LES DEUX ACADEMIES
Mon ami, faisons toujours des contes. Tandis qu'on fait un conte, on est gai ; on ne songe à rien de fâcheux. Le temps se passe ; le conte de la vie s'achève, sans qu'on s'en aperçoive.
J'avais deux Anglais à promener. Ils s'en sont retournés, après avoir tout vu ; et je trouve qu'ils me manquent beaucoup. Ceux-là n'étaient pas enthousiastes de leur pays. Ils remarquaient que notre langue s'était perfectionnée, tandis que la leur était restée presque barbare... « C'est, leur dis-je, que personne ne se mêle de la vôtre, et que nous avons quarante oies qui gardent le Capitole »; comparaison qui leur parut d'autant plus juste qu'ainsi que les oies romaines, les nôtres gardent le Capitole et ne le défendent pas.
Les quarantes oies viennent de couronner une mauvaise pièce d'un petit Sabatin Langeac', pièce plus jeune encore que l'auteur, pièce dont on fait honneur à Marmontel, qui pourrait dire comme le paysan de M™' de Sévigné accusé par une fille de lui avoir fait un enfant : « Je ne l'ai pas fait ; mais il est vrai que je n'y ai pas nui. » ; pièce que Marmontel a lue à l'assemblée publique, sans que la séduction de sa déclamation en ait pu dérober la pauvreté ; pièce qui a ôté le prix à un certain M. de Rulhières, qui avait envoyé au concours une excellente satire t Inutilité des disputes, excellente pour le ton et
* Ce morceau est reproduit presque 1766. Il faut en conclure quil mettait
textuellement dans la lettre à M>i« Yo* près d'un an d'intervalle entre sa visite
land, du 10 septembre 1768. A cette au Salon et ses comptes rendus ; ce qui
date, Diderot écrivait : >< Je ne fais rien, explique Quelques oublis et certaines
mais rien du tout, pas même ce Salon inexactitudes.
(de 1767), dont j'espère que ni Grimm ■ Lettre d'un fils parvenu à son père
ui moi ne verrons la fin. » On voit dans laboureuTi Paris, veuve Regnard, 1768,
les notes du Salon de 1765 (Œuvres in-8o, fig. complètes) que Diderot ne l'a écrit qu'en
pour les choses, et qu'on a cru devoir exclure pour cause de personnalités; et tout cela n'est pas un conte, ni ce qui suit non plus.
Ce jugement des oies adonné lieu à une scène assez vive entre Marmontel et un jeune poète appelé Champfort, d'une figure très aimable, avec assez de talent, les plus belles apparences de modestie, et la suffisance la mieux conditionnée. C'est un petit ballon dont une piqûre d'épingle fait sortir un vent violent. Voici le début du petit ballon.
CHAMPFORT. — II faut, mcssicurs, que la pièce que vous avez préférée soit excellente.
MARMONTEL. — Et poîirquoi cela ?
CHAMPFORT. — G'cst qu'cUc vaut mieux que celle de La Harpe.
MARMONTEL. — Elle pouTTait valoir mieux que celle que vous citez et ne valoir pas grand'chose. CHAMPFORT. — Maisj'ai VU celle-ci.
MARMONTEL. — Et VOUS l'avcz trouvéc bonne ? CHAMPFORT. — Très bonne.
MARMONTEL. — C'cst quc VOUS ne vous y connaissez pas.
CHAMPFORT. — Mais si celle de La Harpe est mauvaise, et si pourtant elle est meilleure que celle du petit Sabain , celle-ci est donc détestable ?
MARMONTEL. — Cela SO pCUt.
CHAMPFORT. — Et pourquoi couronner une pièce détestable ?
MARMONTEL. — Et pourquoi n'avoir pas fait cette question-là quand on a couronné la vôtre ? etc., etc.
C'est ainsi que Marmontel fouettait le petit ballon Champfort, tandis que de son côté le public n'épargnait pas le derrière de l'Académie.
Voilà l'histoire de la honte de l'Académie française, et voici l'histoire de la honte de l'Académie de peinture.
Vous savez que nous avons ici une École de peinture,
de sculpture et d'architecture* dont les places sont au concours, comme devraient y être toutes celles de la nation, si Ton était aussi curieux d*avoir de grands magistrats que Ton est curieux d'avoir de grands artistes. On demeure trois ans dans cette École ; on y est logé, nourri, chauffé, éclairé, instruit et gratifié de trois cents livres tous les ans. Quand on a fini son triennat, on passe à Rome, où nous avons une autre École. Les élèves y jouissent des mômes prérogatives qu'à Paris, et ils y ont cent francs de plus par an. Il sort tous les ans de l'Ecole de Paris trois élèves qui vont à l'École de Rome, et qui font place ici à trois nouveaux entrants. Songez, mon ami, de quelle importance sont ces places pour des enfants dont communément les parents sont pauvres, qui ont beaucoup dépensé à ces pauvres parents, qui ont travaillé de longues années, et à qui Ton fait une injustice, certes très criminelle, lorsque c'est la partialité des juges, et non le mérite des concurrents, qui dispose de ces places.
Tout élève, fort ou faible, peut mettre au prix. L'Académiedonne le sujet. Cette année, c'était le Triomphe de David après la défaite du Philistin Goliath. Chaque élève fait son esquisse, au bas de laquelle il écrit son nom. Le premier jugement de l'Académie consiste à choisir entre ces esquisses celles qui sont dignes de concourir: elles se réduisent ordinairement à sept ou huit. Les jeunes auteurs de ces esquisses, peintres ou sculpteurs, sont obligés de conformer leurs tableaux ou bas- reliefs aux esquisses sur lesquelles ils ont été admis. Alors on les renferme chacun séparément, et ils travaillent à leurs morceaux. Ces morceaux faits sont exposés au public pendant plusieurs jours ; et l'Académie adjuge le prix, ou l'entrée à la pension, le samedi qui suit le jour de la Saint-Louis.
Ce jour, la place du Louvre est couverte d'artistes.
* L'Ecole royale des élèves protégés, parlé de l'épisode dans son livre , ne fait remarquer M. L. Courajod, qui a comptait point d'élèves architectes.
d'élèves et de citoyens de tous les ordres. On y attend en silence la nomination de FAcadémie.
Le prix de peinture fut accordé à un jeune homme appelé Vincent. Aussitôt il se fit un bruit d'acclamations et d'applaudissements. Le mérite, en effet, avait été récompensé. Le vainqueur, élevé sur les épaules de ses camarades, fut promené autour de la place ; et après avoir joui des honneurs de cette espèce d'ovation, il fut déposé à la pension. C'est une cérémonie d'usage qui me platt.
Cela fait, on attendit en silence la nomination du prix de sculpture. Il y avait trois bas-reliefs de la première force. Les jeunes élèves qui les avaient faits, et qui ne doutaient point que le prix n'allât à l'un d'eux, se disaient amicalement ; « J'ai fait une assez bonne chose ; mais tu en as fait une belle, et si tu as le prix, je m'en consolerai. » Eh bien 1 mon ami, ils en ont été privés tous les trois. La cabale l'a adjugé à un nommé Moitte, élève de Pigalle. Notre ami Pigalle et son ami Le Moyne se sont un peu déshonorés. Pigalle disait à Le Moyne : « Si l'on ne couronne pas mon élève, je quitterai l'Académie ; » et Le Moyne n'a jamais eu le courage de lui répondre : « S'il faut que l'Académie fasse une injustice pour vous conserver, il y aura de l'honneur pour elle à vous perdre. » Mais revenons à nos assistants sur la place du Louvre.
C'était une consternation muette. L'élève appelé MillotS à qui le public, la partie saine de l'Académie et ses camarades avaient décerné le prix, se trouva mal. Alors il s'éleva un murmure, puis des cris, des invectives, des huées, de la fureur ; ce fut un tumulte effroyable. Le premier qui se présenta pour sortir ce fut le bel abbé Pommyer, conseiller au Parlement et membre honoraire de l'Académie. La porte était obsédée ; il demanda qu'on lui fît passage. La foule s'ouvrit, et tandis qu'il la traversait, on lui criait : « Passe, foutu âne. » L'élève injustement couronné parut ensuite. Les plus échauffés
* René Millot, élè-ve de Le Moyne. Il obtint le prix en 1770.
des jeunes élèves s'attachent à ses vêtements et lui disent: « Croûte, croûte abominable, infâme croûte, tu n'entreras pas , nous t'assommerons plutôt ; » et puis c'était un redoublement de cris et de huées à ne pas s'entendre. Le Moitte tremblant, déconcerté, disait : « Messieurs, ce n'est pas moi, c'est l'Académie ; » et on lui répondait : « Si tu n'es pas un indigne, comme ceux qui t'ont nommé, remonte, et va leur dire que tu ne veux pas entrer. » Il s'éleva dans ces entrefaites une voix qui criait : « Mettons-le à quatre pattes, et promenons-le autour de la place avec Millot sur son dos ; » et peu s'en fallut que cela ne s'exécutât. Cependant les académiciens qui s'attendaient à être siffles, honnis, bafoués, n'osaient se montrer. Ils ne se trompaient pas. Ils le furent en^effet avec le plus grand succès possible. Cochin avait beau crier : « Que les mécontents viennent s'inscrire chez moi »; on ne i'écoutait pas, on sifflait, on hennissait, on bafouait. Pigalle, le chapeau sur la tête et de son ton rustre que vous lui connaissez, s'adressa à un particulier qu'il prit pour un artiste et qui ne l'était pas , et lui demanda s'il était en état déjuger mieux que lui. Ce particulier, enfonçant son chapeau sur sa tête, lui répondit qu'il ne s'entendait point en bas-reliefs, mais qu'il se connaissait en insolents, et qu'il en était un. Vous croyez peut-être que la nuit survint, et que tout s'apaisa ; pas tout à fait.
Les élèves, indignés, s'attroupèrent, et concertèrent, pour le jour prochain d'assemblée, une avanie nouvelle. Ils s'informèrent exactement qui est-ce qui avait voté pour Millot, qui est-ce qui avait voté pour Moitte, et s'assemblèrent tous le samedi suivant sur la place du Louvre, avec tous les instruments d'un charivari, et bonne résolution de les employer; mais ce projet ne tint pas contre la crainte du guet et du Châtelet. Ils se contentèrent de former deux files, entre lesquelles tous leurs maîtres seraient obligés de passer. Boucher, Dumont, Van Loo, et quelques autres défenseurs du mérite se présentèrent les premiers ; et les voilà entourés, accueillis, embrassés, applaudis. Arrive Pigalle; et lorsqu'il est engagé entre
les files, on crie : « Du dos; » il se fait de droite et de gauche un demi-tour de conversion ; et Pigalle passe entre deux longues rangées de dos; môme salut et mômes honneurs à Gochin, à M. et M™' Vien, et aux autres.
Les académiciens ont fait casser tous les bas<reliefs, afin qu'il ne restât aucune preuve de leur injustice. Vous ne serez peut-ôtre pas fâché de connaître celui de Millot, et je vais vous le décrire.
A droite ce sont trois grands Philistins, bien contrits, bien humiliés ; Fun, les bras liés sur le dos ; un jeune Israélite est occupé à lier les bras des deux autres. Ensuite David est porté sur son char par des femmes, dont une, prosternée, embrasse ses jambes; d'autres rélèvent, une troisième sur le fond le couronne. Son char est attelé de deux chevaux fougueux : à la tète de ces chevaux, un écuyer les contient par la bride et se dispose à remettre les rênes au triomphateur. Sur le devant, un vigoureux Israélite, tout nu, enfonce la pique dans la tète de Goliath, qu'on voit énorme, renversée, effroyable, les cheveux épars sur la terre. Plus loin, à gauche, ce sont des femmes qui dansent, qui chantent, qui accordent leurs instruments. Parmi celles qui dansent, il y a une espèce de bacchante frappant du tambour, déployée avec une légèreté et une grâce infinies, jambes et bras en Tair. Elle a la tête tournée vers le spectateur qui la voit du reste par le dos ; sur le devant, une autre danseuse qui tient son enfant par la main. L'enfant danse aussi; mais il a les yeux attachés sur l'horrible tête ; et son action est mêlée de terreur et de joie. Sur le fond, des hommes, des femmes, la bouche ouverte, les bras levés, et en acclamations.
Ils ont dit que ce n'était pas là le sujet, et on leur a répondu qu'ils reprochaient à l'élève d'avoir eu du génie, lisent repris le char qui n'est pas -même une licence. Gochin, plus adroit, m'a écrit que chacun jugeait par ses yeux, et que l'ouvrage qu'il avait couronné lui montrait plus de talent ; discours d'un homme sans goût et de peu
de bonne foi*. D'autres ont avoué que le bas-relief de Millot était excellent à la vérité, mais que Moitte était plus habile ; et on leur a demandé à quoi bon le concours, si Ton jugeait la personne et non Touvrage.
Mais écoutez une singulière rencontre de circonstances ; c'est qu'au moment même où le pauvre Millot venait d'être dépouillé par l'Académie, Falconet m'écrivait : ce J'ai vu chez Le Moyne un élève appelé Millot, qui m'a paru avoir du talent et de l'honnêteté ; tâchez de me l'envoyer, je vous laisse le maître des conditions. » Je cours chez Le Moyne. Je lui fais part de ma commission. Le Moyne lève les mains au ciel, et s'écrie : « La Providence ! la Providence!» Et moi, d'un ton bourru, je reprends : « La Providence ! la Providence ! est-ce que tu crois qu'elle est faite pour réparer vos sottises ? » Millot survint. Je l'invitai à me venir voir. Le lendemain il était chez moi. Ce jeune homme était pâle, défait comme après une longue maladie. Il avait les yeux rouges et gonflés ; et il me disait d'un ton à me déchirer : « Ah I Monsieur, après avoir été à charge à mes pauvres parents pendant dix-sept ans! Au moment où j'espérais ! Après avoir travaillé dix-sept ans, depuis la pointe du jour jusqu'à la nuit 1 Je suis perdu. Encore, si j'avais espérance de gagner le prix l'an prochain; mais il y a là un Stouf, un Foucou I » Ce sont les noms de ses deux concurrents de cette année. Je lui proposai le voyage de Russie. Il me demanda le reste de la journée pour en délibérer avec lui-même et ses amis. Il revint, il y a quelques jours, et voici sa réponse : « Monsieur, on ne saurait être plus sensible à vos offres ; j'en connais tout l'avantage ; mais on
^ Dans une lettre à M. de Man'gny, convient qu^il eût dû avoir le premier Cochin, après avoir rendu compte des prix de Tannée passée; 3" quoique son
soit pas aussi bon l'on avait lieu de personnes (dont je i) prétendent y voir des Moitte : a !• Il est fils d'académicien, et preuves qu'il est plus avancé pour le dans le cas où la balance est égale, ce talent que l'autre, etc. » Y. L'École poids la détermine ; 3* voilà trois années royale des élèves protégés ^ par L. Couqu'il met au prix, les deux premières rajod, p. 75. avec un applaudissement général et l'on
ne suit pas notre talent par intérêt. Il faut présenter à l'Académie l'occasion de réparer son injustice, aller à Rome, ou mourir. » Et voilà, mon ami, comme on décourage, comme on désole le mérite, comme on se déshonore soi-même et son corps ; comme on fait le malheur d'un élève et le malheur d'un autre à qui ses camarades jetteront au nez, sept ans de suite, la honte de sa réception ; et comme il y a quelquefois du sang répandu.
L'Académie inclinait à décimer les élèves. Boucher, doyen de l'Académie, refusa d'assister à cette délibération. Van Loo, chef de l'école, représenta qu'ils étaient tous innocents ou coupables ; que leur code n'était pas militaire ; et qu'il ne répondait pas des suites. En effet, si ce projet avait passé, les décimés étaient bien résolus à cribler Gochin de coups d'épée. Cochin, plus en faveur, plus envié et plus haï, a supporté la plus forte part de l'indignation des élèves et du blâme général. J'écrivais à celui-ci, il y a quelques jours : « Eh bien ! vous avez donc été bien berné par vos élèves I il est possible qu'ils aient tort, mais il y a cent à parier contre un qu'ils ont raison. Ces enfants-là ont des yeux, et ce serait la première fois qu'ils se seraient trompés. » A peine les prix sont-ils exposés, qu'ils sont jugés et bien jugés par les élèves. Ils disent: « Voilà le meilleur », et c'est le meilleur.
J'ai appris, à cette occasion, un trait singulier de Falconet. Il a un fils né avec l'étoffe d'un habile homme, mais à qui il a malheureusement appris à aimer le repos et à mépriser la gloire. Lejeune Falconet avait concouru; les prix étaient exposés, et le sien n'était pas bon. Son père le prit par la main, le conduisit au Salon, et lui dit : « Tiens, vois, et juge-toi toi-même. » L'enfant avait la tête baissée et restait immobile. Alors, le père se tournant vers les académiciens, ses confrères, leur dit : « Il a fait un sot ouvrage, et il n'a pas le courage de le retirer. Ce n'est pas lui, messieurs, qui l'emporte ; c'est moi. » Puis il mit le tableau de son fils sous son bras et s'en alla. Ah 1 si ce Brutus-là, qui juge son fils si sévèi^ement,
qui estime le talent de Pigalle, mais qui n'aime pas l'homme, avait été présent à la séance de TAcadémie, lorsqu'on y prononça sur les prix !
Moitte, honteux de son élection, a été un mois entier sans entrer à la pension ; et il a bien fait de laisser à la haine de ses camarades le temps de tomber.
Je serais au désespoir qu'on publiât une ligne de ce que je vous écris, excepté ce dernier morceau que je voudrais qu'on imprimât et qu'on affichât à la porte de l'Académie et aux coins des rues.
N'allez pas inférer de cette histoire que, si la vénalité des charges est mauvaise, le concours ne vaut guère mieux, et que tout est bien comme il est. Moitte est un bon élève ; et si le concours est sujet à l'erreur et à l'injustice, ce n'est jamais au point d'exclure l'homme de génie, et de donner la préférence à un sot décidé sur un habile homme. Il y a une pudeur qui retient.
Et Dieu soit loué, m'en voilà 'sorti. Et vous, quand aurez-vous le bonheur d'en dire autant ? quand* serezvous remis du désordre que cet aimable, doux, honnête et timide prince de Saxe-Gotha* a jeté dans votre commerce ?
* Ce fut en 1768 que le 'prince héré- et eut un plaisir infini à causer airec
ditaire de Saxe-Gotha Tint à Paris, lui. Au bout de quelquesjours, il trou-va
Grimm parle en ces termes de cette M. Ehrlich dans la maison de M. le
-visite dans sa lettre du 15 décembre : baron d'Holbach, à dîner; il alla à lui
« Dieu, dont la préTision est tous les les bras ouverts, Fembrassa de toutes
jours démontrée en Sorbonne, a prévu ses forces, et lui dit : « Eh ! qui tous
entre autres choses que tous les princes aurait cherché dans la Syna^gue? »
héréditaires qui -viendraient à Paris Pendant le dîner il me demanda si je ^
iraient -visiter la retraite de Denis Dide- connaissais ce jeune homme. Je lui dis
rot, dit le philosophe. On peut se rappe- froidement : « UA peu. — C'est, me dit-
1er la -visite qu'il reçut du prince héré- il, un enfant charmant. En -vérité, con-
ditaire de Bruns-wicV-Wolfenbuttel ; il tinua-t-il, il me -vient de -votre pays des
vient d'en recevoir une pareille du prince jeunes gens si aimables, si instruits, si
héréditaire de Saxe-Gotha. J'avais été modestes et si sages qu'ils me rendent
l'introducteur du premier de ces princes ; la jeunesse de ce pays-ci absolument
il n'était pas |>08sible de faire ce rôle insupportable. Ce n'est pas, ajouta-t-il,
une seconde fois sans trahir le secret le premier ni le seul jeune homme de ce
qu'on voulait dérober au philosophe, mérite et de cette moaestie qui me vienne
Ainsi le prince héréditaire de Saxe-Gotha de ce pnvs-là, j'en ai reçu plus d'un. »
s'y présenta en compagnie d'un autre Après le dîner, on lui apprit le véritable
voyageur de Strasbourg de sa connais- nom de M. Ehrlich, et le philosophe
sance, et sous le nom de M. Ehrlich, trouva que cela ne changeait en rien les
jeune homme de Suisse. Le philosophe sentiments qu'il avait pris pour lui. » le reçut avec sa bonhomie ordinaire,