TROISIÈME PARTIE
▲ftt. ÇQÎ. One ce tout les âmes foibles et baises qni se liMs.vent h plra
emportar i l'antre.
L'autre espèce de colère, en laquelle prédomine la haine et la tristesse, n'est pas si apparente d'abord, sinon peut-être en ce qu'elle fait pâlir le visage ; mais sa force est augmentée peu à peu par ragitation d'un ardent désir de se venger excité dans 1« sang, lequel, étant mêlé avec la bile qui est poussée vers le cœui de la parUe inférieure du foie et de U rate, y excite une chaleur fort âpre et fort piquante. Et comme ce sont les âmes les plus généreuses qui ont le plus de reconnoissance , ainsi ce sont celles qui ont le plus d'orgueil et qui sont les plus basses et les plus infirmes qui se laissent le plus emporter à cette espèce de colère ; car les injures paroissent d'autant plus grandes que l'orgueil Éait qu'on s'estime davantage, et aussi d'autant qu'on estime davantage les biens quelles ôtent, lesquels on estinie d'autant plus qu'on a l'âme plus foible et plus basse, à cause qu'ils dépendent d 'autrui.
Art. ïua. Uue U géoérusiU sert di «mède outre ^d* excè».
Au reste, encore que cette passion soit utile pour nous donner de la vigueur à repousser les injures, U n'y en a toutefois auiune dont on doive éviter les excès avec plus de soin, pour ce que, troublant le jugement, ils font souvent commettre des fautes dont on a par après du repentir, et même que quelquefois ils empêclieiit qu'on ne repousse si bien ces injures qu'on pourroit faire si on a voit moins d'émotion. Mais, comme il n'y a rien qui la rende plus excessive que l'orgueil, ainsi je crois que la générosité est le meilleur remède qu'on puisse trouver coiàtre ses excès, pour ce que, faisant qu'on estime fort peu tous l«s biens qui peuvent être ôtés, et qu'au contraire on estime beaucoup la liberté et l'empire absolu sur soi-même, qu'on cesiie d'avoir lorsqu'on peut être offensé par quelqu'un, elle fait qu'on
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n'a que du mépris ou tout au plus de l'indignation pour len injures dont les autres ont coutume de s'otTenser.
Art. SM. Vé la gloire.
Ce que j'ajjpelle ci du nom de gloire ost une espèce de joie fondée sur l'amour qu'on a pour soi-même, et qui vient de l'opinion ou de l'espérance qu'on a d'êure loué par quelques autres. Ainsi elle est diflérente de la satisfaction intérieure qui tient de l'opinion qu'on a d'avoir fait quelque bonne action; car on est quelquefois loué pour des choses qu'on ne croit point être bonnes, et blàiné pour celles qu'on croit être meilleures : mais elles sont l'une et l'autre des espèces de l'estime qu'on fait de soi-même, aussi bien que des espèces de joie ; car c'est un sujet pour s'estiuier que de voir qu'on est estimé par les autres.
Amt. SOS. De la honto.
Lt honte, tu contraire, est une espèce de tristesse fondée aussi sur l'amour de soi-même, et qui vient de l'opinion ou de la crainte qu'on a d'être blâmé; elle est, outre cela, une espèce de modestie ou d'humilité et défiance de soi-même : car, lorsqu'on s'estime si fort qu'on ne se peut imaginer d être méprisé par personne, on ne peut pas aisément èlre honteux.
Akt. 906. De rasage de ces deux paMiotis.
Or la gloire et la honte ont m^me usa^'c en ce qu'elles nous - incitent à la vertu, Tune par l'espérance, l'autre par la crainte; il est seulement besoin d'instruire son jugement touchant ce qui est véritablement digne de biame ou do louange, afin de n'être pas honteux de bien faire, et ne tirer point de vanité de se^ vices, ainsi qu'il arrive îi plusieurs. Mais il n*est pas bon de se dépouiller entièrement de ces passions, ainsi que faisoieiit au trefois lea cyniques; car. encore que le peuple juge très-mui
TROIIIIMI PARTIE jgg
toutefois, â cause que nous ne pouvons vivre sans lui, et qu il nous importe d'en être estimés, nous devons souvent suivre ses opmions plutôt que les nôtres, touchant l'extérieur de nos aclions.
A»T. «07. Dt rimpudeoc*.
L'impudence ou l'effronterie, qui est un mépris de honte et souvent aussi de gloiie, n'est pas une passion, pour ce qu'il n'y a en nous aucun mouvement particulier des esprits qui l'excite • nais c'est un vice opposé à la honte, et aussi à la gloire, en Unt me l'une et Fautre sont bonnes, ainsi que l'ingratitude est opposée à la reconnoissance, et la cruauté à la pitié. Et la principale cause de l'effronterie vient de ce qu'on a reçu plusieurs fois de grands aflronts; car il n'y a personne qui ne s'imagine étant jeune, que la louange est un bien et l'infamie un mai beaucoup plus importants à la vie qu'on ne trouve pai- expénence qu'ils sont, lorsque, ayant reçu quelques aflronts signalés en se voit entièrement privé d'honneur et méprisé par un chacun. C'est pourquoi ceux-là deviennent effrontés qui, ne mesurant le bien et le mal que par les commodités du corps voient qu'iU en jouissent après ces affronts tout aussi bien qu'Iupara- ▼ant, ou même quelquefois beaucoup mieux, à cause qu'ils sont déchargés de plusieurs contraintes auxquelles l'honneur les obligeoit, et que, si la perte des biens est jointe à leur disgrâce, a se trouve des personnes charitables qui leur donneot.
Aar. VOS. Du dégoût.
Le dégoût est nne espèce de tristesse qui vient de la même cause dont U joie est venue auparavant; car nous sommes tellement composés, que la plupart des choses dont nous jouissons ne sont bonnes à notre égard que pour un t«mps, et deviennent par après incommodes : ce qui parait principalement au boire et au manger, qui m sont uUles qoc pendant qu'on a de l'appétit, tiqmmai âoiiiblea lorsqu'on a'en a phis; et pour oe
qu'elles ceisent alors d'être agréables au goût, un a iioiniiié ceti« passion dégoût.
Ait. 9oO. Da regret.
Le regret est aussi une espèce de tristesse, bquelle a une particulière amertume, en ce qu'elle est toujours jointe à quelque désespoir et à la mémoire du plaisir que nous a donné la jouissance; car nous ne regrettons jamais i}ue les biens dont nous avons joui, et qui sont tellenitiit perdus que nous n'avons aucune espérance de les recouvrer au temps et en la façon (|ue nous les regrettons.
Km. SiO. De l'allégresse.
Enfin, ce que je nomme allégresse est une espèce de joie en laquelle il y a cela de particulier, que sa duuceur est augmentée par la souvenance des maux qu on a soufferts et desquels on se sent allégé eu même façon que si on se sentoit déchargé de quelque pesant fardeau qu'on eût longtemps porté sur ses épaules. Et je ne vois rien de fort remarquable en ces trois pssions; aussi ne les ai-je mises ici que pour suivre l'ordre du èénombrement que j'ai fait ci-dessus ; mais il me semble que ce dénombrement a été utile pour faire voir que nous n'en omettions aucune qui fût digne de quelque particulière considération.
Abt. 91 i. Ud r«:ii>'i'- géDéial coutre les pMsicai.
El maintenant que nous les connoissons toutes, nous avons beaucoup moins de sujet de les craindre que nous n'avions auparavant; car nous voyons qu'elles ^ont toutes bomies de leur nature, et que nous n'avons rien à éviter que leurs mauvais usages ou leurs excès, contre lesquels les remèdes que j'ai expliqués peurroient suffire si chacun a voit assez de soin de le* pratiquer. Mais, pour ce que j'ai mis entre ces remèdes la prémé-
TROISliME PARTIE 29|
ditation et l'industrie par laquelle on peut corriger les défauts de son nat\irel, en s'exerçant à séparer en soi les mouvements du sang et des esprits d'avec les pensées auxquelles ils ont coutume d'être joints, j'avoue qu'il y a peu de personnes qui se soient assez préparées en cette façon contre toutes soi (es de rencontres, et que ces mouvements excités dans le sang par les objets des passions suivent d'abord si promptement des seules impressions qui se font dans le cerveau et de la disposition des organes, encore que l'âme n'y contribue en aucune façon, qu'il n'y a point de sagesse humaine qui soit capable de leur résister lorsqu'on n'y est pas assez préparé. Ainsi plusieurs ne sauroient s'abstenir de rire étant chatouillés, encore qu'ils n'y prennent [.oint de plaisir; car l'impression de la joie et de la surprise, qui les a fait rire autrefois pour le même sujet, étant réveillée en leur fantaisie, fait que leur poumon est subitement enflé malgré eux par le sang que le cœur lui envoie. Ainsi ceux qui sont fort portés de leur naturel aux émotions de la joie et de la pitié, ou de la peur, ou de la colère, ne peuvent s'empêcher de pâmer, ou de pleurer, ou de trembler, ou d'avoir le sang tout ému, en même façon que s'ils a voient la fièvre, lorsque leur fantaisie est fortement touchée par l'objet de quelqu'une de ces passions. Mais ce qu'on peut toujours faire en telle occasion, et que je pense pouvoir mettre ici comme le remède le plus général et le plus aisé à pratiquer contre tous les excès des passions, c'est que, lorsqu'on se sent le sang ainsi ému, on doit être avei ti et le souvenir que tout ce qui se présente à l'imagination tend à tromper l'àme et ù lui faire paroi tre les raison.^ qui servent à persuader l'olijet de sa passion beaucoup plus fortes qu'elles ne sont, et celles qui servent à dissuader beaucoup plus foibles. Et lorscjue la passion ne persuade que des choses dont l'exécution souffre quelque délai, il faut s'abstenir d'en porter sur l'heure aucun jugement, et se divertir par d'autres pensées jusqu'à ce que le temps et le repos aient entièrement apaisé l'émotion qui est dans le sang. Et enfin, lorsqu'elle incite à des actions touchant lesquelles il est nécessaire qu'on prenne résolution sur-le-
$92 LES PASSIONS Dl L'AMK
champ, il faut que la volonté se porte principalement à oonsidéier et à suivre les raisons qui sont contraires à celles que la passion représente, encore qu'elles paroissent moins fortes : comme lorsqu'on est inopinément attaqué par quelque ennemi, l'occasion ne permet pas qu'on emploie aucun temps à délibérer. xMais ce qu'il me semble que ceux qui sont accoutumés à faire réflexion sur leurs actions peuvent toujours, c'est que, lorsqu'ils se sentiront saisis de la peur, ils tâcheront à détourner leur pensée de la couaiJération du danger, en se représentant le* raisons pour lesquelles il y a beaucoup plus de sûreté et plus d'honneur en la réàistanee qu'en la fuite; et, au contraire, lorsqu'ib sentiront que le désir de vengeance et la colère les incite à courir inconsidérément vers ceux qui les attaquent, ils se souviendront de peuser que c'est imprudence de se perdre quand on peut sans déshonneur se sauver, et que, si la partie est fort inégale, il vaut mieux faire une honnête retraite ou prendre quartier que s'exposer brutalement à une mort certaine.
Art. tl9. Que c'•^t dMU» bdiiles que dép«ud toat It bùn «t le nul d« utu tu.
Au reste, l'âme peut avoir ses plaisirs à part; mais pour ceux qui lui sont communs avec le corps, ils dépendent entièrement des pissions ; en sorte que les hommes qu'elles peuvent le plus émouToir sont capables de goûter le plus de douceur en cette vie. Il est vrai qu'ils y peuvent aussi trouver le plus d'amertume lorsqu'ils ne les savent pas bien employer et que la fortune leur est contraire; mais la sagesse est principalement utile en ce point, qu'elle enseigne à s'en rendre tellement maître et a les ménager avec tant d'adresse, que les maux qu'elles cause ni àOQt fort supportables, et même qu'on tire de la joie de lou*.
AVIi DE L'ÉDITEUR
tt
La traduction suivante n'a rien de ce qui caractérise généralement une traduction; c'est un calque, une contre-épreuve du texte latin. Descartes n'a pas de style; c'est un grand penseur, non un grand écrivain. Ses paragraphes sont une suite de déductions rigoureuses, unies entre elles autant par l'expression que par la pensée, d'où il résulte que le traducteur ne \)e\ïi changer la construction de la phrase originale sans en obscurcir la clarté. Guidé par ces considérations, nous avons dû préférer le mot à mot à tout autre système de traduction. Nous pouvons d'ailleurs nous appuyer de l'exemple de de Luynes, dont l'ouvrage fut approuvé de Descaries, et de celui de M. Cîousin, qui lurait certainement mérité la même approbation.
Lorsqu'on traduit un auteur ancien. Tacite, par exemple, on éprouYt le besoin de lutter avec lui ; ses formes sont variées, ses
Ml
1. CS« traité, écrit tn latin ptr DeseartM, ne fat publié qnt cinqnant* ao^ après n mort, «n 1701, arec plusiturs autres traités « sous le titre d'ceuTrei posthumes. Le dialogue intitulé Recherche» de la vérité par les lumières naturelles était écrit en français; mais l'original s'est perdu, et nous n^avons qu'oni Iraéuctiom latine dont on ignore l'eaUv. Nous donnons ici «no boutoUo tn* éxmkom fcaai^lse ée ees deui tnHét
294 RÊGLEI
expressioiii) sunt vigoureuses^ et sa concision énergique apiHillt lo travail de la pensée. Voilà pourquoi Tacite peut être Iratluil plusieurs fois et tuujo Jis d'une taçun nouvelle. 11 n'en est pas de même de Descartes ; pour le traduire il sufUt de le comprendre, et (K)ur le comprendre il sufiil de suivre sa phrase sans jamais l'abandonner. Or sa phrase n'est pas diflicile, puisqu'elle et»t la même, soit qu'il écrive en latin, soit qu'il écrive en français; en un mot, rien ne caractérise dans ses ouvraj^es le génie des deuv laii{-'i:es ; et cela est si vrai que ses Méditations, traduites en français; et sa Méthode^ traduite en latin, ollrcnt absolument les mêmes formes, et que les copies ont pris rang d'originaux; mais quelques exemples feront mieux comprendre notre pensée. Après avoir divisé en deux classes toutes les questions en général. Descartes continue : « ' Notandum est, il faut noter, — inter quœstiones, que parmi les questions, — quœ perfecte mteiligunlur, qui se comprennent facilement, —hûs illas tantum fonere, nous ne posons que celles, — in quitus tiiadistinctœ parcipunus, où nous percevons distinctenu;nt ces trois choses, — 7iempe : quitus signis in quod quœritur possit agnusci , cum occunat, savoir : à quels signes ce qu on cherche peut-il être reconrm lorsqu'il se présente? — quid sit prœcise ex quo illud dedacere debeamus, de quoi devons-nous précisément le déduire? — et quamodo probandum sit illa ab invicem ita pemlere, et comment Caut-il prouver que ces deux cho^es dépendent tellement l'une de l'autre, — iU unum nulla rations iHissit mutan, alio immutato, que Tune ne peut changer quand l'autre ne change pus 1 »
11 est inutile d'insister sur l'impossibilité de donner une autre traduction de ce passage. Et, en effet, on ne saurait le retraduire avec des formes nouvelles sans le délayer ou sans altérer la pensée.
Voici un second exemple non moins iVappanl' : liEome faleor wUum esse ingeiiio, je suis né, je l'avoue, avec un esprit tel, — ut
1. Règles }Xfur la dtrtcttOH de i:$spru. (lage 41, édition d'AiBite:daui, t70l, t. tu , i><ige 360.
mmmam studionim voluptatem, non in audiendis aîiorum rationibus, sed in iisdem propria industria inveniendis semper posuerim, qî:<i le plus grand plaisir de l'étude a toujours été pour moi, non pas d'écouter les raisons des autres, mais de les découvrir moi-même, — quod me unum cum juvenem adhuc ad scientias addiscendas aUexisset, cela seul m'ayant attiré jeune encore vers l'étude des sciences, — quoties novum inventum aliquis liber polHcebatur in tituîo, chaque fois que quelque livre promettait par «on titre une nouvelle découverte, — antequam ulterius legerem, avant d'aller plus loin, — experiebar utrum forte aliquid simile per ingenitam quamdam sagacitatem assequerer, j'essayais si par ma sagacité naturelle je ne pourrais pas atteindre à quelque chose de semblable, — cavebamque exacte, et je me gardais bien, — ne mihi hanc oblectationem innocuam festina îectio prœriperet , de m'enlever cet innocent plaisir par une lecture précipitée. — Quod toties successit, cela me réussit tant de fois, — ut tandem animadverterim, que je m'aperçus enlin, — me non ampliuSf ut cœteri soient, per vagas et cœcas disquisitiones, fortunœ auxilio potius quam artis, ad rerum veritatem pênenire, que j'arrivais à la vérité, non plus, comme les autres bnmmes, par des recherches vagues et aveugles, et plutôt avec le secours de la fortune qu'avec le secours de l'art, — sedcertas régulas, quœ ad hoc non parum juvant, longa eocperientia percepisse, mais que j'avais trouvé, par une longue expérience, des règles fixes qui ne sont pas d'une médiocre utilité pour cette étude, — quibus usus sumpostea ad plures excogitandas, et dont je me suis servi dans la suite pour découvrir d'autres règles. — Atque ita hanc totam methodum diligenter excolui, et ainsi j'ai cultivé avec soin toute celte méthode, — meque omnium maxime vtilem studendi modum ab initio sequendum fuisse mihi persuasi, et je me suis persuadé que dès le principe j'avais suivi la meilleure manière d'étudier. »
Qu'on donne ce paragraphe ù vingt traducteyrs différents, et, sauf quelques variantes de mots, on aura vingt traductions identiques. C'est qu'en efiet U traduction fidèle de ce passage et
•Il
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UtOLBB
d*une multitude d'autres du même genre ne peut jamais produirt que la m6me plirase.
A présent nous prions les lecteurs qui seraient trappes de la ressemblance de quelques parties de notre traduction avec celle de iM. Cousin de vouloir bien faire le travail que nous avons fait; c'est à savoir de traduire les mêmes passages avec le texte seulement sous les yeux; ils seront surpris de l'inutilité de leurs efforts pour obtenir quelques résultats nouveaux. Voilà précisément ce qui nous est arrivé plusieurs fois avec notre prédécesaeur, sans que l'on puisse nous accuser d'avoir copié autre chose que le livre même de Descartes.
Copendant, il faut bien le dire, l'ensemble de notre travail diffère essentiellement de celui de M. Cousin; nous ne donnona pas toujours le même sens aux mêmes passages.
Par exemple :
Descartes, après avoir dit que le vide des mathématiques spéciales l'avait porté à la recherche d'une science mathématique en général, ajoute : Quœsivi • imprimis quidnam prœcise per illud nomen omnes intelligant, et quare non modojam dicta, sed asironomia etiam, musica, optica, mechanica, aliœque complures, mathematicœ partes dicantur.
Voici la traduction de M. Cousin :
Je me suis demandé d'abord ce qu'on entendait précisément par ce mot mathématique, et pourquoi ^arithmétique et la géo métrie seulement, et non l'astronomie, la musique, l'optique, la mécanique et tant d'autres sciences, passaient pour en faire partie.
Voici maintenant notre traduction :
le me demandai d'abord ce qu'on entendait précisément par ce mot, et pourquoi on regardait comme faisant partie des mathématiques non-seulement l'arithmétique et la géométrie, maU encore l'astronomie, la musique, l'optique, la mécanique et pluneurs autres sciences.
i. RègUê pour la dirxti&n ék Ve^int, pajre 340.
POUR LA DIllOTIODr DK L'ESPRIT Autre exemple :
Après avoir posé que l'intuition et l'induction sont les deux s.>iils moyens d'arriver à la vérité, et que l'intuition doit Afr« évidente. Descartes poursuit ainsi: Nam\ ex. gr., sit hmr rnns^. quentia : 2 ef 2 efficiunt idem quod 3 et \ ; non modo intuendum efit 2 et 2 efficere 4, et 3 et \ efficere qmque 4. sed msnpnr ex his duabus propositionibus tertiam illam necessario conclwh, M. Cousin traduit :
Ainsi, quand on dit que 2 et 2 font la même chose qnp 3 et I, il ne faut pas seulement voir par intuition que 2 et 2 égalent 4, il faut encore voir que de ces deux proposiiions il est nécessaire de conclure cette troisième, qu'elles sont égales. El nous :
Amsi, par exemple, étant donné ce résultat: 2 et 2 font la même chose que 3 et 1, non-seulement il faut voir intuitivement que 2 et 2 font 4, et que 3 et i font aussi 4. mais encore que la première proposition est la conséquence nécessaire dey deux autres.
Autre exemple:
Après avoir démontré qu'il est impossible à un homme qui ne connaît que l«'s mathématiques d(i trouver la ligne appelée en dioptrique anaclaslique, Descartes ajoute :
Si * vero aliquis, non solius mathematicœ studtosus, sed qui juxta regulam primam de omnibus quœ occurrunt, veritatem quœrere cupiat, in eamdem difficnltatem incident, ulterius inverdet hanc proportionem inter angulos incidentiœ et refractionispendereab eorumdem mutationey propter vanetntem mediorum, rursum hanc mutationem pendere a medio quod radim pénétrât per totum diaphanum, atque hujus penetrationis cognitionem supponere illuminationis naturam etiam esse cognitam denique, ad illuminationem intelligendam, sdendum esse quh^ rt generaliter potentta naturalis.
ri
É. Règles pour la Urutton de l'esprii, pa($« 134. I. iii., page 353.
S9S RfcaLfiS
M. Cousin traduit:
Mais si ni) huiuine, sacliaiit autre cliuse que les matliémati" ques, désireux de connaître, d'après la règle première, la vérité sur tout ce qui se présente à lui, vient à rencontrer la même dirficulté, il ira plus loin et trouvera que !<' lapport entre les angles d'incidence et les anghis de réfraction dépend de leur changement, à cause de la variété des milieux; que ce changement, à son tour, dépend dn milieu, parce que le rayon pénètre dans la totalité du corps diaphane; il verra que celte propriété de pénétrer ainsi un corps suppose connue la nature de la lumière; qu'enfin, pour connaître la nature de la lumière, il faut savoir ce qu'est en général une puissance naturelle.
Kt nous :
Mais si un homme qui ne s'oocuj>e pas seulement de mathématiques, et qui désire connaître, d'ajnès la première règle, la vérité sur tout ce qu'il rencontre, vient à tomber sur la mi'me difficulté , il ira plus loin , et trouvera que le rapport entre le» angles d'incidence et les angles de réfraction dépend du changement api)orté dans la grandeur respective de ces angles par la différence des milieux; que ce changement, à son tour, dépend du milieu, parce que le rayon traverse la totalité du corps diaphane; que la connaissance de la propriété de pénétrer un corps suppose connue la nature de l'action de la lumière, et qu'enfin, pour comprendre l'action de la lumière, il faut savoir ce que c'est en général qu'une puissance naturelle.
Nous pourrions citer beaucoup d autres exemples semblables; mais, outre que l'énumération en deviendrait fastidieuse, il nous semble que ceux dont nous nous appuyons suffisent pour donnei une idée de notre travail.
En résumé donc, tout en reconnaissant hautenienl le mérite de la traduction de M. Cousin, tout en déclarant qu'elle est souvent digne du philosophe dont elle est l'interprète, nous n'avons pas hésité à publier la nôtre, parce qu'elle peut porter la lumière sur un assez grand nombre de points encore obscurs.
Il ne nous reste (ja'à nous excuser auprès de nos lecteuri
d'avoir mutilé la pensée du grand philosophe en la leur présenlant par lambeaux et au point de vue de In grammaire. Espé runs qu'ils auront bientôt oublié celte dissertation aride en parccnraut les premières pages des deux traités qui suivent, compléments admirables, mais Inachevés, de l'œuvre puissante du réformateur de la philosophie.