‹ Œuvres choisies de Diderot;Chapitre 127 sur 153 · IL SU · texte numérisé non relu

IL SU

Grenée, qu'en général le symbole est froid, et qu'on ne peut lui ôter ce froid insipide, mortel, que par la simplicité, la force, la sublimité de l'idée.

Sachez qu'en général le symbole est obscur, et qu'il n'y a sorte de précaution qu'il ne faille prendre pour être clair.

Voulez-vous quelques exemples du genre allégorique, qui soient ingénieux et piquants? je les prendrai dans le style satirique et plaisant, parce que je m'ennuie d'être triste.

Imaginez un enfant qui vient de souffler une grosse bulle. La bulle vole; l'enfant qui l'a soufflée tremble, baisse la tête; il craint que la bulle ne l'écrase en tombant sur lui. Gela parle, cela s'entend : c'est l'emblème du superstitieux.

Imaginez un autre enfant qui s'enfuit devant un essaim d'abeilles dont il a frappé la ruche du pied, et qui le poursuivent. Gela parle, et cela s'entend : c'est l'emblème du méchant.

Imaginez un atelier de sculpteur en bois ; il a le ciseau à la main, il est devant son établi, il a ébauché un ibis dont on commence à discerner le bec et les pattes. Sa femme est prosternée devant l'oiseau informe, et contraint son enfant à fléchir le genou comme elle. Gela parle encore, et cela s'entend sans dire le mot.

Imaginez un aigle qui cherche à s'élever dans les airs, et qui est arrêté dans son essor par un soliveau ; ou, si vous l'aimez mieux, imaginez dans un pays où il y aurait une loi absurde qui défendrait d'écrire sur la finance, au bout d'un pont, un charlatan ayant derrière lui, au haut d'une perche, une pancarte où on lirait : De par le roi et M, le contrôleur général, et devant lui une petite table avec des gobelets entre deux flambeaux. Tandis qu'un grand nombre de spectateurs s'amusent à lui voir faire ses tours, il souffle les bougies; et au même instant tous les spectateurs mettent leurs mains sur leurs poches.

Monsieur de La Grenée, sachez qu'une allégorie commune, quoique neuve, est mauvaise ; et qu'une allégorie

sublime n'est bonne qu'une fois. C'est un bon mot usé, dès qu'il est redit.

LE TIERS-ÉTAT, OU l'aGRICULTURE ET LE COMMERCE QUI

AMÈNENT l'abondance.

Au centre, sur le fond, Mercure, le bras gauche jeté sur les épaules de l'Abondance, l'autre bras tourné vers la même figure, dans la position et l'action d'un protecteur qui la présente à l'Agriculture. Mercure tient son caducée de la main gauche ; il a aux deux côtés de sa tête deux ailes déployées, d'assez mauvais goût. L'Abondance, sa corne sons son bras gauche, s'avance vers l'Agriculture. Il tombe de cette corne tous les signes de la richesse. A gauche du tableau, l'Agriculture, la tête couronnée d'épis, offre ses bras ouverts à Mercure et à sa compagne. Derrière l'Agriculture, c'est un enfant vu par le dos, et chargé d'une gerbe qu'il emporte. Traduisons cette composition. Voilà le Commerce qui présente l'Abondance à l'Agriculture. Quel galimatias ! Ce même galimatias pourrait tout aussi bien être rendu par l'Abondance, qui présenterait le Commerce à l'Agriculture, ou par l'Agriculture, qui présenterait le Commerce à l'Abondance ; en un mot , en autant de façons qu'il y a de manières ie combiner trois figures. Quelle pauvreté ! quelle misère ! Attendez-vous, mon ami, à la répétition fréquente de cette exclamation. Du reste, tableau peint à merveille. L'Agriculture est une figure charmante, mais tout à fait charmante, et par la grâce de son contour, et par l'effet de la demi-teinte. Tout le monde accourt : on admire ; mais personne ne se demande qu'est-ce que cela signifie. Ces quatre morceaux sont d'un pinceau moelleux. Celui de la Religion et de la Vérité est seulexaenty je ne puis pas dire sale, mais bien un peu gris.

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