‹ uvres choisies de Descartes [microform]Chapitre 22 sur 90 · IP · texte numérisé non relu

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lœ MÉDITATION TROISIBMK

vertu d*ètre «t d'exister par soi, elle doit aussi sans doute avoir li puissance de posséder actuellement toutes les perfections dont elle a en soi les idées, c'est-à-dire toutes celles que je conçois être en Dieu. Que si elle tient son er ♦ence de quelque auUe cause que de soi, on demandera derecha, w la même raison, de cette seconde cause, si elle est par soi ou par autrui, jusquesà ce que de degré en degré on parvienne enfin à une dernière cause qui se trouvera être Dieu. Et il est très-manifeste qu'en cela il ne peut y avoir de progrès à l'infini, vu qu'il ne s'agit pas tant ici de la cause qui m'a produit autrefois comme de celle qui me conserve présentement.

On ne peut pas feindre aussi que peut-être plusieurs causes ont ensemble concouru en partie à ma production, et que de l'une j'ai reçu l'idée d'une des perfections que j'attribue à Dieu, et d'une autre l'idée de quelque autre, en sorte que toutes ces perfections se trouvent bien à la vérité quelque part dans l'univers, mais ne se rencontrent pas toutes jointes et assemblées dans' une seule, qui soit Dieu; car, au contraire, l'unité, la simplicité ou l'inséparabilité de toutes les choses qui sont en Dieu 6it une des principales perfections que je conçois être en lui : et certes l'idée de cette unité de toutes les perfections da Dieu n'a pu être mise en moi par aucune cause de qui je n'aie point aussi reçu les idées de toutes les autres perfections ; car elle n'a pu faire que je les comprisse toutes jointes ensemble et inséparables, sans avoir fait en sorte en même temps que je susse ce qu'elles étoient et que je les connusse totttea en quelque

'içon.

Eniin, pour ce qui regarde mes parents, desquels il semble que je lire ma naissance, encore que tout ce que j'en ai pu croire soit véritable, cela ne fait pas toutefois que ce soit eux qui me conservent, ni même qui m'aient fait et produit en Unt que je suis une chose qui pense, n'y ayant aucun rapport entre l'action corporelle par laquelle j'ai coutume de croire qu'ils m'ont engendré et la pioduction d'une telle substance; mais ce qu'ils ont tout au plus contribué à ma naissance et qu'ils ont mis

quelques dispositions dans cette matière dans laquelle j'ai jugé jusqu'ici que moi, c'est-à-dire mon esprit, lequel seul je prends maintenant pour moi-même, est renfermé; et partant il ne peut Y avoir ici à leur égard aucune difficulté ; mais il faut nécessairement conclure que, de cela seul que j'existe et que ridée d'un Être souverainement parfait, c'est-à-dire de Dieu, est en moi, l'existence de Dieu est très-évidemment démontrée. ^

Il me reste seulement à examiner de quelle façon j'ai acquis cette idée : car je ne l'ai pas reçue par les sens, et jamais elle ne s'est offerte à moi contre mon attente, ainsi que font d'ordinaire les idées des choses sensibles, lorsque ces choses se présentent ou semblent se présenter aux organes extérieurs des sens; elle n'est pas aussi une pure production ou fiction de mon esprit, car il n'est pas en mon pouvoir d'y diminuer ni d'y ajouter aucune chose; et par conséquent il ne reste plus autre \ chose à dire sinon que cette idée est née et produite avec moi 1 dès lors que j'ai été créé, ainsi que l'est l'idée de moi-même. / Et de vrai on ne doit pas trouver étrange que Dieu, en me créant, ait mis en moi cette idée pour être comme la marque de l'ouvrier empreinte sur son ouvrage; et il n'est pas aussi nécessaire que cette marque soit quelque chose de différent de cet ouvrage même ; mais de cela seul que Dieu m'a créé, il est fort croyable qu'il m'a, en quelque façon, produit à son image et semblance, et que je conçois cette ressemblance, dans laquelle l'idée de Dieu se trouve contenue, par la même faculté par laquelle je me conçois moi-même; c'est-à-dire que, lorsque je fais ;énexion sur moi, non-seulement je connois que je suis une chose imparfaite, incomplète et dépendanU d'autrui, qui tend et qui aspire sans cesse à quelque chose de meilleur et de plus grand que je ne suis, mais je connois aussi en même temps que celui duquel je dépends possède en soi toutes ces grandes choses auxquelles j'aspire, et dont je trouve en moi les idées, non pas indéfiniment et seulement en puissance, mais qu'il en jouit en effet, actuellement et infiniment, et ainsi qu'il est Dieu. El toute la force de Tariiurnent dont jai ici usé pour prouver Texis-

ton

MÉDITATION QUATRIÊMI ' g

teiicfi de Dieu consiste en ce que je reconnois qu'il no seroit pu possible que ma nature fût telle qu'elle est, c'est-à-dire que j'eusse en moi l'idée d'un Dieu, si Dieu nVxistoit véritablement ; ce môme Dieu, dis-je, duquel l'idée est en moi, c'est-à-dire qui possède toutes ces hautes perfecUons dont noire esprit peut bier •voir quelque légère idée, sans pourtant le pouvoir comprendre, qui n'est sujet à aucun défaut, et qui n'a rien de toutes les choses qui dénotent quelque imperfection : d'où il est asseï évident qu'il ne peut être trompeur, puisque la lumière naturelle nous enseigne que la tromperie dépend nécessairenient de quelque défaut.

Mais, avant que j'examine cela plus soigneusement, et que je passe à la c(.nsitlération des autres vérités que l'on en peut recueillir, il me semble très à propos de m'arrôter quelque temps à la C4)nlemplaiian de ce Dieu tout parfait, de peser tout à loisir ses merveilleux attribut! ; de considérer, d'admirer et d'adorer l'incomparable beauté de cette immense lumière, au moins autant que la force de mon esprit, qui en demeure en quelque •ûTte ébloui, me le pourra permettre. Car comme la foi nous apprend que la souveraine félicité de l'autre vie ne consiste que dans cette contemplation d* la majesté divine, ainsi expérimeutons-nous dès maintenant qu'une semblable méditation, quoique incomparablement nioins parfaite, nous fait jouir du plus grand conlenument que nous soyons capables de ressentir en cett vie.

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