PREMIÈRE PARTIE
Art. 16. Gomment tous lesmembres peuvent êtres mus par les objets des sens et par les esprits sans Taide de l'âme.
Enfin il faut remarquer que la machine de notre corps est tellement composée que tous les changements qui arrivent -au mouvement des esprits peuvent faire qu'ils ouvrent quelques pores du cerveau plus que les autres, et réciproquement que, lorsque quelqu'un de ces pores est tant soit peu plus ou moins ouvert que de coutume par l'action des nerfs qui servent aux sens, cela change quelque chose au mouvement des esprits, et fait qu'ils sont conduits dans les muscles qui servent à mouvoir le corps en la façon qu'il est ordinairement mû à l'occasion d'une telle action; en sorle que tous les mouvements que nous faisons sans que notre volonté y contribue (comme il arrive souvent que nous respirons, que nous marchons, que nous mangeons, et enfin que nous faisons toules les actions qui nous sont communes avec les bêtes) ne dépendent que de la conformation de nos membres et du cours que les esprits, excilés par la chaleur du cœur, suivent naturellement dans le cerveau, dans les nerfs et dans les muscles, en même façon que. le mouvement d'une montre est produit par la seule foi:ce de son ressort et la figure de ses roues.
Art. 17. Quelles sont les fonctions de Tâme.
Après avoir ainsi considéré toutes les fonctions qui appartiennent au corps seul, il est aisé de connoître qu'il ne reste rien en nous que nous devions altribuer à notre âme, sinon nos pensées, lesquelles sont principalement de deux genres, à savoir : les unes sont les actions de l'âme , les autres sont ses passions. Celles que je nomme ses actions sont toules nos volontés, à cause que nous expérimentons qu'elles viennent directement de notre âme, et semblent ne dépendre que d'elle; comme, au contraire, on peut généralement nommer ses passions toutes les sortes de perceptions ou connoissances qui se trouvent en nous, à caMSfc
lui ; LES PASSIONS DE L'AME
que souvent ce n'est pas notre àme qui les fait telles qu'elles sont, et que toujours elle les reçoit des choses qui sont représentées par elles.
Art. 18. De la volouté.
Derechef nos volontés sont de deux sortes; car les unes sont des actions de l'àme qui se terminent en l'àme même, comme lorsque nous voulons aimer Dieu ou généralement appliquer noire pensée à quelque objet qui n'est point matériel; les autres sont des actions qui se terminent en notre corps, comme lorsque de cela seul que nous avons la volonté de nous promener, il suit que nps jambes se remuent et que nous marchons.
Art. iO. Des iierceptions.
Nos perceptions sont aussi de deux sortes, et les unes ont l'àme pour cause, les autres le corps. Celles qui ont Tàme pour cause sont les perceptions de- nos volontés et de toutes les imaginations ou autres pensées qui en dépendent; car il est certain que nous ne saurions vouloir aucune chose que nous n'apercevions par même nioyen que nous la voulons; et bien qu'au regard de notre àme ce soit une action de vouloir quelque chose, on peut dire que c'est aussi en elle une passion d'apercevoir qu'elle veut; toutefois, à cause que cette perception et cette volonté ne sont en effet qu'une même chose , la dénomination se fait toujours par ce qui est le plus noble, et ainsi on n'a point coutume de la nommer une passion, mais seulement une action.
Art. 20. Des inuginations et aatres pensées qui soat formées par l'âme.
Lorsque notre àme s'applique à imaginer quelque chose qui n'est point, connue à se représenter un palais enchanté ou une chimère, et aussi lorsqu'elle s'applique à considérer quelque chose qui est seulement intelligible et' non pohit imaginable, par exemple à considérer sa propre nature, les perceptions