LIVRE II
Ainsi que les saisons , sa fortune varie : Ses agneaux au printemps peuplent sa bergerie ; L'été remplit sa grange, affaisse ses greniers; L'automne d'un doux poids fait gémir ses paniers; £t les derniers soleils , sur les cotes vineuses , Achèvent de mûrir les grappes paresseuses.
L'hiver vient; mais pour lui L'automne dure encor : Les bois donnent leurs fruits 7^ , l'huile coule à flots d'or. Cependant ses enfants , ses premières richesses , A son cou suspendus disputent ses caresses : Chez lui de la pudeur tout respecte les lois ; Le lait de ses troupeaux écume entre ses doigts ; Et ses chevreaux , tout fiers de leur corne naissante , Se font en bondissant une guerre innocente.
Les fêtes , je le vois partager ses loisirs Entre un culte pieux et d'utiles plaisirs : Il propose des prix à la force , à l'adresse ; L'un déploie en luttant sa nerveuse souplesse ; L'autre frappe le but d'un trait victorieux, Et d'un cri triomphant fait retentir les cieux.
SnsUnet; bioc armenta boum , meritosque Juvencos.
Nec requies quia aut pomis exuberet annus,
Aut fétu pecomm, aut cerealis mergite culmi,
Proventuque oueret sulcos , atque borrea vincat. Venit hiems : teritur Sicyonia bacca trapetis ; 520 Glande sues laeti redeunt ; dant arbuta silvae ;
Et variûs ponit fétus auctumnus , et alte
Mitis in apricis coquitur vindemia saxis.
Interea dulces pendent circum oscnla nati :
Casta pudicitiam servat domus ; ubera vacc®
Lactea demittunt ; pinguesque in gramine laeto
Inter se adversis luctantur cornibus baedi. Ipse dies agitât festos, (ususque per berbam ,
Ignis nbi in medio, et socii cratcra coronant.
Te, libans, Lenxe, vocat; pecorisque magistris 530 Velocis jaculi certamina ponit in ulmo ;
Corporaque agrcsti nudant prsdura palacstra. Uanc olim veteres vitam coluere Sabini :
tOO LES GÉORGIQUëS.
Ainsi les vieux Sablas vivaient dans l'innocence ; Ainsi des fiers Toscans s'agrandit la puissance ; Ainsi Rome, aujourd'hui reine des nations , Seule en sa vaste enceinte a renfermé sept monts. Même avant Jupiter, avant que Thomme impie Du sang des animaux osât souiller sa vie. Ainsi vivait Saturne : alors 4'afûreux soldats Au bruit des fiers clairons ne s'entr'égorgeaient pas; Et le marteau pesant, sur l'enclume bruyante. Ne forgeait point encx)re l'épée étincelante.
Mais ma seconde course a duré trop longtemps ; £t je dételle enfin mes coursiers haletants.