps qu'ils nous rappellent le souvenir d'une perte immense pour les lettres, ils retracent à notre pensée cette longue suite de travaux qui n*a fotigné que Tenvie, et qui portera le nom de- Jacques Delille à la postérité.
Aucun poète, en effet, ni dans l'antiquité, ni parmi les modernes, n^a laissé un plus grand nombre de vers et de beaux vers. S'il a souvent négligé l'invention et la régularité dans la conception et l'ensemble de ses poèmes, aucun écrivain n'a montré plus d'esprit et de goAt -, un sentiment plus exquis des mystères de notre versification, une connaissance plua approfondie des ressources de notre style poétique : personne n'a possédé à un plus haut degré l'art d'ennoblir les mots par leur emploi , de donner à ses idées un coloris plus brillant, à la langue une harmonie plus soutenue, et personne enfin n'a su répandre plus d'intérêt, de grâce et de richesses . dans les détails.
Sons le rapport des qaaUté» sociale», ce poêle n'a pas moins de droits a notre estime et à nos éloges : l'urbanité , la douceur de son caractère , la bonté de son cœur, la gaieté, le charme inimitable de sa conversation, lui attirèrent autant d^amis qu'il y eut de gens distingués à portée de le connaître. « Il racontait avec grâce , dit M. Duviquet , s^exprimait avec feu, ne parlait de lui qu'en reculant devant les provocations les plus pressantes, comme Horace ne récitait se» vers que lorsqu'il s'y voyait obligé par la reconnaissance ou par l'amitié. Frondait-il un ridicnle, ce qui lui arrivait assez souvent , il regardait autour de lui, et si le trait prêt à partir pouvait atteindre^ même indirectement , une personne de l'assemblée, il le retenait dans sa main, ou le laissait tomber à terre» Un caractère aussi liant et aussi aimable^e faisait rechercher dans les premières sociétés de la capitale ; i) y portait Tenjouement et la naïveté d*un enfant ; galant et respectueux auprès des dames ; libre , mais sans morgue et avec décence auprès des grands; applaudissant au succès , je ne dirai pas de ses rivaux ( depuis la mort de Voltaire il n'en avait plus ), mais de ses confrères ; si\r de sa supériorité, parce qn'il avait trop d'esprit pour la méconnaître, et trop aussi pour ne pas alfecter de Tignorer; comme il savait se taire, et que sa présence ne gênait point les parleurs, il observait en souriant « prenait ses notes, de mémoire, et le soir,^ rentré chez lui, les conGait à. ses tal>iettes. »
Si nous joignons à ce portrait celui que Ton attribue à sa veuve ellemême , nous aurui s une idée plus complète encore du caractère de l'homme célèbre qui a laissé dans la mémoire de ses amis de si doux souvenirs. « Deliile faisait remarquer, dit-elle, une grande conformité entre le caractère de ses écrits et sa physionomie : ils avaient de la noblesse, de la simplicité, de l'élévation, de Tesprit. de la franchise, de la gaieté et de la mélancolie. Mais c'était dans ses regards qu'il fallait chercher sa physionomie tout entière. Ils étaient si expressifs, qu'on ne voulait plus croire à leur extrême faiblesse, lorsque la conversation animait ses yeux, et qu'ils animaient la conversation. « Laissez-moi le voir, disait une femme « à quelqu'un qui s'était placé devant elle dans une société nombreuse « où il lisait un poème x quand je ne le vois pas , je ne l'entends plus. »
'< Sa sensibilité le rendait fidèle , non-seulement à ses amis, mais aux personnes qui l'intéressaient, aux lieux mêmes qu'il avait habités. Ses ou. vrages sont pleins de ses premiers souvenirs. Le commentaire de ses vers était toujours dans son cœur... Il semblait n'avoir aucune mémoire pour les choses de vanité; et quand il parlait de lui, il oubliait toujours les moments les plus brillants de sa gloire... Ses ouvrages Toccupaient beaucoup ; il aimait le travail; il détestait la publicité : s'il fût né avec un peu de fortune , il n'eût rien fait imprimer de son vivant. Il donnait des preuves de faiblesse dans les petites occasions; il était sublime dans les grands événements. Son Âme semblait appartenir tour à tour à la gaieté , à la mélancolie ; l'une se répandait dans sa conversation , l'autre
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liai» SCS ouvrages, ses entretiens avaient de la grâce, parce que , !oiijoars naturel et simple, il ignorait Taffectation, qui la détrnit. En général, il régnait un grand accord entre son esprit et son cœur ; il n'aurait 'pu se peindre, il ne se connaissait pas. U n'exprimait Jamais que ce qu'il avait éprouvé ou senti. Quoi qu'en aient dit des détracteurs injustes, J*ai vu souvent ses larmes suivre ou précéder les vers qu'il me dictait. L'envie de plaire cliez lui ressemblait à la vertu; inspiré par sa bienveillance naturelle , il taisait pour sa société ordinaire les mêmes frais que pour les cercles les plus nombreux. De toutes les vertus (|ui composaient son caractère , la reconnaissance était celle qu'il cultivait le plus soigneuscluent. L'ingratitude lui semblait le plus hideux des vices. U aimait l>eaucoup : il aimait d'être aimé. Il ne regrettait point la perte de sa fortune; mais il pleurait amèrement celle de ses amis. »
MM. Regnaud de Saint- Jean d'Angély, Amault et Delambre, ont prononcé l'éloge funèbre de Delille sur sa tombe. M. Campenon, son successeur à Tlnstitut, lui a payé un juste tribut d'éloges, ainsi que M. Tissot, qui l'a remplacé dans la chaire de poésie latine, au Collège «le France.