SCÈNE PREMIÈRE
LE PÈRE DE FAMILLE, CÉCILE, MADEMOISELLE OAIRET, MONSIEUR LE BON, un Paysan, MADAME PAPILLON, marchande à la toilette, avec une de ses ouvrières ; LA BRIE ; PHI- LIPPE, domestique qui vient se présenter ; un Hoxkk vêtu de noir qui a l'air d'un pauvre honteux, et qui Test.
(Toutes ces personnes arrÎTent les unes après les autres. Le paysan se tient debout, le corps penché sur son bâton. Madame Papillon, assise dans un fauteuil, s'essuie le visage a^ec son mouchoir; sa fille de boutique est debout à côté d'elle, aTec un petit carton sous le bras. M. Le Bon est ét^é négligemment sur un canapé. L'homme ^ètu de noir est retiré à l'écart, debout dans un coin, auprès d'une fenêtre. La Brie est en Teste et en papillotes. Philippe est habillé. La Brie tourne autour de lui, et le regarde un peu de tra-vers, tandis que H. Le Bon examine avec sa lorgnette la .fille de boutique de madame Papillon. Le Père de famille entre, et tout le monde se lè^e. 11 est suItI de sa fille, et sa fille précédée de sa femme de chambre, qui porte le déjeuner de sa maîtresse. M n demoiselle Clairet fait, en passant, un petit salut de protection à madame Papillon. Elle sert le déjeuner de sa maîtresse sur une petite table. Cécile s'assied d'un côté de cette table. Le Père de famille est assis de l'autre. Mademoiselle Clairet est debout, derrière le fauteuil de sa maîtresse.)
LE PÉRB DE FAMILLE, ttu Paysati. — Ahl c'est VOUS, qui venez enchérir sur le bail de mon fermier de Limeuil. J'en suis content. Il est exact. Il a des enfants. Je ne suis pas fâché qull fasse avec moi ses affaires. Retournez-vous-en. [Mademoiselle Clairet fait signe à madame Papillon d'approcher.)
cÉciLB, à madame Papillon, bas. — M'apportez-vous de belles choses?
* L'acte premier finit ici dans Tédi- scènes simultanées. Celle de Cécile se tion de 1758 ; l'auteur a ajouté depuis dit à demi-Toix. — > On ne iouait, au la réplique du Commandeur. (Bb.) théâtre, que la scène principale.
* Cette scène est composée de deux
LB PÂRB DB FAMiLLB, â sofi mtmdttnt. — Bh bien I Monsieur Le Bon', qu'est-ce qu^il y a?
MADAME PAPILLON, bos â Céctle. — Mademoiselle, vous allez voir.
MONSIEUR LB BON. — Ce débiteur, dont le billet est échu depuis un mois, demande encore à différer son payement.
LE PÈRE DB FAMILLE. — Les temps sout durs; aocordexlui le délai qu^il demande. Risquons une petite somme, plutôt que de le ruiner. {Pendant qite la scène marche^ madame Papillon et sa fille de boutique déploient sur des fauteuilSy des perses^ des indiennes^ des satins de HoU lande^ etc. Cécile^ tout en prenant son café^ regarde^ approuve^ désapprouve, fait mettre à part, etc.)
MONSIEUR LB BON. — Les ouvriers qui travaillaient à votre maison d'Orsigny sont venus.
LB PÉRB DB FAMILLE. — Faites Icur compte.
MONSIEUR LE BON. — Cela peut aller au delà des fonds.
LB PÉRE DB FAMILLE. — Faites toujours. Leurs besoins sont plus pressants que les miens ; et il vaut mieux que je sois gêné qu'eux. (^4 sa /î//e.) Cécile, n'oubliez pas mes pupilles. Voyez s'il n'y a rien là qui leur convienne... [Ici il aperçoit le Pauvre honteux. Il se lève avec empressèment. Il s'avance vers lui, et lui dit bas : ) Pardon, monsieur; je ne vous voyais pas... Des embarras domestiques m'ont occupé... Je vous avais oublié. {Tout en par' lant, il tire une bourse qu'il lui donne furtivement, et tandis quil le reconduit et quil revient, l'autre scène avance,)
MADEMOISELLE CLAIRBT. -^ Go dcssiu ost charmaut.
CÉCILE. — Combien cette pièce ?
MADAMB PAPILLON. — Dix louis, au juste.
MADEMOISELLE CLAIRET. — C'cst donucr. {CécHc paye.)
LE PÈRE DB FAMILLE, en revenant, bas, et d!un ton de ccmtmisération. — Une famille à élever, un état à soutenir, et point de fortune I
CECILE. — Qu'avez-vous là, dans ce carton ?
LA FILLE DB BOUTIQUE. — Ge sont des dentelles. {Elle ouvre son carton,)
CECILE, vivement. — Je ne veux pas les voir. Adieu, madame Papillon. {Mademoiselle Clairet y madame Papillon et sa fille de boutique sortent.)
MONSIEUR LE BON. — Ce voisiu, qui a formé des prétentions sur votre terre, s'en désisterait peut-être, si...
LE PÈRE DE FAMILLE. — Je UQ uiQ laisserai pas dépouiller. Je ne sacrifierai point les intérêts de mes enfants à l'homme avide et injuste. Tout ce que je puis, c'est de céder, si l'on veut, ce que la poursuite de ce procès pourra me coûter. Voyez. [Monsieur Le Bon va pour sortir.)
LE PÈRE DE FAMILLE le rappelle j et lui dit : — A propos, monsieur Le Bon. Souvenez-vous de ces^ens de provmce , Jfi^lÔfiûS. d^ajîB^^ ont envoyé .icTun de
leurs enfants : tâchez de me le découvrir. (A LàSrtè, qui s'occupait à ranger Tê'''saîôn,) Tous jTiîes^us à mon service. Vous connaissiez le dérèglement de môn*fils. Vous m*avez menti. On ne ment pas chez moi.
CECILE, intei'cédant. — Mon pèref *" ""^
LE PÈRE DE FAMILLE. — Nous sommcs bicu étraugcs. Nous les avilissons ; nous en faisons de malhonnêtes gens, et lorsque nous les trouvons tels, nous avons l'injustice de nous en plaindre. (A La Brie,) Je vous laisse votre habit, et je vous accorde un mois de vos gages. Allez. (A PHilippe.) Est-ce vous dont on vient de me parler?
PHILIPPE. — Oui, monsieur.
LE PÉRE DB FAMILLE. — Vous avcz onteudu pourquoi je le renvoie. Souvenez-vous-en. Allez, et ne laissez entrer personne.