‹ Œuvres choisies de DelilleChapitre 67 sur 73 · LIVRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IL

* Et toi de qui la maia vint m'ouvrir la barrière.

J*ai rapproché dans le texte et dans ma traduction ces denx inTocations, que d'habiles commentateurs ont cm avoir été mal à propos séparées.

' Lm «iw, eana iasplorer des eoiiis iafraetoesa.

n 7 a dans le texte : nulUt h&minum cogenHbut , ip$e sponte sua ve* niunt. Quelques conftneutatenrs ont faussement accusé Virgile en cet endroit d'une erreur de physique. Virgile veut dire qu'il y a des arbres qui viennent, non pas sans semence, mais seulement sans avoir été semés de main d'homme. Il est ridicule d'imaginer que Virgile et les Romains , «|ul vivaient si habituellement à la campagne , et qui observaient si bie i la nature, aient méconnu les siliques du genêt, les chatons du saule, du peuplier, de l'osier, lesquels sont d'autant plus apparents, que les fleurs paraissent avant les feuilles, et ornent la nudité de l'arbre avant qu'il ait recouvré sa verdure.

* D'aatret ftarent semM. . •

Il y a dans le texte potito de géminé. Le mot potito édaircit ce que J*ai dit plus haut; il signifie une semence déposée, non par le hasard, mais par l'homme.

'* Ainsi le cerialer aime à voir sona ion ombre S'élerer ses eafants. . .

Le cerisier était un arbre nouveau parmi les Romains du temps de TIrgile. Pline nous apprend que LuculliA le transporta du Pont en Italie, après la défaite de Mithridate.

* Tek , mu lee Mine de l'art , d'elle-même autrefois La natare enfknta les vergers et les bois.

Virgile a marqué les trois manières naturelles dont les arbres peuvent Aaltre , ou d'une semence que le hasard a fait germer, ou d'une sememre déposée par l'homme , ou enfin de rejetons ; maintenant il va parier des manières artificielles de multiplier les arbres.

■f Un aride oliyier , surpassant ces prodiges , Des éclats d'un Tienz tronc poussent de jeunes tiges.

Laoerda assure qu'il a été témoin de cette reproduction merveillense en Espagne , où il écrivait son commentaire sur Virgile. On a remarqué près d'OUioule^quiest à une lieue de Toulon, et sur la route de Toulon à

nières, que la plupart des oliviers sont det rejetons des ancieiHiM lifM qui moururent dans l'hiver de 1709.

> Couvrons de pampre lsinare« et Taborne d'olivet. L'Ismare est une montagne de la Thraoe, et le Tabume une montai^ne de la Campanie. La première était fertile en excellents vins, la seconde en oliviers. On la nomme a^)oard'hui Taburo,

* L'arbre né de lai-même. , .

VirgiJe , après avoir décrit les manières naturelles et artificielles dont se niulliplient les arbres , revient maintenant à ceux qui naissent natufelle^ ment, et nous apprend comment l'art peut les rendre fertiles.

* Mais ckaeaa d'eux exige un art qa'il Inat connaître.

VirgOe , après avoir dit comment il faut perfectionner les arbres nés natorellement, revient aux moyens artifidêb, et nous apprend lequel de ces moyens convient plus particulièreqient à chaque espèce d*arbres : ainsi les uns veulent être provignés» d'autres transplantés, d*autres greffés.

** De trônons enfouis l'olivier vent renaître. Golnmelle a dit de même : Melius troncù quam planH» oKvetum eotU' iituitur. J'ai rendu trunds par tronçons , parce qu'en latin truncus ne «ignifie pas seulement le corps , mais encore les différentes parties d'un arbre; et Columelle remploie dans ce sens. Truncus dans ce vers est opposé ft propagine,

'* D*an nuncan sort un myrte agréable à Vénai. Il y a dans le texte sokdo de robore, qui veut dire« Je crois, une forte branche. An reste , tout ce morceau est différenmient interprété par les différents commentateurs. Quelques agriculteurs assurent, contre le sentiment de Virgile, que le chône. le sapin, le pabnier, ne peuvent venir qu^ de semence. Cependant il ne faut pas accuser trop légèrement Virgile d'erreur, il vaut mieux croire que la différence de climat et de culture a fait regarder mal à propos comme impossible ce qui était praticable chez les Romains,

" L'arbre de Jupiter, celui du flis d'Alemène... Le premier de ces arbres est le chêne, et le second le peuplier. Virgile a dit dans une de ses églogues :

Popnlns Aldd» gratissima.

" D'antres seront greffés...

Ce morceau a été très-critiqué pour la partie agronomique. On prétend qu'on ne peut greffer un arbre que sur un arbre de la même espèce ; qu'un frêne ne peut pas porter des poires , ni un orme des glands. Plusieurs expériences récentes prouvent le contraire* et justi6ent Virgile. La seule difficulté qui sToppose à cette alliance d^arbres de différentes espèces , c*est «lue la sève est plus hâtive dans les uns et plus tardive dans les autres. Si donc on peut accélérer ou retarder la sève dans les sujets selon le

itute était une Ile de U même mer. Il est probable que le Yin maré(»tide était du Tin d'Egypte, près du lac Haréotis. Honoe , en parlant de Cléopfttre , dit i menlemque lymphatam MareoUco redegit i» veros tin^m.

On ignore d*où Tient le nom pùthia : on sait aeniement qve le raisin de cette Tignë se sécbait au soleil ou au feu, et qu'on en exprimait le fin cuit ! dans quelques-unes de nos provinces méridionales on fait encore de cette sorte de Tin. Les Latins appelaient ce raisin passum, du moi pati, parce qu'il soutTrait le soleil et le feu.

Lageos Tient, dit-on , de Xaycooç, lihfre, parce que ce Tin en aTait la couleur. Pline nous apprend que c'était cbex les Romains un Tin étranger, ainsi que le Tin de Thase et de Maréotide.

Preciœ Teut dire, si l'on en croit Servius , du raisin précoce» du mot prœcoquœ.

Le Tin de Rhétie se recnelllaft sur les contins de lltalie. Auguste , dit Suétone, Taimait beaucoup : cela n'empêche point Virgile de le mettre bien au-dessous du Faleme. Sous quelques empereurs peut-être en auraitil coûté la Tie à quiconque aurait osé ne mettre qu'au second rang le via faTOri de l'empereur.

Faleme était une montagne de la Campante où l'on recueillait cet excellent Tin tant vanté par les poètes. Je suis surpris que Virgile n'ait point parié du Gécube , si célébré par Horace. Virgile appelle TAminée ^rmiasima , c'est-à-dire un Tin qui a du corps et qui se soutient longtemps; Columelle lui donne le même éloge.

Le Tmole , qui était fertile en safran , Tétait aussi en excellent vin. On voit à Pouzxole une base dédiée à Tibère, sur laquelle sont quatre Bgures en bas-relief, représentant quatre provinces d'Asie avec leurs attributs , et le nom des figures au bas de chacune Le Tmole y est représenté en Bacchns, sans doute à cause de l'abondance et de la bonté de son vin. Dans la collection de mylord Pembrock il y a un buste du Tmole couronné de raisins et de pampres. Ganini , dans son Iconographia , a ...' graver une médaille qui représente un vieillard couronné aussi de raisins , avec ce mot TficoXoc ; sur le revers est une figure qui tient dans sa main droite un vase incliné, avec cette inscription £ap5tavâv , parce que le mont Tmolus était près de la ville de Sardes. Tous ces monuments prouvent combien le vin qu'on y recueillait était estimé. Je ne doute pas que nos peintres et nos sculpteurs, s'ils avaient à caractériser la Cliampagne ou la Bourgogne , ne fissent le même honneur à leurs vins.

Le vin de Phanée était le même que celui de Chio, tIe de la mer Egée. 11 a eu , comme les autres vins fameux, l'honneur d*être chanté par Horace. L'épithète rex, si Ton en croit Servius, est empruntée de Lucinius,

qui dit, Xte; te Sovàcmiç.

Le mot Argitis, à ce que Ton croit, vient d' A rgos. Tille du Pélopon. nc^se , aujourd'hui la Uorée. La petite espèce était apparemment plus estimée que la grande.

NOTES DE LIVRE ir. 187

Le vin oq le radsUi de Rhodes se présentait an dessert ; c'était le moment où l'on faisait des libations en l'tiounear des dieux.

Le bumaste était an gros raisin, qui tire son nom du root grec qui signifie mamelle de vache. On connaît encore en Italie» et surtout à Florence , un gros raisin rouge qui se présente au dessert.

^ Mais qui pourrait compter et nommer tons ces tïos?

Pline nous apprend que Démocrite seul avait cru qa*on pouvait compter les diverses espèces de vin. Je ne conçois guère mieux la possilMlité que rutilité d'un pareil calcul.

^ Tout sol enfin n'est pas propice i tonte plante.

Virgile» après avoir traité de la diversité des arbres et de leurs espèces, parle maintenant des terrains les plus propres à chacun d'eux. Chaque sol, chaque climat produit des arbres différents. On a poussé trop loin celte maxime, qui nous a longtemps privés des productions étrangères. L'usage nous apprend tous les jours qu'une foule d*arbres et de plantes qu'on croyait ennemis de notre climat peuvent s'y naturaliser. Les différents pays font tous les jours «tes échanges de végétaux. La vigne était autrefois inconnue aux Gaules; elle y réussit mieux aujourd'hui qu'en Italie même. Ainsi, quoiqu'il soit vrai de dire quMl faut consulter la nature du terrain, il n'est pas moins vrai qu'il faut se défier des préjugea qui semblent avoir consacré pour jamais tel sol et tel climat à telles ou telles productions,

^ Sar les rives du Gange on voit noircir l'ébène.

L'ébène est un bois des Indes » dur et pesant , propre à recevoir le pins beau poli. Il y en a de trois sortes , le noir , le rouge et le vert : on trouve ces trois sortes à Madagascar; l'Ile de Saint-Maurice fournit une partie de celui qu'on emploie en Europe. On n'est pas d'accord sur la nature de l'arbre qui donne l'ébène noire. Ce bois parut à Rome pour la première fois lorsque Pompée triompha de Mithridate. Pline dit qu'étant brôlé il répand une odeur agréable, ce qui a fait croire que cette ébène n'était pas semblable à la nôtre, et que ce pouvait être une espèce de bois do galac.

'^ LA , d'an tendre duvet les arbres sont blaaebis.

Le cotonnier dont il s'agit ici est nn arbuste qui s'élÊvc à la hauteur de huit à nenf pieds; son fruit, arrondi intérieurement et divisé en quatre ou cinq loges, s'ouvre par le haut pour laisser sortir les semences enveloppées d'une espèce de laine propre à être filée, et qu'on nomme coton, du nom de la plante.

9* Ici d'un fil doré les bois sont enrichis.

Ijca Romains, qui n'avaient point de commerce immédiat avec la Chine, et chez qui la soie n'arrivait qu'après avoir passé par bien des mains étrangères, avaient entendu dire qu'on la recueillait sur des arbres ; d'où ils con-

188 LES GÉ0R6IQUES.

cluaient qu'elle était la production des arbres mêmes. Or , nous savons an* jourd'hui que Ton trouve à la Chine une espèce de ver à soie, aussi coni' mune que le sont les chenilles en Europe, qui se nourrit et se métamorphose sur toutes sortes d^arbres, et une autre qui couvre de ses fils les arbres mêmes. Les étoffes de soie, que les Romains achetaient au poids de l'or, n*étaient que des gazes, qui laissaient voir ce qu'elles paraissaient couvrir. Outre la raison de bienséance, une sage politique eugageait les Romains à interdire la soie : ils craignaient avec raison que le libre achat de cette précieuse marchandise ne fit passer aux extrémités de l'Orient des sommes immenses qui ne reviendraient point dans TEmpire. Il semble que la nature, en donnant la soie au genre humain , nous a fait un présent très-équivoque : si d'un côté la soie est une source d'agréments, de commodités, de richesses , de Tautre elle est nuisible au progrès de l'agriculture : plus l'usage de la soie est commun, moins on a besoin de laine, moins on nour> rit de troupeaux, moins on a d'engrais pour fertiliser les terres. Cette raison, quoique vieille, n*en est pas moins sensée t c'était elle qui avait prévenu le sage Sully contre les manufactures d'étoffes de soie. Peut-être ne devrait-on les admettre que dans les pays' stériles , ou dans ceux qui regorgent d'habitants et de cnltivatenrs, comme la Chine. (LaBlbttbbie.)

^ Le Mil da vert acanthe admire les feaillages.

Virgile a fait souvent mention de l'acanthe dans le quatrième livre : il le représente comme une plante flexible et tortueuse.

Fleû tacuimem Timen acantbi.

Dans la quatrième églogue il ep parle comme d'une plahte très-agréable :

Miztaqne ridentt colocasia fandet aeantbo.

On a supposé , peut-être avec assez de raison , qu'il y avait deux sortes d'acanthe , dont l'une est une plante d'Egypte , et l'autre une plante à laquelle ont rapport les passages que j'ai cités. L'arbre est décrit par Théophraste. Selon lui , il est nommé acanthes , parce qu'à l'exception de sa tige, il est tout hérissé d'épines ; sa fleur est belle, et employée par les médecins. Il donne une espèce de gomme. D'après la description qu'en fut Théophraste , il semble que c'est l'acacia d'Egypte , d'où l'on tire ce qu^on appelle la gomme arabique. Le suc qu'on exprime des siliques de l'acacia, avant qu'elles soient mûres, s'emploie maintenant au Caire- Prosper Alpin, qui a recueilli lui-même la gomme de cet arbre, assure qu'il est le seul dans l'Arabie et dans l'Egypte qui en produise. Je parlerai de l'autre espèce d'acanthe dans les notes du quatrième livre.

*^ Le baume , heureux Jourdain , parfume tes rivages.

Pliue dit que le baume est un arbuste qui ne croit que dans la Judée, et qui ne se trouvait autrefois que dans les jardins du roi. Yespasien et 11tu^ firent voir à Rome cet arbuste dans la cérémonie de leur tiiomphe , ^rës avoir terminé la guerre contre les Juifs. Les Juifs, ajoule-t*il, traitèrent

cette plante comme eux-mêmes, en s'efforçant de la détruire , afin que les Romains ne pussent s'en rendre maîtres : les Romains en prirent la défense, et l'on combattit pour un aii)uste.

Il ressemble plus à la Tigne qu'au myrte : on le coupe ayec le verre ou des couteaux de pierre ou d*os : on appelle opobalsamum la liqueur qui coule de la plaie , etc. Josèphe dit que cette plante avait été apportéed'Egypte en Judée, et qu'elle fut donnée à Salomon par une reine d'Egypte et d'Ethiopie. (Oesfontaines.)

•^> Et rinde an bord des mers voit monter ses forêts. Il y a dans le texte : extremi sinus orbis : c'est le golfe du Gange ; c'était Textrémité du monde connu. On peut lire dans Quinte-Curce, livre IX , la description des forêts dont parle ici Virgile. Pline a mis en prose ces vers de Virgile : Arbores quidem tantœ procerilatis traduntur, ut sagiitis superari nequeant,

32 Vols les arbres du Mède, et son orange amère.. .

L'arbre que décrit Virgile n'est autre chose que le citronnier; les Grecs l'appelaient medicum , et les Latins citrium. Virgile en parle comme d'un contre-poison efficace; Athénée, qui lui attribue le même effet, en citenm exemple remarquable. Un gouverneur d'Egypte avait condamné deux malfaiteurs à mourir de la morsure des serpents : comme on les conduisait au lieu du supplice, une personne, touchée de leur sort, leur donna à manger un citron, qui les préserva du venin des serpents. Le gouverneur, surpris, demanda ce qu'ils avaient mangé ou bu ce jour-là : on lui répondit qu'ils n'avaient mangé que du citron. Il ordonna que le jour suivant on en donnerait à l'un des deux seulement. Celui-là fut sauvé une seconde fois, l'autre périt sur-le-champ. Cette histoire a bien l'air d'un conte. Virgile attribue au fruit de cet arbre un goût désagréable : il peut avoir été amélioré par la culture.

33 Mais l'Inde et ses forêts , et lear riche trésor. . .

Rien de plus naturellement amené que cet éloge de l'Italie : on peut le comparer avec celui de l'Italie moderne par Addison , dans une épître à mitord Halifax. Ce morceau de poésie me parait digne de Virgile luimême.

94 Colcbos, poar labourer tes vallons fabuleux.. .

Virgile veut dire que l'Italie n'est point riche en fictions comme quelques pays vantés par les Grecs , mais qu'elle possède des biens réels , du blé, du vin , des oliviers, etc. Ces vers font allusion à ces taureaux de la Colcliide dont les naseaux jetaient des flammes. Jason les dompta , les attela , et sema les dents du dragon qui gardait la toison d'or : elles devinrent pour lui autant de soldats. Virgile , comme on aura souvent lieu de l'observer , tourne volontiers en ridicule les fictions des (Srecs; tel est ce vers dans le premier livre :

Quamvis Elysios miretur Groecia campos;

190 LES GËORGIQUES.

celui-ci dans le second t

Atqve habitae Graiis oraenU qaercos ;

ceoZ'Ci an commenceinent du troiâèine :

Qau aat Eoryttbea damin , Aat illandati neacit Basiridis aras ?

et nne foule d^autres , où il semble que ce grand poète s'indignait de la supériorité qu'on avait jusque alors accordée aux Grecs sur les Bomaios. Personne n'a plus que lui fait pencher la balance.

^ Deux fois DM froito sont mûrs, devx fois nos brebis pleines.

On regarde communément ces Ters comme une exagération : cependant Varron et Pline parlent d'un pommier qui, dans un canton dltalie, près de Coscence enCalabre, portait des fruits deux fois Tannée. Un commentateur anglais» que j'ai déjà cité, dit qu*on lui a parlé en Italie d'une vigne près d'iscbia qui donnait du raisin trois fois par an, et qui, par cette raison, s'appelle uva di ire volte Vanno. 11 y a dés grappes qui mûrissent au mois d'acÂt , d'autres au mois d*octobre, d'antres enfin au mois de décembre ou de janvier; ce qui répond à ce passage de Pline : Fitet guident et ^i/era sunt, qtuu ob id insanas pocant, quoniam in iis alùB maturescuntf aliét turgescunt , aliéB florenL Us ont aussi des figuiers qui donnent dés fraits deux fois l'année, !• au mois d'août et de septembre, 2"* au mois de mal s cette dernière récolte est appelée pour cette raison 7?co di Pcucha. Près de Naples il y a un endroit fameux par ses figuiers , où l'on couvre de fuillassons les petites figues qui n'ont point mûri en automne ; elles pas* sent ainsi l'hiver, mûrissent au printemps. En voili assez pour justifier Virgile' sur cet article.

* Mais ce soi ne nourrit ni le tigre fnbamain , ni le poison qai trompe nne imprudente main.

Aucun traducteur n'a fait entendre le véritable sens de ces vers , faute d'avoir pris garde au mot at. Virgile veut dire que le climat d'Italie renferme tons les avantages des pays chauds, sans en avoir les inconvénients : ainsi , dit-il , nos arbres et nos troupeaux portent deux fois ; mais (malgré la chaleur du climat) on n'y trouve ni poisons ni serpents monstrueux, etc. La suppression du seul mot tnais défigure entièrement ce morceau ; et ce qui forme dans Virgile un rapprochement ingénieux n'offre chez les traducteurs que des idées décousues. Au reste , ce n'est pas dans ce seul endroit qu'ils ont commis cette sorte d'infidélité : partout ils passent les mots qui font liaison. Il est plaisant après cela de voir Tabbé Desfontaines convenir de bonne foi que les Géorgiques sont écrites sans méthode.

^ Nnl lion' n'y m^t, et jamais sar l'arèae Une bydre îpoaTantable à longs plis ne s'y traîne.

Virgile ne dit pas qu'il n'y ait point de serpent en Italie, mais seulement qu^on n'y en trouve point de monstrueux

* Voit MB forts safpendas sur ces rocher* sanTtges.

U y a encore en Italie une multitude de villes situées sur des rochers : dans la route de Rome à Naples on en voit quatre d*un seul coup d'oeil.

9* La mer de deux côtés nous présente son sein.

L*ltalie est entre deux mers; la mer Adriatique au septentrion , qu'on appelle aujourd'hui te golfe de Fenise, et la mer Tyrrbénienne au midi. Ce8deaxroerss*appelaientmafvsu/)en<m eimare «»^«rtttn.(DE8PONTAiNE8.)

** Ici lé Lare étend son enceinte profonde.

Le tare est un grand lac au pied des Alpes dans le Milanais : on le nomme aiyourd'hui lagodi Compo. LeBénac est un autre grand lac dans le Vérooais : on rappelle lago di Garda. Pour ce qui regarde les lacs Lucrin et Averae, les hisloriens nous fournissent l'explication de ce passage. Dion dit : Cumes est une ville de la Campanie , où » entre Misène et Pouzzol , est une place de la figure d'un demi-cercle , presque environnée de iDonticales stériles. On y compte trois petites baies : la première , qui s'avance le plus dans la mer, est moins éloignée des villes ; la seconde , appelée Lucrin, est près de la première ; la troisième, qui entre davantage, dans les terres» semble être un lac , et s'appelle Avertie, La première de ces baies se nomme la baie Tyrrhénienne^ Entre la première et la troisième, Agrippa resserra le Lucrin i il n*y laissa qu'un peu d*eau, et en fit on port commode. Le golfe Lucrin , dit Strabon , est séparé de la mer par une digue longue de huit stades, et seulement assez large pour qu'un chariot puisse rouler dessus. Comme l'eau passait souvent par-dessus la digne, Agrippa la fit rétablir, et ménagea une entrée pour les petits vaiswaox. Le golfe d'Aveme est renfermé dans celui de Lucrin. Suétone dit aotti : Porium Julivim apud Baias immisso in Lucrinum ei Avemutn mari, (Agrippa ) efjeHU Les trois golfes servent à former le port Julius. De run on entrait dans Tautre. Le golfe Tyrrhénien était le plus avancé dans la nier; le Lucrin était séparé du Tyrrhénien par une digue ouverte au milieu, pour donner passage aux vaisseaux; puis le golfe ou lac Aveme, plus avancé dans les terres, et qui recevait Teau des deux antres golfes. Ce port fut construit l'an de Rome 717, dans le temps du triumvirat

^' Toi snrtont , toi , César , qui sur des bords lointains Soumets l'Inde tremblante i l'aigle des Romains.

Il me semble que Virgile ne veut point parier ici des drapeaux que les Parthes renvoyèrent à Auguste, comme le prétend l'abbé Desfontaines : aucun des mots du texte ne favorise cette interprétation forcée. Je crois plus volontiers que le poète parle ici de quelque avantage remporté sur Cléopâtre et les égyptiens avant la bataille d'Actium. Le mot Judum ne fait rien contre cette explication. Plusieurs auteurs , et Virgile lui-même ,

ont souYent employé ce mot Indi pour tous les peuples qui babitaieut les pays chauds, et qui étaient au delà de la mer Méditerranée.

^ Terre féconde en frai ta , en conguèrante fertile , Sftlnt.

J'ai cm qu*on me pardonnerait cette dernière expression , plus vive que ces mots, Je te salue. On peut comparer avec ce bel éloge de Tltalie celui que Pline en fait à la tin de son Histoire naturelle

43 Le Toscan sous ses doigts fait résonner l'ivoire.

C'étaien't ordinairement des Toscans qui jouaient de la flûte dans les sacrifices : ils étaient fameux pour leur gloutonnerie ; ce qui a fait dire à ywgilepinguis Tyrrhenus^ comme Catulle avait dit obesus Etruscus. Une fois ib quittèrent Rome, parce que (je ne sais en quelle circonstance) on les empêcha de satisfaire leur amour pour la bonne chère. lis ne consentirent à leur retour que sous la condition qu'on leur permettrait de man« ger dans les sacrifices. A la villa Justin iani on voit un bas-relief où ils sont représentés avec l'embonpoint que Virgile leur attribue ici. Était-ce en leur qualité de Toscans qu'ils étaient ivrognes et gloutons , ou en leur qualité de musiciens? je Tignore.

4< Va dans ces prés ravis à ma chère Mantoae. . .

Ces vers ont rapport au sujet de la première églogue. Dans la distribution qu'Auguste fit du territoire de Biantoueaux soldats vétérans, Virgile perdit son patrimoine, qui lui fut rendu par la protection de Mécène. Les vers de Virgile en cet endroit sont pleins de la plus touchante sensibilité et de la plus aimable poésie. Je ne crois pas prêter des beautés à Virgile en faisant remarquer la marche et le ton de la douleur dans ce vers, composé de spondées :

Et qnalem infelix amisit Mantna campum»

4& Mais fuis ce mont pierreux, dont le maigre terrain Offre à peine à l'abeille un liumble romarin.

11 y a dans le texte, Fix humiles apibus casias roremque minisirat. On a, je crois, mal entendu ce mot casia* U y en avait de deux sortes ; l'une était un arbrisseau aromatique, que Virgile désigne probablement dans ce vers,

Nec casia liquidi corrumpitur nsus olivi :

Fautre était une herbe commune en Italie ; et c'est sans doute cette seconde espèce que désigne ici Virgile, puisqu'il en parle comme d'une plaote vulgaire. Il ne faut pas s'étonner que Virgile emploie pour deux choses différentes la même dénomination. Nous avons déjà vu que les mots lotos et acanthe désignent chacun un arbre et une plante en même temps. M. Martyn , botaniste anglais, croit que la plante appelée casia ^ qu'il faut distinguer de l'arbrisseau , est le cneorum des Grecs, ou le thymelca de

IHOTES DU LIVRE H. 193

Flioe, qui porte le ^ranum cnidium. Le romarin était appelé ainu l<> parce qu'il servait d'aspersoir, cotame l'tiysope dans rÉcritiu% sainte ; 2° parce qu'il croit dans les pays maritimes.

4> Ponr ce terrain poreax , où l'air trouve un passage. . .

Ces vers peignent très-fidèlement le territoire de la Campanie , qui pendant une partie du jour est toujours couvert d'un léger brouillard. Quoiqu'il y ait à peine une source dans tout cet espace de pays, cependant le sol est toujours frais : aussi est-il de la plus grande fertilité. M. Holdsworth assure que dans le vOyage qu'il y a fait il sfest souvent rappelé ces vers de Virgile.

47 Telles on aime à voir ces campagnes fécondes Que le Clain trop souvent engloutit sous ses ondes ; Tels les champs du Vésuve , et ces heureux vallons Dont la riche Capoue admire les moissons.

Capooe était la capitale de la Campanie. On sait que le mont Vésu\e est un volcan de la même province- Le Clain est un fleuve très-sujet à se déborder, et qui inonda souvent la ville d^Acerres, bâtie sur ses bord^. Cluverius nous apprend que de son temps ce fleuve se débordait encore fréqu^nmentf et qu'on avait creusé des canaux pour recevoir ses eaux et les conduire par un chemin plus court à la mer, entre Tancienne embouchure de ce fleuve et le Yultume.

^ Le pin , I« lierre noir , et l'if contagieux. . .

Les baies de notre lierre commun sont noires quand elles sont mûres : ainsi il est probable que c'est de cette espèce qu'il est ici question. Virgile fait mention ailleurs d'un lierre blanc, ainsi que Tbéophraste et Pline ; mais nous ne connaissons aucune plante de cette nature. A l'égard de l'if , son fruit passait chez les anciens pour être un poison. Jules César nous apprend qu'un certain Gativulcus s'empoisonna lui-même avec ce fruit* On croyait ses feuilles même funestes aux chevaux, et les Anglais en sont encore persuadés. Plusieurs personnes m'ont assuré avoir mangé de son fruit impunément ; mais cette différence peut venir du climat. Dioscoride prétend que l'if n'est point dangereux partout, mais que son fruit est mortel en Italie. Peut-être y en a-t-il de différentes espèces. En effet, on parle d'une sorte d'if cultivée dans les jardins de Pise , plus touffue quo l'if ordinaire, portant des feuilles semblables à celles du sapin, et répandant une odeur si empestée, que quand on la taille les jardiniers n'y peuvent travailler une demi-heure de suite.

^ Qu'ils soient distribués en espaces égaux.

Larue et quelques autres commentateurs ont cru que Virgile exigeait ici qu'on plantât en quinconce : je croirais plus volontiers qu'il parle de planter en carré. Le quinconce tire son nom dn chiffe romain V. Trois arbres plantés en cette forme sont appelés le quinconce simple ; le quinconce

194 ES GÊORGIQUES.

dombU, c'at le chiffire Y doublé qui forme un X, éttnt oomposé de quatre arbres qoi composent un carré avec on cinquième an centre : orU est clair que, puisque Virgile compare la disposition d'nn plant à celle d'une année , il ne parie que de b forme carrée. Je remarquerai eu passant que cette comparaison , la seule qui se trouTe dans ce livre , eaK également juste et ingénieuse. Je me garderai bien cependant de croire , comme Je ne sais quel commentateur, que Virgile ait voulu, par Téclat des armes, désigner celui des raisins ; c'est vouloir prêter de l'esprit à Virgile Men gratuitement

^ De son front toacbe aax cieax , de ses pieds aax enfers. Ces images ont été répétées mille fois depuis Virgile , et sont devenues triviales, quoique sublimes, comme TAurore aux doigts de rose, et une foule d'autres. Cependant je ne puis m*empécher de citer ces deux beaux vers , où cette image est rajeunie :

Qui , toachant de leur cime à la TOÙte du monde ^ Plongent dans les enfers leur racine profonde.

'I N'attends rien d'ane vigne exposée aa conchaat.

Golumelle , en parlant de l'aspect qa*on doit donner aux vignobles, dit que les anciens étaient fort partagés U-deasus x pour lui , il veut que dans les lieux froids on les expose au midi; dans les lieux cbauds, à l'orîeat. u Que le vil coudrier n'aflkme point ton plant.

Les racines du coudrier sont gourmandes , et dérobent à la vigne sa nourriture; c'est pour cela qu'on faisait de son bois des broches pour rôtir les entrailles des victimes consacrées à Bacdius. C'était immoler à ce dieu un double ennemi.

u Fais choix ponr le former de la branche noavelle, Qai reçoit de plas près la sève maternelle.

Coiumelle insiste longtemps sur ce précepte* H. Miller^ fameux agriculteur, ne veut pas non plus qu'on choisisse la partie supérieure des rejetons : étant plus spongieuse et plus tendre , elle reçoit , dit-il, plus facilement l'humidité; et quoiqu'elle prenne plus vite et pousse beaucoup plu» de bois, elle n'est jamais si fertile que la partie inférieure, dont la substance est plus compacte et plus ferme. Virgile en donne une autre raison , c'est que la partie inférieure a plus d'analogie avec la terre : tantus amor

M Snrtoat qae de tes plants l'olivier soit chassé. Il parait par ce passage qu'on plantait quelquefois les oliviers sauvages dans les vignes pour leur servir d'appui; Virgile les proscrit, comme sujets aux incendies i ta description qu'il en fait est pleine de force et d'élégance » et vient à propos délasser le lecteur de cette longue suite de préceptes.

^ L'ennemi des serpents vient après les frimas. . » Il y a daus le texte : Candida venit avisj longis invUa coluhris, Pline

nous appvend qne dans la Thessalie c'était un crime capital de tuer une cigogne, parce qu'on avait besoin de cet oiseau pour détruire les serpents. " L« diea de l'air descend dans son sein amoureux.

Cette grande et magniBqne idée du mariage de Tair avec la terre semble empruntée de ces deux vers de Lucrèce :

Pereunt imbres , ubi eos pater JEther In greminm matris Terrai praecipitaTit.

^' Que récaille porenae ealbaie arec eux.* .

Ced est encore pratiqué près de Trani dans la Ponille , où on fait d*excellcmt vin muscat.

^ Et, sane rompre les lignes ,

Que le soc se promème au travers de tes vignes.

Les anciens labouraient souvent les vignes , et cet usage subsiste encore dans quelques provinces; mais alors on écarte davanUge les rangs.

^ Qaand ses premiers bourgeons s'empresseront d'éclore.

Il s'agit ici des jeunes vignes, que Virgile défend de tailler avant qu'elles aient pris leur force, Golumelle n'est point de l'avis de Virgile dans cet endroit seulement: car dans presque tout ce livre il Va suivi si exactement, qu'on prendrait le prosateur pour le commentateur du poète.

M Un bouc était le prix de ces grossiers acteurs.

Il y a dans le texte : Feteres ineunt proscenia ludù Le proscenium était un endroit qui allait d'une aile du théâtre à l'autre, entre l'orchestre et la scène; il était plus bas que la scène, et plus élevé que l'orchestre : c'était là que déclamaient les acteurs. Boileau, d'après Horace, at« tribue l'origine de ces pièces dramatiques à ces jeux grossiers qu'on cëA» brait en l'honneur du dieu des vendanges.

La tragédie, informe et grossière en naissant, N'était qu'un simple chœur , où chacun en dansant Et du dieu des raisins entonnant les louanges , S'efforçait d'attirer de fertiles vendanges. Là , le vin et la joie éveillant les esprits, Da pins habile eliantre un bone était le prix. Thespis fut le premier qui, barbouillé de lie. Promena par les bourgs cette heureuse folie ; Et , d'acteurs mal ornés chargeant un tombereau , Amusa les passants A'ufk spectacle nouveau.

Cest encore l'usage en Italie, parmi le peuple, de porter la vendange dans un chariot, de se barbouiller le visage, et d'agacer les passants par des plaisanteries grossières.

** Sur des outres glissants bondissaient dans les prés. Ces outres étaient des peaux de bouc enflées de vent , et frottées d'huile

196 tï^ GÉORGIQUËS.

pour les rendre glissante?. Il failait sauter dessus avec une seule Jambe. Les maladroits qui tombaient faisaient pousser aux spectateurs de grands édaU de rire.

^ Et de l'objet sacré de leurs broyants hommages Suspendent à des pins les mobiles images.

Quelques commentateurs ont cru que le mot oscilla signifiait des escarpolettes. C'étaient de petites têtes de Bacchus, que les vignerons suspendaient à des arbres , persuadés que dans tous les endroits vers lesqueb se serait tournée cette image les vignes deviendraient fécondes. M. Huldsworth dit avoir vu le dieu de la vendange ainsi représenté sur une pierre antique de la collection du grand-duc à Florence.

^ Le soleil tons les ans recommence son cours; Ainsi roulent en cercle et ta peine et tes jours

On représentait Tannée par un serpent roulé en cercle, avec sa queue dans sa bouche.

^ Ne désire donc point un enclos spacieux : \ Le plus riche est celui qui cultive le mieux.

, Columelle a dit à propos de cette maxime : Prœclaram nosiri poeiœ iententiam! et il «goûte immédiatement après : Kec dubium quin minus reddat laxus ager non recte cultus, quam anguslus, eximie,

^ L'olivier, par la terre une fois adopté , De ces pénibles soins n'attend pas sa beauté.

Quoique Virgile nous assure qu*on ne cultive point l'olivier, les Provençaux l'élaguent de temps en temps. C*est par comparaison avec la vigne que notre poète prétend que l'olivier ne demande aucun soin. Colu* nielle dit aussi que c'est de tous les arbres celui qui en exige le moins ; que» lors même qu'on le néglige , il ne dégénère pas comme la vigne : qu'il ne cesse de porter toujours quelques fruits ; et que la plus légère culture lui rend sa première fécondité.

^ Pour nos jeunes chevreaux les aliziers fleurissent. Il y a dans le texte tondentur cytisL On est partagé sur la nature de Tarbre que Virgile appelle cytisus. Un excellent botaniste anglais croit, d'après tout ce qu'en ontdit Tbéophrasteet Pline, cpiec'est le cytisus Maranlhœ.

^ J'aime et des sombres buis le lugubre coup d'œil , Et de ces noirs sapins le vénérable deuil.

11 y a dans le texte : Undantembuxo Cytorum Narycùsque picisiucos. On est partagé sur la situation du mont Cytorus. Si l'on en croit Strabon, il est dans la Paphlagonie. Naryce était une ville des Locriens.

*> Pour former nos lambris leurs arbres sont atiles. Il y a dans le texte : Domibus eedrotque, eupressosque» Vitruve prétend qu'au défaut de sapin etd'abiès,on peut se servir de cyprès, de p^u-

Notes du livre iï. i»?

pHers, eto« ; ce qui semblerait indif|ner qae Vit^ave ne regardait pas le cyprèfl comme le meilleur bois de construction : mais M. Perrault, dans son édition de Vitruve, remarque c que le cyprès est, sans comparaison , meilleur que l'abiès et le sapiu ; Théophraste en parle comme du plus durable, et du moins sujet aux vers et à la pourriture, étant celui dont on trouve les plus anciens édifices avoir été bâtis.

^ Ah! loin des fiers combats, loin d'un luxe imposteur. Heureux l'homme des champs , s'il connaît son bonheur!

J*ai exprimé ce que Virgile a sous-entendu : il venait de peindre des c<Hnbat8 nés au milieu des festins et de la débauche ; il passe à l'éloge du bonheur dont jouissent les laboureurs dans leur paisible médiocrité. "^^ Sons les lambris pompeux de ses toits magnifiques...

Virgile dit : varias pulchra testudine postes. Les Romains ornaient leurs portes d*écailles de tortue, qu'ils incrustaient encore de pierres précieuses. Farios peut signifier que ces ornements étaient placés de distance en distance.

^* Des grottes, des étangs, une claire fontaine...

J*ai tâché, dans ma traduction , dMmiter la difFérence de ton que Virgile a mise entre ce morceau et celui qui précède En peignant les efForts du luxe et la magnificence des grands, ses vers sont travaillés, soutenus, et pompeux. *

Si non ingentem foribns domus alta superbig Mane salutantum totis vomit œdibus undam...

Ici , pour mieux peindre la douce aisance dont jouissent les habitants de la campagne, ses vers sont simples et faciles : ^

At latis otia fundis , Speluncœ , viviqne lacns ; at frigida Tempe , Mugitnsque boum , moUesque sub arbore somni , Son absunt, etc.

On ne peut trop le redire, c'est le talent de peindre par les sons qui

caractérise Virgile et les grands poètes.

73 O vous, à qui j'offris mes premiers sacrifices, Moses , soyez toujours mes plus chères délices !

Le premier vœu de Virgile était d*étre grand philosophe, et de percer les secrets de la nature ; le second , de vivre en paix dans un asile champêtre. Tout ce morceau est plein de sentiment, de poésie, et de mouvemenL Cette dernière qualité, qu'on admire si souvent dans la poésie de Virgile, est aussi rare que précieuse. Quelle différence entre une froide description du bonheur qu'on goûte à la campagne, et ces tours, ces expressions enflammées :

o ubi campi Sperchiusque , et TÎrginibus bacchata Lacsnis Taygeta ! o qui me gelidis in TaMibus Hœmi Sistat , et ingenti ramornm protegat umbra !

H font remirqner ksi que tes Romains, qui Tiratent (tons an pays duMd, se faisaient une peintore déliciense des pays où la chaleur est plus modéréet an contraire, un habitant de la Zemble soupirerait apr^ des climats moins froids.

73 Comnent de BOf toleils Tinégale clarté S'mbrège dana l'hiTer , se prolonge ea Hé,

Voilà deux yen qui prouTent combien les anciens étaient pea avancés en astronomie : celte question ne serait guère digne aiùoard'bai de nos grands physiciens. Gomme ces deui vers finissent la tirade dans Vii^le , j*ai cru devoir en ajouter deux qui la terminassent d'une manière plus pompeuse , mais dont le sens est dans ces mots de Virgile, oœUque via» et sidéra monatrent.

'* Heareax le sage, instmlt des lois delà aatave...

Il est clair que c'est de Lucrèce que veut parler ici Virgile. Ces vers expriment l'objet que ce poète s'était proposé. II oppose à celui qui sonde les secrets de la nature celui qui sait Jouir de ses richesses. Il semble que ceci est une comparaison indirecte entre le poème de Lucrèce Sur la lia-' ture des choses et celui de Virgile sur la culture de la teire.

'^ L'iatérèt , doDt la voix fSsit taire le sang même. Virgile écrivait ses Géorgigues dans le temps que Phraate et Tiridate se disputaient le trtVne de Perse; et c'est à quoi sans doute ce vers fait allusion.

'** Son eœnr n*ett attristé de pitié ni d'envie.

n me^mble qu'aucun commentateur ni traducteur n'a compris le vrai sens de ce passage. Us ont prétendu que Virgile faisait ici du laboureur nn stoïcien insensible à toutes les panions. Il ne s'agit plus ici du philosophe, mais d'un habitant paisible des champs: on ne voit point à la campagne, comme dans les villes , les extrêmes de l'opulence et de la pauvreté ; on n'y voit point l'appareil fastueux du luxe contraster avec les lambeaux de la misère : l'égalité y règne. Ainsi cette exemption d*envie et de pitié , que le philosophe ne doit qu'aux efforts d'une raison cultivée, le laboureur la doit à sa situation même, qui recule de ses yeux ce qui peut faire plaindre ou envier le sort d'anlruL

77 Pour dormir sur la pourpre , et ponr boire dans l'or. Il y a dans le texte ut gemma hibat. Les anciens se faisaient nue gloire de couvrir leurs tables de vases de pierres précieuses ; et les coupes. d'agate, de jaspe , etc. , que l'on conserve dans les cabinets et les trésora publics, servaient probablement aux princes et aux personnes riches» telle est la coupe de saphir que l'on conserve dans l'église de Saint-Jc»n à Mionza, près de Milan. Elle fut laissée par Theudelinde, reine des Lombards, qui bâtit et dota cette église. Dans le trésprde Saint-Denis il y a une large coupe d'agate orientale, avec des bas-reliefs représentant im

NOTES DU LIVRE III. iç^

sacrifice. Pline, dans son Histoire naturelle , rapporte que Pétrone , queiqoes moments ayant sa mort , fit briser nne coupe d*un très-grand prix , de peor qu'elle ne tombât entre les mains de Néron. Sarrano ottro , dans le même vers, signiiie la pourpre de Tyr; cette yille était nommée anciennement Sara :

?s Les boia donnent leua Imits...

Il paratt , par ce passage et par plusieurs autres , que les anciens reciieillaient les baies de certains arbres pour former des espèces de confitures» on pour en exprimer des liqueurs.

Plusieurs poètes ont fait Téioge de la vie cbampétre ; Lucrèce, dans le premier liyre de son poème; Vanière, dans son Preedium rutticum; Ange Poiitien , dans le poème intitulé Rmtictu : aucun de ces morceaux ne me paratt approcher de celui de Virgile.

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