‹ Œuvres choisies de DelilleChapitre 43 sur 73 · LIVRE Iff · texte numérisé non relu

LIVRE Iff

Il ne sent plus le fouet , oje coimait plus les rênes;

Il vole ; il franchit tout , et les bois et les plaines ,

Et les rocs menaçants, et les gouffres profonds ,

Et les torrents enflés parles débris des monts.

L'horrible sanglier se prépare à la guerre ;

Il aiguise sa dent, il tourmente la terre :

Contre un chêne ridé s'endurcit aux assauts ,

Hérisse tous ses crins, et fond sur ses rivaux.

Que n'ose un jeune amant ^3 qu'un feu brûlant dévore !

L'insensé, pour jouir de l'objet qu'il adore ,

La nuit, au bruit des vents , aux lueurs de l'éclair,

Seul traverse à la nage une orageuse mer;

Il n entend ni les cieux qui grondent sur sa tête,

Ni le bruit des rochers battus par la tempête,

Ni ses tristes parents de douleur éperdus.

Ni son amante, hélas! qui meurt sMl ne vit plus.

Vois combattre 34 le lynx, le chien, le cerf lui-même; N'entends-tu pas le loup.hurler pour ce qu'il aime ? Des cavales surtout rien n'égale les feux ; Vénus même alluma leurs transports furieux , Quand, pour avoir frustré ^^ leur amoureuse ivresse, Elle livra Glaucus à leur dent vengeresse.

Non MopuU , nipe9({iie cavaD , alque objecta retardant FlumiDa, corrept08 anda torqaentia montes. Ipse mit, dentesqae Sabellicas exacait sus, Et pede prosubigit lerram, fricat arbore costas, Atque bine atque illinc hameros ad vulnera durât. Quid Juvenis , magnum oui versât in ossibos ignem nurus amor ? Nempe abmptis turbata proeellis 260 Nocte natat caeca serus fréta t quem super Ingens Porta tonat coeli , et scopnlis illisa reclamant iËquora; nec miseri possunt revocare parentes, Nec moritura super crudeli funere yirgo.

Quid lynces Bacchi varia) , et genus acre Inporum , Atque canum? Quid , qu» imbelles dant pnelia cervi ? Scilicet ante omnes furor est insignis equarum : Et nientem Venus ipsa dédit , qno tempore Gland Potniades malis membra absnmpsere quadrige.

1 r6 LES GÉORGIQUES.

LMmpérieux anofor conduit leurs pas errants

Sur le sommet des monts, à travers les torrents :

Surtout, lorsqu'aux beaux jours leur fureur se ranime,

D*un rocher solitaire elles gagnent la cime.

Là, leur bouche brûlante, ouverte aux doux zéphyrs,

Reçoit avidement leurs amoureux soupirs :

O prodige 3^ inouï ! le zéphyr les féconde.

Soudain du haut des rocs leur troupe vagabonde

Bondtt, se précipite et fuit dans les vallons;

Non vers les lieux blanchis^? par les premiers rayons ,

Mais vers ks champs du Nord, mais vers ces tristes plages

Où l'Autan pluvieux entasse les orages.

C'est alors qu'on les voit, dans l'ardeur de leurs feux ,

Distiller en courant l'hippomane amoureux ;

L'hippomane, filtré par la marâtre impie,

Qui joint au noir poison l'infernale magie.

Mais moi-même , où m'entraîne, où m'égare l'amour ?

Revenons : le temps vole, et s'enfuit sans retour.

Après les grands troupeaux , il est temps que je chante Des chèvres, des brebis la famille bêlante.

Ulas ducit amor trans Gargara, transque sonantem 270 Ascaniuin; superant montes, et flamiiia tranapU

Gonttnuo((ue , avidis ubi subdita flamma medullf»,

Vere magis, quia vere calor redit ossibus, ilix

Ore omnes vers» in Zepbyrum stant rupibus altis ,

Exceptantque levés auras : et sspe sine ullis

Coigugus, vento gravidx , mirabile dictu !

Saxa per et scc^ulos et depressas convalles

Diffugiunt , non , Eure, tuos, neque solis ad ortus ,

lu Boream Caurumque , aut unde nigerrimus Auster

Nascitur, et pluvio contristat frigore cœlum. SSO Hic demum, bippomanes vero quod nomine dicunt

Pastores, lentum destillat ab inguine virus :

Hippomanes, quod sxpe maie légère novercs,

Miscueruntque berbas » et non innoxia verba.

Sed fugit interea , fugit irreparabile tempus.

Singula dum capti circumvectamur amore.

Hoc satis aruicnlis. Superat pars altéra curx ,

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