‹ Œuvres choisies de Diderot;Chapitre 64 sur 153 · SAINT-ALBIN, CÉCILE, GERMEUIL, MADEMOISELLE CLAIRET · texte numérisé non relu

SAINT-ALBIN, CÉCILE, GERMEUIL, MADEMOISELLE CLAIRET

— Sophie, la nièce du Commandeur.

SOPHIE, toujours à genotix , au Commandeur, — Mon cher oncle.

LE COMMANDEUR, brusquemcnt, — Que faites-vous ici?

SOPHIE, tremblante. — Ne me perdez pas.

LE COMMANDEUR. — Quc uc Tcstiez-vous dans votrc province? Pourquoi n'y pas refôïïrner, quand je vous l'ai fait dire?

SOPHIE. — Mon cher oncle, je m'en irai; je m'en retournerai; ne me perdez pas.

LE PÈRE DE FAMILLE. — Vcuez , mon cufaut, levezvous.

MADAME HÉBERT. — Ah, Sophic !

SOPHIE. — Ah, ma bonne I

MADAME HÉBERT. — Jc VOUS cmbrasse.

SOPHIE, en même temps. — Je vous revois.

CÉCILE, en se jetant aux pieds de son père. — Mon père, ne condamnez pas votre fille sans Tentendre. Malgré les apparences, Cécile n'est point coupable ; elle n'a pu ni délibérer, ni vous consulter...

IM PÈRE DE FAMILLE, d'un air un peu sévère ^ mais touché. — Ma fille, vous êtes tombée dans une grande imprudence.

CÉCILE. — Mon père !

LE PÈRE DE FAMILLE, avec tendresse. — Levez-vous.

SAINT-ALBIN. — Mon pèrc, vous pleurez.

LE PÈRE DE FAMILLE. — C'CSt SUT VOUS, c'cst SUT VOtrC

sœur. Mes enfants, pourquoi m'avez-vous négligé? Voyez, vous n'avez pu vous éloigner de moi sans vous égarer.

SAINT-ALBIN ct CÉCILE, en lui baisant les mains. — Ah, mon père ! {Cependant le Commandeur paraît confondu.)

LE PÈRE DE FAMILLE, après avotr essuyé ses lai^ies^ prend un air d'autorité, et dit au Commandeur : — Monsieur le Commandeur , vous avez oublié que vous étiez chez moi.

l'exempt. — Est-ce que monsieur n'est pas le maître de la maison?

LE PERE DE FAMILLE, à tExcmpt, — C'est 06 que vous auriez dû savoir avant que d'y entrer. Allez, monsieur, je réponds de tout. [L Exempt sort,)

SAINT- ALBIN. — Mou père 1

LE PÈRE DE FAMILLE, avec teudresse. — Je t'entends.

SAINT-ALBIN, en présentant Sophie au Commandeur. — Mon oncle I

SOPHIE, au Commandeur qui se détourne d'elle. — Ne repoussez pas Tenfant de votre frère *.

LE COMMANDEUR, sans la regarder, — Oui, d'un homme sans arrangement, sans conduite, qui avait plus que moi, qui a tout dissipé, et qui vous a réduits dans Tétat où vous êtes.

SOPHIE. — Je me souviens, lorsque j'étais enfant : alors vous daigniez me caresser. Vous disiez que je vous étais chère. Si je vous afflige aujourd'hui, je m'en irai, je m'en retournerai. J'irai retrouver ma mère, ma pauvre mère, qui avait mis toutes ses espérMices en vous...

SAINT-ALBIN. — MoU OUcle I

LE COMMANDEUR. — Je ue vcux ni vous voir, ni vous entendre.

Page 1